Culte du dimanche 29 janvier 2012
4e dimanche après l'Épiphanie « B »

Lectures bibliques (TOB) :

1 Corinthiens 8:1-13

1Pour ce qui est des viandes sacrifiées aux idoles, tous, c'est entendu, nous possédons la connaissance. La connaissance enfle, mais l'amour édifie. 2Si quelqu'un s'imagine connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faudrait connaître. 3Mais si quelqu'un aime Dieu, il est connu de lui.
4Donc, peut-on manger des viandes sacrifiées aux idoles ? Nous savons qu'il n'y a aucune idole dans le monde et qu'il n'y a d'autre dieu que le Dieu unique. 5Car, bien qu'il y ait de prétendus dieux au ciel ou sur la terre – et il y a de fait plusieurs dieux et plusieurs seigneurs –, 6il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes.
7Mais tous n'ont pas la connaissance. Quelques-uns, marqués par leur fréquentation encore récente des idoles, mangent la viande des sacrifices comme si elle était réellement offerte aux idoles, et leur conscience, qui est faible, en est souillée. 8Ce n'est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu : si nous n'en mangeons pas, nous ne prendrons pas de retard ; si nous en mangeons, nous ne serons pas plus avancés. 9Mais prenez garde que cette liberté même, qui est la vôtre, ne devienne une occasion de chute pour les faibles. 10Car si l'on te voit, toi qui as la connaissance, attablé dans un temple d'idole, ce spectacle édifiant ne poussera-t-il pas celui dont la conscience est faible à manger des viandes sacrifiées ? 11Et, grâce à ta connaissance, le faible périt, ce frère pour lequel Christ est mort. 12En péchant ainsi contre vos frères et en blessant leur conscience qui est faible, c'est contre Christ que vous péchez. 13Voilà pourquoi, si un aliment doit faire tomber mon frère, je renoncerai à tout jamais à manger de la viande plutôt que de faire tomber mon frère.

Marc 1:21-28

21Ils pénètrent dans Capharnaüm. Et dès le jour du sabbat, entré dans la synagogue, Jésus enseignait. 22Ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. 23Justement il y avait dans leur synagogue un homme possédé d'un esprit impur ; il s'écria : 24« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. » 25Jésus lui commanda sévèrement : « Tais-toi et sors de cet homme. » 26L'esprit impur le secoua avec violence et il sortit de lui en poussant un grand cri. 27Ils furent tous tellement saisis qu'ils se demandaient les uns aux autres : « Qu'est-ce que cela ? Voilà un enseignement nouveau, plein d'autorité ! Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent ! » 28Et sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de Galilée.



Prédication :

Avec autorité

Ce dimanche nous concluons officiellement la Semaine de prière pour l'unité chrétienne, ce qui ne signifie aucunement que nous cesserons de prier, d'agir et de promouvoir l'unité entre ceux et celles qui se réclament de Jésus de Nazareth. Au cours du dernier siècle, il y a eu des percées remarquables à ce niveau entre les institutions d'églises; plus récemment, l'œcuménisme officiel semble avoir atteint un certain plateau. Les grandes questions théologiques et ecclésiales ont pour la plupart été explorées et chaque regroupement est passablement à même de saisir le point de vue de l'autre, ses sensibilités particulières et les endroits où l'on s'entend de ne pas s'entendre. Des changements significatifs entre les institutions sont peu probables à court terme.

Nos églises en quelque sorte descendent des synagogues qui, du temps de Jésus, étaient les lieux de célébration et de transmission de la foi au Dieu de l'alliance. De même, pasteurs, prêtres, théologiens et catéchètes sont les scribes contemporains, responsables de l'animation et de la formation des communautés. Le choix des textes offerts à notre réflexion en ce jour est le résultat d'un effort œcuménique pour favoriser une méditation et une prière convergentes des chrétiens de toutes appartenances.

Coïncidence, clin d'œil de la providence, c'est le contraste entre les autorités qui portent le message et un messager qui fait autorité, qui est mis en relief dans l'évangile de ce jour : ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. L'autorité investie en Jésus est reconnue alors et c'est encore et toujours en lui que l'Église trouve son centre, son identité, sa raison d'être. Plus on s'approche de Jésus, plus l'unité se fait jour, elle nous est donnée autour de sa personne, par le dévoilement de l'Esprit, comme le Christ, le fils du Père, de Dieu. Elle ne résulte pas d'un organigramme, ou de planification : ces choses peuvent seulement en découler.

Une parole d'autorité est immédiate, elle n'a pas à se référer à quelqu'un d'autre, à commenter un texte, à expliquer une tradition. Par le passé et encore parfois aujourd'hui, les pasteurs et guides ont compenser leur insécurité : quand l'argument est faible, haussez le ton; à défaut d'une parole d'autorité, ils ont utilisé une parole autoritaire qui impose, cadre, écrase. Au nom de la vie, ils ont trop souvent distillé la mort. Peut-être est-ce un peu à cause de cela que l'unité de l'Église tarde tant à advenir ?

Une parole d'autorité fait corps avec la personne qui la prononce, elle lui est indissociable : c'est une parole vraie qui éclaire, qui fait, comprendre, qui guide; une parole qui accueille, qui comprend, qui pardonne; une parole qui panse les blessures, qui nourrit la vie et soutient la guérison.

Dans le style télégraphique de Marc, il n'y a pas de temps à perdre : les évènements déboulent. Dès le 1er chapitre, cet homme attesté par la voix divine au baptême, qui a vaincu l'épreuve du désert où il a fait face à l'Ennemi, qui fait école et s'associe des disciples, le voici qui « arrive » en ville.

Jésus en impose par sa présence et son propos. Les démons en gueulent par l'entremise d'un des leurs. La synagogue devient comme un stage... mais le spectacle il est dans la salle! Ce n'est pas un cours ou un culte présidé de l'ambon comme celui-ci! Dieu est en prestation dans un gars ordinaire pas ordinaire... Ce n'est surtout pas un show de 2 à 3h où tout se termine, et puis on retourne chez soi par après, comme lorsqu'on assiste à un concert, au spectacle d'un prestidigitateur ou d'un hypnotiste.

Ce que Jésus accomplit, il le fait en profondeur, pour de bon. Il libère et nous inscrit sur le chemin de l'authenticité. Le mal – personnifié par l'esprit impur – est en compétition : littéralement il crie des noms au Saint de Dieu. Jésus ne joue pas de game, il ne prétend pas quoi que ce soit : c'est cela qui impressionne particulièrement : ils sont tous tellement saisis qu'ils se demandaient les uns aux autres : « Qu'est-ce que cela ? Voilà un enseignement nouveau, plein d'autorité ! Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent !

