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Les récents propos du primat de l’Église catholique canadienne sur la question de l’avortement ont non seulement provoqué un remous médiatique, mais également une prise de parole publique dans lequel de nombreux groupes sociaux se sont exprimés contre la réouverture du débat politique sur l’avortement.
L’Église Unie du Canada veut joindre sa voix à cet ensemble de réactions et appuie les opinions exprimées publiquement affirmant qu’il ne saurait être question de régresser de quelque façon dans notre société sur le droit des femmes à des avortements libres, gratuits et sécuritaires. L’Église unie est consciente que la position exposée par le Cardinal Ouellet trouvera des oreilles attentives et des échos approbateurs dans plusieurs dénominations chrétiennes, mais par son appui aux groupes qui s’y opposent elle veut aussi rappeler que ces positions radicales ne font pas l’unanimité dans les groupes religieux de notre société. Comme chrétien-es, et en solidarité avec les nombreux pasteurs et laïcs de l’Église catholique qui ne se reconnaissent pas en une telle position, notre lecture procède d’une interprétation de l’Évangile qui appelle à la liberté responsable exercée en conscience, et dans ce cas par les femmes, et ne signifie aucunement une capitulation face à une « culture de la mort » ainsi que l’a nommée Mgr Ouellet. L’Église unie veut rappeler qu’elle a été parmi les premières dénominations à prendre une position ferme pour le droit des femmes à l’avortement. Dès le début des années 1970, la réflexion s’est faite au sein de groupes de réflexion. Puis le 28e Conseil général, en 1980, a adopté une Déclaration débutant par témoignage sur « l’inhérente sainteté de toute vie humaine, tant celle immature du fœtus que celle exprimée dans la vie de la mère » et concluant alors qu’un avortement, en tant qu’importante question morale, peut être pratiqué comme « alternative responsable » après de soigneuses considérations sur la situation médicale, sociale et économique de la femme. Cette Déclaration a été enrichie par de l’Exécutif du Conseil général en novembre 1989 pour y inclure son opposition à l’établissement de « comités thérapeutiques décisionnels » dans les hôpitaux ainsi que pour réaffirmer que la décision appartient à la femme en conversation avec son médecin. Pressant le Gouvernement fédéral de ne pas criminaliser l’avortement mais de sévir contre les personnes qui en pratiquerait sans qualifications médicales ni matériel adéquat et mettant ainsi la santé et la vie des femmes en danger, l’Exécutif plaidait en faveur de l’établissement par les gouvernements provinciaux de programmes d’avortement par les hôpitaux et que ce service soit rendu publique. Enfin le 33e Conseil général, en 1990, a non seulement renforcé l’appel au Gouvernement fédéral d’établir le cadre de services d’avortement libre et gratuits à l’intérieur de la Loi nationale sur la santé, mais a aussi incité les Synodes régionaux de l’Église de faire des pressions auprès des gouvernements provinciaux fautifs pour l’établissement de services sécuritaires d’avortement et de faire rapport de leurs actions au prochain Conseil général. Devant le débat qui s’étend, l’Église Unie du Canada s’oppose fortement à un quelconque recul sur les droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, comme d’ailleurs sur les droits de tout autre groupe de notre société : personnes immigrantes et réfugiées, minorités ethniques, membres d’autres religions ou minorités d’orientations sexuelles diverses, comme nous le voyons que trop dans les orientations qui contaminent insidieusement notre espace social depuis quelques années sous les pressions des groupes de droite. Il est clair que sur le terrain de l’accompagnement pastoral, tout doit est être mis en œuvre pour soutenir et aider les femmes qui souhaiterait garder leur enfant et qui ont besoin d’appui pour ce faire. Et de plus, notre expérience pastorale nous a appris que les femmes qui doivent choisir l’avortement le font après bien des interrogations et avec lourdeur de cœur ; il appartient aux communautés de foi de chercher à soulager cette lourdeur et surtout de ne pas y ajouter de poids en les stigmatisant ou les culpabilisant. Enfin, l’Église unie affirme que nul ne peut en aucun cas condamner au nom de la foi chrétienne quelque femme que ce soit de subir un avortement ; elle veut au contraire réitérer son accueil inconditionnel, sur les chemins de libération qu’a tracé Jésus-Christ prophète et incarnation du Dieu de la vie dans toute son épanouissement, de toutes les personnes, blessées meurtries, défavorisées ostracisées de notre communauté. David Fines mai 2010 Responsable des Communications publiques Ministères en français Église Unie du Canada |