« Ta gueule, décolle! » Et ça y est! Quel parent, quel soignant, quel pasteur n'a pas rêvé un jour ou l'autre d'avoir une semblable autorité. À cette époque pré-scientifique, tout ce qui ne tourne pas rond dans la santé physique ou psychique est attribué à des influences invisibles. Une tentative d'explication simple qui n'est, somme toute, pas dénuée de fondement : après tout, ne sommes-nous pas constamment sujet aux retombées de notre hérédité génétique, de notre contexte social et familial, aux assauts de multiples polluants chimiques dans l'air et les aliments, aux virus qui nous infiltrent : les aléas de la santé, les résultats de nos comportements antérieurs, la loi du retour/karma ? En ce sens le diable tente de me/nous posséder, de m'influencer. Ce diviseur psychique m'éloigne de la santé voulue par Dieu : l'impureté, la pollution, c'est cela.

La parole d'autorité de Jésus fait tout émerger dans la vérité, en pleine lumière : même la « double personnalité » de l'esprit impur est immédiatement mise à jour comme un parasite découvert, rayon et scanner des profondeurs de notre condition humaine. Plus qu'un constat ou une explication, la parole de Jésus réalise sur le champ la santé, le salut, qu'elle proclame : un enseignement nouveau, plein d'autorité ! Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent.

Sur quoi se fonde toute entreprise humaine d'unité et de transformation en Église et dans le monde ? Pour nous croyants, c'est sur l'enseignement qui fait autorité en Jésus, qui nous met en contact avec la puissance de Dieu. Et cela se traduit dans notre communauté par l'attention aux besoins du plus faible des nôtres, pour soutenir la démarche et ne pas scandaliser au nom d'un savoir : prenez garde que cette liberté même, qui est la vôtre, ne devienne une occasion de chute pour les faibles.

La connaissance enfle, mais l'amour édifie. Ce que nous cherchons à connaître ce n'est rien moins que l'autorité de Jésus et sa puissance de libération. Là trouverons-nous l'expression vraie de l'unité et discernerons-nous les chemin à parcourir pour l'exprimer et dissiper le scandale de nos divisions.

Amen

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 22 janvier 2012
3e dimanche après l'Épiphanie « B »

Lectures bibliques (TOB) :

Deutéronome 10:12-19;12:28

12Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le SEIGNEUR ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, 13en gardant les commandements du SEIGNEUR et les lois que je te donne aujourd'hui, pour ton bonheur.
14Oui, au SEIGNEUR ton Dieu appartiennent les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui s'y trouve. 15Or c'est à tes pères seulement que le SEIGNEUR s'est attaché pour les aimer ; et après eux, c'est leur descendance, c'est-à-dire vous, qu'il a choisis entre tous les peuples comme on le constate aujourd'hui. 16Vous circoncirez donc votre cœur, vous ne raidirez plus votre nuque, 17car c'est le SEIGNEUR votre Dieu qui est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l'impartial et l'incorruptible, 18qui rend justice à l'orphelin et à la veuve, et qui aime l'émigré en lui donnant du pain et un manteau. 19Vous aimerez l'émigré, car au pays d'Égypte vous étiez des émigrés.

28Observe et écoute toutes les paroles des commandements que je te donne ; ainsi tu seras heureux, toi et tes fils après toi pour toujours, puisque tu auras fait ce qui est bien et droit aux yeux du SEIGNEUR ton Dieu.

2 Corinthiens 13:11-13

11Au demeurant, frères, soyez dans la joie, travaillez à votre perfectionnement, encouragez-vous, soyez bien d'accord, vivez en paix, et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous. 12Saluez-vous mutuellement par un saint baiser. Tous les saints vous saluent. 13La grâce du Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous.

Actes 4:32-35

32La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme, et nul ne considérait comme sa propriété l'un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun. 33Une grande puissance marquait le témoignage rendu par les apôtres à la résurrection du Seigneur Jésus, et une grande grâce était à l'œuvre chez eux tous. 34Nul parmi eux n'était indigent : en effet, ceux qui se trouvaient possesseurs de terrains ou de maisons les vendaient, apportaient le prix des biens qu'ils avaient cédés 35et le déposaient aux pieds des apôtres. Chacun en recevait une part selon ses besoins.

Jean 17:21

21que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé.



Prédication :

Semaine de prière pour l'unité chrétienne

Nous avons reçu un beau message fraternel du Père Bernard Ménard, du Centre Victor-Lelièvre, et j'ai pensé qu'il serait tout à fait opportun de l'entendre au début de la prédication : Voici « Le 22 janvier, début de la semaine de prière pour l'unité des Chrétiens, la communauté du Tisonnier s'unira par la pensée de façon toute particulière à la communauté de St-Pierre, lors de l'Eucharistie que je présiderai ce matin-là au Centre Victor-Lelièvre. Les célébrations du dimanche regroupent encore de 30 à 40 jeunes et adultes. Je me souviens de l'année où plusieurs des vôtres étaient venus en pareille circonstance. Si votre propre célébration était à une heure différente, je me rendrais volontiers célébrer avec vous autres. »

Et voici le commentaire de notre pasteur : « Nous avons créé des solidarités par le cœur qui ne s'estompent pas, même au fil du temps. Rendons grâce à Dieu. » Amen.

Pur s'unir, il faut s'aimer ; pour s'aimer, il faut se reconnaître, pour se reconnaître, il faut aller à la rencontre l'un de l'autre.
Ces paroles, connues sous le nom de « Testament spirituel du Cardinal Mercier» servent d'élan pour la Semaine annuelle de prière pour l'unité chrétienne. Cette semaine – une octave en réalité, c'est-à-dire 8 jours – a été célébrée sans discontinuer depuis 1894. Elle est maintenant célébrée à travers le monde au moins de janvier.

Si nos différentes églises chrétiennes sont séparées, parfois même divisées, ce n'est bien sûr pas notre faute. Les guerres de religions... ce n'est pas notre faute... Et pourtant, même si, comme en ce jour, nous faisons des efforts pour nous rencontrer entre chrétiens de différents horizons, nous portons, que nous le voulions ou non, ce poids de la séparation, ce poids de l'histoire. Non, ce n'est pas notre faute, mais nous en supportons les conséquences.

> Dans ce contexte, les chrétiens aiment se retrouver en janvier pour demander la grâce de l'unité que Dieu voudra, par les moyens qu'Il voudra. C'est une tradition qui compte un élément très symbolique : En effet, depuis 1908, la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens est célébrée du 18 janvier au 25 janvier. Cette année, en Amérique du Nord, ces dates ont été légèrement décalées pour coïncider avec des dimanches. Ces dates disais-je (du 18 au 25 janvier) furent proposées de manière à couvrir la période entre la fête de "saint"-Pierre qui, dans les traditions catholique et orthodoxe, fut le premier évêque de Rome, et celle de "saint"-Paul. L'Épître de Paul aux Romains ayant servi de référence à Luther pour fonder sa doctrine de la justification par la foi, ce choix revêt donc pour nous protestants une signification très particulière.

Les textes pour la Semaine d'unité sont préparés et publiés conjointement par catholiques, protestants, anglicans, orthodoxes. Tous et toutes se demandent: « Comment parler d'une même voix au monde ? » alors que l'Église chrétienne, dans sa division, cherche à savoir comment faire face aux tâches diaconales qui lui incombent du fait du changement social rapide dans le monde. Car c'est notre Seigneur Lui-même qui nous a chargés de ces tâches par son commandement sur l'amour du prochain. Nous nous demandons en particulier comment le christianisme peut-il remplir son rôle missionnaire et proclamer l'évangile au monde si, lorsque nous rencontrons les idéologies du sécularisme et les doctrines des religions non chrétiennes, la chrétienté dément par sa désunion et la séparation des ses confessions, la vérité que l'Évangile revendique. Pour cette raison, et bien d'autres encore, nous considérons qu'il est intolérable que dans notre société actuelle, la chrétienté persévère dans une séparation née de mentalités étriquées et de cœurs endurcis. C'est pourquoi, nous fondant sur la devise « l'union fait la force » nous prions pour la restauration de toutes les églises séparées. Et parce que, en tant que chrétiens, nous sommes convaincus de la puissance de la prière, nous nous souvenons de la parole de notre Seigneur : « ut omnes unum sint » (afin que tous soient un).

Bien sûr, il y a des différences et les dissensions que connaît la Chrétienté au cours de son pèlerinage terrestre. Comme il est écrit dans la 1er lettre aux Corinthiens, au chapitre 12, les versets 4 à 6: « Il y a diversité des dons, mais un même esprit Il y a diversité de ministères, mais un seul Seigneur. Il y a diversité d'énergies, mais un seul Dieu qui opère tout en tous et toutes. » Ceci nous amène à constater que la semaine universelle de prière est aussi une semaine de repentance dans laquelle on se tourne vers Dieu pour être attentifs à sa volonté, dans la situation contradictoire que constituent notre unité en Christ et notre désunion en tant qu'Églises.

Bien sûr, il y a des "différences légitimes" reconnues et partagées entre les différentes confessions. On ne peut pas les nier. Il faut les acceper et montrer au monde que, dans la société multiculturelle où nous vivons ces différences permettent la coexistence religieuse harmonieuse et le « vivre ensemble ».

Unis dans notre diversite, l'œcuménisme intra-protestant comme en-dehors du protestantisme, est une forme de la communion fraternelle à laquelle nous appelle l'Évangile. Car une chose est certaine: catholiques, orthodoxes, protestants réformés, evangéliques, libéraux ou autres, nous pouvons proclamer d'une seule voix :
« Nous sommes tous des chrétiens » et nous témoignons ensemble et en même temps d'une même voix au monde, mais avec des accents différents, de notre union à Christ Jésus. Il est notre Sauveur et notre Seigneur commun. Sa grâce nous suffit. AMEN

Anne-Marie Carmoy


Culte du dimanche 15 janvier 2012
2e dimanche après l'Épiphanie « B »

Lectures bibliques (TOB) :

1 Samuel 3:1-20

1Le petit Samuel servait le SEIGNEUR en présence d'Éli. La parole du SEIGNEUR était rare en ces jours-là, la vision n'était pas chose courante.
2Ce jour-là, Éli était couché à sa place habituelle. Ses yeux commençaient à faiblir. Il ne pouvait plus voir. 3La lampe de Dieu n'était pas encore éteinte, et Samuel était couché dans le temple du SEIGNEUR, où se trouvait l'arche de Dieu. 4Le SEIGNEUR appela Samuel. Il répondit : « Me voici ! » 5Il se rendit en courant près d'Éli et lui dit : « Me voici, puisque tu m'as appelé. » Celui-ci répondit : « Je ne t'ai pas appelé. Retourne te coucher. » Il alla se coucher. 6Le SEIGNEUR appela Samuel encore une fois. Samuel se leva, alla trouver Éli et lui dit : « Me voici, puisque tu m'as appelé. » Il répondit : « Je ne t'ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » 7Samuel ne connaissait pas encore le SEIGNEUR. La parole du SEIGNEUR ne s'était pas encore révélée à lui.
8Le SEIGNEUR appela encore Samuel, pour la troisième fois. Il se leva et alla trouver Éli. Il lui dit : « Me voici, puisque tu m'as appelé. » Éli comprit alors que le SEIGNEUR appelait l'enfant. 9Éli dit à Samuel : « Retourne te coucher. Et s'il t'appelle, tu lui diras : Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute. » Et Samuel alla se coucher à sa place habituelle.
10Le SEIGNEUR vint et se tint présent. Il appela comme les autres fois : « Samuel, Samuel ! » Samuel dit : « Parle, ton serviteur écoute. » 11Le SEIGNEUR dit à Samuel : « Voici que je vais accomplir une chose en Israël, à faire tinter les oreilles de quiconque en entendra parler. 12Ce jour-là, je réaliserai contre Éli tout ce que j'ai dit au sujet de sa maison, de bout en bout. 13Je lui annonce que je fais justice de sa maison pour toujours à cause de sa faute : il savait que ses fils insultaient Dieu et néanmoins, il ne les a pas repris. 14Voilà pourquoi je le jure à la maison d'Éli : Rien n'effacera jamais la faute de la maison d'Éli, ni sacrifice, ni offrande. »
15Samuel resta couché jusqu'au matin, puis il ouvrit les portes de la Maison du SEIGNEUR. Samuel craignait de rapporter la vision à Éli. 16Éli appela Samuel et lui dit : « Samuel, mon fils. » Il dit : « Me voici. » 17Il dit : « Quelle est la parole qu'il t'a adressée ? Ne me le cache pas, je t'en prie. Que Dieu te fasse ceci et encore cela si tu me caches un mot de toute la parole qu'il t'a adressée. » 18Alors Samuel lui rapporta toutes les paroles, sans rien lui cacher. Il dit : « Il est le SEIGNEUR. Qu'il fasse ce que bon lui semble. »
19Samuel grandit. Le SEIGNEUR était avec lui et ne laissa sans effet aucune de ses paroles. 20Tout Israël, de Dan à Béer-Shéva, sut que Samuel était accrédité comme prophète du SEIGNEUR.

Jean 1:43-51

43Le lendemain, Jésus résolut de gagner la Galilée. Il trouve Philippe et lui dit : « Suis-moi. » 44Or, Philippe était de Bethsaïda, la ville d'André et de Pierre. 45Il va trouver Nathanaël et lui dit : « Celui de qui il est écrit dans la Loi de Moïse et dans les prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. » 46– « De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois. » 47Jésus regarde Nathanaël qui venait à lui et il dit à son propos : « Voici un véritable Israélite en qui il n'est point d'artifice. » 48– « D'où me connais-tu ? » lui dit Nathanaël ; et Jésus de répondre : « Avant même que Philippe ne t'appelât, alors que tu étais sous le figuier, je t'ai vu. » 49Nathanaël reprit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël. » 50Jésus lui répondit : « Parce que je t'ai dit que je t'avais vu sous le figuier, tu crois. Tu verras des choses bien plus grandes. » 51Et il ajouta : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. »



Prédication :

Le Dieu de la télécommunication

Étonnantes histoires qui évoquent deux facettes complémentaires de la communication divine. Deux récits, de deux époques différentes mais une même finalité : rencontrer Dieu, du plus profond de soi-même, dans la vérité de son âge, de sa condition et répondre à ce qui est perçu comme un appel. Dans la dynamique d'une telle rencontre intime, les textes bibliques de ce matin nous présentent simultanément un « accompagnement » externe : Samuel ne comprend pas ce qui se passe et a besoin d'Éli pour le guider à être réceptif à la voix de Dieu. Dans l'évangile, Philippe reprend les paroles de Jésus - « Viens et vois. » et tente ainsi d'inciter Nathanaël à avancer au-delà de ses préjugés – « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » La « vérité » du regard de Jésus sur sa condition le fait alors basculer du cynisme sceptique à l'accueil de la foi.

La parole intérieure adressée à Samuel se trouve donc corroborée par le témoignage extérieur d'Éli. La parole extérieure, annoncée par Philippe, et incarnée par Jésus, est intériorisée en Nathanaël par la foi jaillissant d'une conviction intime d'être connu au plus profond de lui-même. Les textes bibliques nous présentent donc un mouvement de va et vient, de l'expérience subjective qui est éclairée, guidée et canalisée par le témoignage extérieur, la parole objective annoncée par un témoin qui rend tangible l'incarnation de la Parole faite chair. 2 moments d'un même événement, la rencontre du Dieu vivant, 2 pôles – l'intérieur et l'extérieur – qui sont indissociables. L'expérience spirituelle chrétienne carbure au mysticisme, à la réceptivité aux mouvements de l'Esprit divin, tout autant qu'au réalisme bien concret d'une parole extérieure. Elle est le témoignage historique de jadis, référence aux Écritures saintes, de même que le témoignage de nos contemporains, des hommes et des femmes qui nous entourent et avec lesquels nous discernons la réalité et la vérité de l'expérience subjective que nous faisons. N'est-ce pas d'ailleurs pourquoi le vécu en communauté de foi, en Église, n'est pas optionnel mais partie intégrale de l'expérience spirituelle du croyant et disciple de Jésus.

Revenez à votre propre histoire : qui ont été dans vos vies des figures comme Éli, comme Philippe qui vous ont guidé pour entendre la voix intérieure de l'Esprit ou conduit à la rencontre du Christ des Évangiles, bien concret ? Un parent, unE ami, un pasteur ou un prêtre, une figure de votre enfance ? Demain, aux États-Unis d'Amérique, on souligne la journée de Martin Luther King jr. À l'instar d'Éli et de Philippe, il a aidé bon nombre de contemporains à entendre la voix intérieure de l'Esprit et à trouver une parole extérieure en actes qui correspondent pour aujourd'hui au plan de Dieu. Permettez-moi en guise de conclusion de citer quelques paroles du pasteur King sur la non-violence, paroles qui tant dans nos relations interpersonnelles que dans les enjeux collectifs de notre société, demeurent une façon lumineuse de présenter ce à quoi l'Évangile de grâce nous convie.

« La non-violence ne cherche pas à vaincre ni à humilier l'adversaire, mais à conquérir sa compréhension et son amitié. Le résistant non-violent est souvent forcé de s'exprimer par le refus de coopérer ou les boycotts, mais il sait que ce ne sont pas là des objectifs en soi. Ce sont simplement des moyens pour susciter chez l'adversaire un sentiment de honte. Il veut la rédemption et la réconciliation. La non-violence veut engendrer une communauté de frères, alors que la violence n'engendre que haine et amertume.

« La non-violence refuse non seulement la violence extérieure, physique, mais aussi la violence intérieure. Le résistant non-violent est un homme qui s'interdit non seulement de frapper son adversaire, mais même de le haïr. Au centre de la doctrine de la non-violence, il y a le principe d'amour. (...) Répondre à la haine par la haine, ce serait augmenter la somme de mal qui existe déjà sur terre. Quelque part, dans l'histoire du monde, il faut que quelqu'un ait assez de bon sens et de courage moral pour briser le cercle infernal de la haine. La seule façon d'y parvenir est de fonder notre existence sur l'amour.

« Croire en la non-violence ne met pas à l'abri de la violence. Celui qui croit en la non-violence accepte d'être victime de la violence, mais ne l'inflige jamais. Il vit dans la conviction que la situation sociale peut être rachetée par ses souffrances.

« Si je vous frappe et que vous me frappez, si je vous frappe de nouveau et que vous me frappez de nouveau, on continue comme ça ad infinitum. On n'arrête jamais. Quelqu'un, quelque part, doit faire preuve d'un peu de bon sens. C'est lui le plus fort : celui qui réussit à casser la longue chaîne de la haine et du mal. »

Tu verras des choses bien plus grandes disait Jésus à Nathanaël. Puissions-nous être les uns pour les autres des Philippe, des Éli, pour ainsi conduire à Jésus comme nous-mêmes l'avons été, Lui, le prince de la paix et de la non-violence, le Fils de Dieu, le roi d'Israël. Amen.

Denis Fortin, pasteur



Culte du dimanche 1er janvier 2012
2e dimanche de Noël « B »

Lectures bibliques (TOB) :

Ecclésiaste 3:1-13

1Il y a un moment pour tout
      et un temps pour chaque chose sous le ciel :
2un temps pour enfanter et un temps pour mourir,
      un temps pour planter et un temps pour arracher le plant,
3un temps pour tuer et un temps pour guérir,
      un temps pour saper et un temps pour bâtir,
4un temps pour pleurer et un temps pour rire,
      un temps pour se lamenter et un temps pour danser,
5un temps pour jeter des pierres et un temps pour amasser des pierres,
      un temps pour embrasser et un temps pour éviter d'embrasser,
6un temps pour chercher et un temps pour perdre,
      un temps pour garder et un temps pour jeter,
7un temps pour déchirer et un temps pour coudre,
      un temps pour se taire et un temps pour parler,
8un temps pour aimer et un temps pour haïr,
      un temps de guerre et un temps de paix.
9Quel profit a l'artisan du travail qu'il fait ?
10Je vois l'occupation que Dieu a donnée
      aux fils d'Adam pour qu'ils s'y occupent.
11Il fait toute chose belle en son temps ;
      à leur cœur il donne même le sens de la durée
      sans que l'homme puisse découvrir
      l'œuvre que fait Dieu depuis le début jusqu'à la fin.
12Je sais qu'il n'y a rien de bon pour lui
      que de se réjouir et de se donner du bon temps durant sa vie.
13Et puis, tout homme qui mange et boit
      et goûte au bonheur en tout son travail,
      cela, c'est un don de Dieu.

Apocalypse 21:1-6

1Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n'est plus.
2Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu,
      comme une épouse qui s'est parée pour son époux.
3Et j'entendis, venant du trône, une voix forte qui disait :
      Voici la demeure de Dieu avec les hommes.
      Il demeurera avec eux.
      Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux.
4Il essuiera toute larme de leurs yeux,
      La mort ne sera plus.
      Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance,
      car le monde ancien a disparu.
5Et celui qui siège sur le trône dit :
      Voici, je fais toutes choses nouvelles.
      Puis il dit : Ecris : Ces paroles sont certaines et véridiques.
6Et il me dit : C'en est fait.
      Je suis l'Alpha et l'Oméga,
      le commencement et la fin.
      À celui qui a soif,
      je donnerai de la source d'eau vive, gratuitement.

Marc 13:24-27

24« Mais en ces jours-là, après cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus, 25les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. 26Alors on verra le Fils de l'homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire. 27Alors il enverra les anges et, des quatre vents, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel, il rassemblera ses élus.



Prédication :

Le sens de la durée...

Les propos de l'auteur du livre de l'Ecclésiaste semblent trouver un écho tout naturel dans les festivités de ces jours de l'année : « C'est dans l'temps du jour de l'an, on s'donne la main, on s'embrasse; c'est l'bon temps d'en profiter, ç'arrive rien qu'une fois par année. » C'est dans l'temps du jour de l'an / La Bolduc. [Dieu]fait toute chose belle en son temps... rien de mieux que de se réjouir et de se donner du bon temps durant sa vie [...] tout homme qui mange et boit et goûte au bonheur en tout son travail, cela, c'est un don de Dieu. L'existence passe et c'est sagesse que d'accueillir ce qui vient à nous en prenant soin de goûter à fond les satisfactions que recèlent tant notre travail que nos loisirs.

Car, sans minimiser les difficultés et revers de la vie, l'expérience spirituelle proposée par le témoignage biblique est une invitation maintes fois répétée à vivre le quotidien à la mesure de l'éternité. Dégagés par le pardon du poids des erreurs, des fautes et des échecs, chacun, chacune, reçoit le cadeau de la nativité, un lendemain, une année nouvelle, le renouveau qu'apporte gratuitement l'Enfant de lumière qui dévoile à l'humanité à la fois la façon et la direction à prendre dans la longue marche de l'existence.

Les textes de l'Apocalypse et de l'Évangile nous parlent donc de ce que Noël contient comme possibilité, comme la graine à semer est déjà, d'une certaine façon, la moisson à récolter. Ce « pas encore là » qui au niveau du cœur et dans les gestes de partage solidaire et de justice radicale est « déjà pas mal, pas pire là ». La « célébration », et plus particulièrement la communion d'action de grâce, de remerciement et de reconnaissance que nous faisons aujourd'hui en partageant le pain et la coupe, est dans sa racine essentielle et à son meilleur un réveillon. Le culte comme un party de la vie, la fête de la communion, eucharistie, action de grâce à laquelle sont conviés ceux et celles qui comme nous sont fascinés, bouleversés, renouvelés par l'Évangile de Jésus.

Pendant le repas de fête, on fait mémoire des temps durs comme des bons coups, on rigole, on se taquine, et on remet les choses en perspective; on se repose et recharge les batteries pour continuer. Surtout on savoure le moment présent qui a un goût d'éternité et on regarde avec appréciation et affection les personnes qui nous entourent qui, avec leurs tics et leur tacs, reluisent de leur beauté et de leur grandeur au cœur même de leurs limites et fragilités.

Alors que dans quelques instants nous ferons cercle autour de la table, consciemment apportons avec nous tous ceux et celles qui habitent nos vies, notre conscience, notre mémoire, nos désirs; apportons l'humanité entière pour, qu'à travers ce geste simple de partager le pain et la coupe, de communier, l'humanité soit infusée du renouveau que l'enfant de Bethléem, le Fils de l'homme, l'Alpha et l'Omega offre au monde en devenir.

Il essuiera toute larme de leurs yeux, La mort ne sera plus. Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance [...] Voici, je fais toutes choses nouvelles [...]À celui qui a soif, je donnerai de la source d'eau vive, gratuitement.

« C'est comm' ça qu'ça se passe dans le Temps des Fêtes, Tap' la galett' les garçons les filles avec que [...] C'est comm' ça qu'ça se passe dans le temps du jour de l'An! » Le jour de l'an / Ovila Légaré . et pour tout le temps. Amen!

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 18 décembre 2011
4e dimanche de l'Avent « B »

Lectures bibliques (TOB) :

2 Samuel 7:1-17

1Or, lorsque le roi fut installé dans sa maison, et que le SEIGNEUR lui eut accordé le repos alentour face à tous ses ennemis, 2le roi dit au prophète Natan : « Tu vois, je suis installé dans une maison de cèdre, tandis que l'arche de Dieu est installée au milieu d'une tente de toile. » 3Natan dit au roi : « Tout ce que tu as l'intention de faire, va le faire, car le SEIGNEUR est avec toi. » 4Or, cette nuit-là, la parole du SEIGNEUR fut adressée à Natan en ces termes : 5« Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le SEIGNEUR : Est-ce toi qui me bâtiras une Maison pour que je m'y installe ? 6Car je ne me suis pas installé dans une maison depuis le jour où j'ai fait monter d'Égypte les fils d'Israël et jusqu'à ce jour : je cheminais sous une tente et à l'abri d'une demeure. 7Pendant tout le temps où j'ai cheminé avec tous les fils d'Israël, ai-je adressé un seul mot à une des tribus d'Israël que j'avais établies en paissant Israël mon peuple, pour dire : "Pourquoi ne m'avez-vous pas bâti une Maison de cèdre ? " 8Maintenant donc, tu parleras ainsi à mon serviteur David : Ainsi parle le SEIGNEUR le tout-puissant : C'est moi qui t'ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu deviennes le chef d'Israël, mon peuple. 9J'ai été avec toi partout où tu es allé : j'ai abattu tous tes ennemis devant toi. Je t'ai fait un nom aussi grand que le nom des grands de la terre. 10Je fixerai un lieu à Israël, mon peuple, je l'implanterai et il demeurera à sa place. Il ne tremblera plus, et des criminels ne recommenceront plus à l'opprimer comme jadis 11et comme depuis le jour où j'ai établi des juges sur Israël, mon peuple. Je t'ai accordé le repos face à tous tes ennemis. Et le SEIGNEUR t'annonce que le SEIGNEUR te fera une maison. 12Lorsque tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même, et j'établirai fermement sa royauté. 13C'est lui qui bâtira une Maison pour mon Nom, et j'établirai à jamais son trône royal. 14Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils. S'il commet une faute, je le corrigerai en me servant d'hommes pour bâton et d'humains pour le frapper. 15Mais ma fidélité ne s'écartera point de lui, comme je l'ai écartée de Saül, que j'ai écarté devant toi. 16Devant toi, ta maison et ta royauté seront à jamais stables, ton trône à jamais affermi. » 17C'est selon toutes ces paroles et selon toute cette vision que parla Natan à David.

Luc 1:26-38

26Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, 27à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s'appelait Marie. 28L'ange entra auprès d'elle et lui dit : « Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi. » 29À ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. 30L'ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. 31Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. 32Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; 33il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. » 34Marie dit à l'ange : « Comment cela se fera-t-il puisque je n'ai pas de relations conjugales ? » 35L'ange lui répondit :
« L'Esprit Saint viendra sur toi
et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ;
c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu.36Et voici que Elisabeth, ta parente, est elle aussi enceinte d'un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile, 37car rien n'est impossible à Dieu. » 38Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l'as dit ! » Et l'ange la quitta.



Prédication :

Enquête sur la construction

ta descendance [...] bâtira une Maison pour mon Nom, et j'établirai à jamais son trône...

Ainsi pourrait-on surnommer la trame de nos deux lectures d'aujourd'hui en faisant un clin d'œil à l'actualité des derniers mois. Un édifice grandiose à construire, associé à une histoire de famille; un projet éminemment public, de la religion d'état, et pourtant littéralement conçu dans ce qu'il y a de plus privé. Autant d'aspects qui piquent la curiosité sinon la suspicion. D'autant plus que l'entrepreneur des travaux, David, qui détient une place prééminente dans le gouvernement, a octroyé le contrat à son fils après son décès. Salomon, fera un travail exceptionnel – ou plutôt ses travailleurs et esclaves, car n'oublions jamais que lorsqu'on attribue la réalisation de travaux d'envergure à un individu prestigieux, sauf exception rarissime, ce n'est jamais cette personne qui met l'épaule à la roue au quotidien.

Pendant tout le temps où j'ai cheminé avec tous les fils d'Israël, ai-je adressé un seul mot à mon peuple pour dire : "Pourquoi ne m'avez-vous pas bâti une Maison de cèdre ? L'Éternel remet les choses en perspective. C'est moi qui t'ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu deviennes le chef d'Israël, mon peuple... Je t'ai fait un nom aussi grand que le nom des grands de la terre. « Le Seigneur habite le ciel et la terre : Quelle maison lui bâtir ? »* On aurait pu s'attendre à ce que la réalisation matérielle du Temple de Jérusalem ferme définitivement le dossier, comme les Pyramides, l'Acropole, le Taj Mahal ou Versailles. Or tel n'est pas le cas. Même si le bâtiment est construit, et même re-construit suite aux ravages des guerres et des occupations, et bien que l'administration religieuse et politique soit satisfaite de son fonctionnement, le dossier refait surface de manière inattendue plusieurs siècles plus tard.

Mais cette fois-ci, ce ne sera plus dans les hautes sphères du pouvoir que le projet se dessine, mais au cœur de la classe populaire, dans une ville sans éclat, par le biais d'une jeune fille, paradoxe vertigineux dans une société patriarcale, accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David. Le lien historique est là, bien que ténu; le poids de la descendance se transfère maintenant de la stricte filiation du sang à l'accueil viscéral du choix divin au plus intime de soi. « Sois sans crainte, Fille de Sion : le souffle de Dieu a comblé ta vie. En toi, le Très Haut prend visage d'homme. »* La construction véritable apparaît maintenant : « Vierge Marie, Dieu fait de toi sa demeure. »* Et à travers cette humble servante la vérité essentielle du dessin divin millénaire germe : « Le Seigneur est notre Dieu et nous, son peuple : Il vient habiter parmi nous. »* C'est lui qui bâtira une Maison pour mon Nom, et j'établirai à jamais son trône royal. Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils [...] ma fidélité ne s'écartera point de lui... tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n'aura pas de fin.

Merveilleuse épopée cosmique : Dieu est le constructeur tout autant que la demeure. L'édifice s'élève à partir d'une pulsion de vie intérieure, une grossesse, et non par l'asservissement laborieux sous un joug extérieur. C'est l'Esprit qui agit et non la volonté et le calcul. Les fondations sont celles de l'humanité du peuple dans ses plus humbles assises, nivellement définitif et sans retour de toutes les classes inventées par l'orgueil et la cupidité. Ainsi s'accomplit l'histoire du peuple des alliances, au bénéfice de l'humanité et du monde entier : tous et toutes visités par Gabriel, la force divine, pour nous faire accoucher de la miséricorde divine, pour nous-mêmes et l'univers. Nous sommes la résidence de Celui qui nous construit, nous manifestons la conscience de Celui qui nous habite, pierres vivantes d'un édifice qui nous contient et que nous bâtissons tout à la fois. « Béni soit le Seigneur, le grand Roi : sa maison sera rebâtie pour toujours. » * Amen.

* CFC (Nicole Berthet)TdD 1980

Denis Fortin, pasteur



Culte du dimanche 11 décembre 2011
3e dimanche de l'Avent « B »

Lectures bibliques (TOB) :

Psaumes 126:3-6

3Pour nous le SEIGNEUR a fait grand
      et nous étions joyeux.
4SEIGNEUR, retourne avec nos captifs,
      comme les torrents du Néguev.
5Qui a semé dans les larmes
      moissonne dans la joie !
6Il s'en va, il s'en va en pleurant,
      chargé du sac de semence.
      Il revient, il revient avec joie,
      chargé de ses gerbes.

Ésaïe 61:1-4

1L'Esprit du Seigneur DIEU est sur moi.
      Le SEIGNEUR, en effet, a fait de moi un messie,
      il m'a envoyé porter joyeux message aux humiliés,
      panser ceux qui ont le cœur brisé,
      proclamer aux captifs l'évasion,
      aux prisonniers l'éblouissement,
2proclamer l'année de la faveur du SEIGNEUR,
      le jour de la vengeance de notre Dieu,
      réconforter tous les endeuillés,
3mettre aux endeuillés de Sion un diadème,
      oui, leur donner ce diadème et non pas de la cendre,
      un onguent marquant l'enthousiasme, et non pas le deuil,
      un costume accordé à la louange, et non pas à la langueur.
      On les appellera « Térébinthes de la justice,
      plantation du SEIGNEUR, destinés à manifester sa splendeur ».
4Ils rebâtiront les dévastations du passé,
      les désolations infligées aux ancêtres, ils les relèveront,
      ils rénoveront les villes dévastées,
      les désolations traînant de génération en génération.

Luc 1:47-55

47et mon esprit s'est rempli d'allégresse
      à cause de Dieu, mon Sauveur,
48parce qu'il a porté son regard sur son humble servante.
      Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse,
49parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses :
      saint est son Nom.
50Sa bonté s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.
51Il est intervenu de toute la force de son bras ;
      il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ;
52il a jeté les puissants à bas de leurs trônes
      et il a élevé les humbles ;
53les affamés, il les a comblés de biens
      et les riches, il les a renvoyés les mains vides.
54Il est venu en aide à Israël son serviteur
      en souvenir de sa bonté,
55comme il l'avait dit à nos pères,
      en faveur d'Abraham et de sa descendance pour toujours. »



Prédication :

Connaître

Ce 3e dimanche de l'Avent va-t-il changer quelque chose dans nos vies ? En principe, nous devrions répondre oui avec joie et enthousiasme. Ce triste anniversaire va-t-il éteindre nos élans de chrétiens heureux de la Venue du Fils de Dieu ? Moi je vous réponds non parce que la réponse nous l'avons par l'entremise d'Isaïe et de Luc ce matin.

Comment pourrait-il en être autrement puisqu'Isaïe nous annonce que le Seigneur a fait de nous des messagers pour porter la Bonne Nouvelle aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs l'évasion et aux prisonniers l'éblouissement. Il est évident malgré cette bonne nouvelle que nous ne pouvons rester indifférents au sort réservé aux hommes et aux femmes torturés dans le monde. Quel paradoxe dans une chrétienté qui annonce la vie et non la mort ! Il peut nous arriver de penser que cette aberration ne nous concerne pas; que le fait de ne pas CONNAÎTRE ces gens qui sont à 100 ou 1000 lieux de nous, confirme que notre indifférence est fondée. Oh que non ! Et pour cause : ne pas connaître... décortiquons ce mot quelques instants; con veut dire : avec... donc, naître avec. Dieu nous demande de naître avec Lui, d'épouser sa vocation de messager de la Bonne Nouvelle, de faire nôtre sa vie de berger. Et le berger jusqu'à preuve du contraire ne s'occupe pas uniquement des brebis en santé ou sans problème; il a même un souci particulier pour les faibles, les blessés, les torturés. Notre marche a débuté; nous sommes des chercheurs de vérité, de compassion et d'amour autant dans notre vie personnelle que sociale et communautaire. La promesse de l'Avent a commencé dans un livre et ce livre contient la vie du peuple de Dieu certes mais aussi la vie de Dieu dans son peuple. La Bible renferme tous les genres littéraires connus dans 78 livres. Un livre qui en comte 78 à lui seul, n'est pas une mince affaire ! Alors que devons-nous en conclure ? Nous pouvons en conclure dans un premier temps que Dieu nous cherche de longue date et que c'est Lui le premier qui nous attend; la Bible, Parole de Dieu, en est une preuve éclatante. En second lieu, nous retrouvons dans l'évangile de Luc des motivations profondes à cette attente que l'Enfant-Dieu nourrit à notre égard;
  • il a porté son regard sur son humble servante.
  • Pourquoi cette personne ne serait-elle pas nous quand nous répondons à Dieu avec humilité ?
  • le tout-puissant a fait pour moi de grandes choses. Dieu n'a-t-il pas fait et ne fait-il pas encore de grandes choses dans nos vies ?
  • sa bonté s'étend de générations en générations.
  • Il a jeté les puissants de leur trône et il a élevé les humbles.
Ne serait-ce qu'au niveau politique, nous avons maints exemples autant que dans notre entourage quand nous sommes témoins de personnes qui écrasent les autres pour mieux s'élever.
  • Il est venu en aide à Israël son serviteur, en souvenir de sa bonté.
Nous pourrions poursuivre notre nomenclature bien longtemps pour constater l'œuvre de Dieu dans nos vies. Un jour, un curé de campagne racontait ce qui suit à ses paroissiens :

Un jour, un roi de très méchante humeur appelle ses conseillers; « Montrez-moi Dieu, je veux voir Dieu. Si vous n'exécutez pas cet ordre, je vous infligerai à chacun une très lourde peine ». Panique au palais, lorsque voilà que se présente un berger : « Je viens exaucer ton vœu », dit le berger en s'adressant au roi. Regarde le soleil bien en face ». « Insensé, lui répond le roi ! Veux-tu que je devienne aveugle ? Tu sais bien que le soleil brûle les yeux quand on le regarde de face ! ». « Avec tes pauvres yeux, tu voudrais voir Dieu réplique le berger, alors que tu n'es même pas capable de contempler une de ses œuvres ! ». Cette réponse plu au roi qui trouva le berger particulièrement sage. Du coup, il s'apaisa et lui demanda encore : « Mais dis-moi que fait Dieu ? Quel est son secret ? ». Le berger lui répondit : « Ô roi, si tu veux bien, nous allons échanger nos vêtements pour un bref moment ». Mis en confiance, le roi s'exécute, donne ses beaux habits au berger et endosse les siens. « Tu vois, dit le berger, voilà ce que Dieu fait ! »

Nous sommes en attente, la planète entière est en attente. Bien sûr, tous et toutes n'ont pas les mêmes éléments dans leur quotidien, néanmoins nos motivations personnelles et communautaires rejoignent celles de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture. Dieu lui-même a été torturé aux mains des romains dans le corps de son fils Jésus. N'est-ce pas un lieu assez percutant pour que nous nous arrêtions, ne serait-ce que quelques minutes ? Notre attente peut se concrétiser par des actes précis dont le premier serait sans aucun doute la prière, celle dont la conviction et la ferveur peut tout changer.

Qu'il nous soit révélé simplement que l'action de Dieu débute au seul endroit où nous avons un accès sans limites. L'Enfant-Dieu a pris refuge au plus profond de notre cœur et c'est là qu'Il nous attend. Amen.

Marie-Andrée Babin


Culte du dimanche 27 novembre 2011
1er dimanche de l'Avent « B »

Lectures bibliques (TOB) :

Deutéronome 24:10-13;19-22

10Si tu fais à ton prochain un prêt quelconque, tu n'entreras pas dans sa maison pour lui prendre un gage. 11C'est dehors que tu te tiendras, et l'homme à qui tu fais le prêt t'apportera le gage dehors.
12Si c'est un malheureux, tu ne te coucheras pas en gardant son gage. 13Tu devras lui rapporter son gage au coucher du soleil ; il se couchera dans son manteau et te bénira ; et devant le SEIGNEUR ton Dieu tu seras juste.

19Si tu fais la moisson dans ton champ, et que tu oublies des épis dans le champ, tu ne reviendras pas les prendre. Ce sera pour l'émigré, l'orphelin et la veuve, afin que le SEIGNEUR ton Dieu te bénisse dans toutes tes actions. 20Si tu gaules tes oliviers, tu n'y reviendras pas faire la cueillette ; ce qui restera sera pour l'émigré, l'orphelin et la veuve. 21Si tu vendanges ta vigne, tu n'y reviendras pas grappiller ; ce qui restera sera pour l'émigré, l'orphelin et la veuve. 22Tu te souviendras qu'au pays d'Egypte tu étais esclave ; c'est pourquoi je t'ordonne de mettre en pratique cette parole.

Psaumes 72:1-7

1De Salomon.
      Dieu, confie tes jugements au roi,
      ta justice à ce fils de roi.
2Qu'il gouverne ton peuple avec justice,
      et tes humbles selon le droit.
3Grâce à la justice, que montagnes et collines
      portent la prospérité pour le peuple !
4Qu'il fasse droit aux humbles du peuple,
      qu'il soit le salut des pauvres,
      qu'il écrase l'exploiteur !
5Que l'on te craigne,
      tant que soleil et lune brilleront,
      jusqu'au dernier des siècles !
6Qu'il descende comme l'averse sur les regains,
      comme la pluie qui détrempe la terre !
7Pendant son règne, que le juste soit florissant,
      et grande la prospérité,
      jusqu'à la fin des lunaisons !

Luc 10:25-37

25Et voici qu'un légiste se leva et lui dit, pour le mettre à l'épreuve : « Maître, que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? » 26Jésus lui dit : « Dans la Loi qu'est-il écrit ? Comment lis-tu ? » 27Il lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. » 28Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie. »
29Mais lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » 30Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l'ayant dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à moitié mort. 31Il se trouva qu'un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l'homme et passa à bonne distance. 32Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l'homme et passa à bonne distance. 33Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l'homme : il le vit et fut pris de pitié. 34Il s'approcha, banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui. 35Le lendemain, tirant deux pièces d'argent, il les donna à l'aubergiste et lui dit : "Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c'est moi qui te le rembourserai quand je repasserai." 36Lequel des trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les bandits ? » 37Le légiste répondit : « C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Jésus lui dit : « Va et, toi aussi, fais de même. »



Prédication :

L'œuvre de Dieu, c'est la nôtre

Quelque part, cette semaine, quelqu'un a réalisé l'œuvre de Dieu : cette personne a cuisiné un repas pour nourrir quelqu'un qui a faim, a participé à une réunion pour aider une famille réfugiée à s'installer dans son nouveau pays, a offert un abri à une femme et à ses enfants pris dans une situation abusive. Ces personnes dévouées, ainsi que bien d'autres, sont des partenaires de notre Fonds Mission et Service. La confession de foi de notre Église unie affirme que nous ne sommes pas seuls, que nous vivons dans le monde de Dieu et que nous sommes exhortés à aimer et servir les autres. Nous sommes enrôlés dans l'œuvre de Dieu qui est la nôtre.

Les lectures bibliques de ce jour nous disent que l'œuvre de Dieu, c'est notre affaire. De laisser les pauvres glaner les champs après la récolte dans l'Ancien Testament à la générosité à l'égard des démunis, en passant par l'exhortation de Jésus à aimer notre prochain comme nous-même comme l'a fait le Samaritain. Générosité et don sont mentionnés 1,713 fois dans les Écritures, en faisant ainsi un thème prédominant de la Bible. Nous devons donc participer à l'œuvre de Dieu sur la terre. Oui, on sait ça direz-vous! On est tellement sollicités de toutes parts! Qui aider ? Comment aider ? Le Fonds Mission et Service nous apporte une réponse : En ce moment même, à travers notre Synode, dans l'ensemble du pays et ailleurs dans le monde, nos partenaires apportent une aide adéquate aux personnes qui en ont le plus besoin. Nous n'avons donc plus à essayer de deviner. De plus, les frais d'administration sont beaucoup moindres que ceux de plusieurs autres organismes de charité bien connus. La majorité de nos partenaires sont en lien avec l'Église unie du Canada depuis longtemps et ont démontré de façon soutenue au fil des ans qu'ils accomplissent ce qu'ils disent vouloir faire et, dans bien des cas, augmentent même le soutien qu'ils apportent déjà aux personnes qu'ils rejoignent. La liste est aussi longue et variée que le sont les gens qui réclament de l'aide. Cette aide est apportée par un de nos partenaires de Mission et Service ici au Canada ou ailleurs dans le monde et, dans certains endroits, uniquement par nos partenaires. Ceux-ci ne font pas que répondre aux besoins immédiats pour ensuite s'en aller; ils s'assoient avec les personnes aidées, posent des questions, identifient les besoins et les préoccupations véritables et comment, ensemble, ils et elles peuvent y répondre.

La liste est longue et notre temps limité. Nous allons dès lors vous présenter seulement trois volets de cette œuvre de Dieu qui nous tient à cœur : L'itinérance, les banques alimentaires et la condition des réfugiés.

L'itinérance : Depuis 20 ans, les itinérants - aussi appelés les sans abris - sont de plus en plus visibles dans les rues au Canada. Le tiers d'entre eux ont moins de 18 ans et de plus en plus de familles doivent même demander l'aide des refuges. Pourquoi ? Hausse des loyers, désinstitutionalisation des personnes avec problèmes de santé mentale, arrêt des subventions gouvernementales aux programmes de logements sociaux, tout contribue à augmenter le nombre de personnes qui doivent vivre dans la rue ou qui sollicitent les refuges. Même si ces derniers offrent un toit et un lit où dormir, cela reste une vie de solitude et de frustrations.

Un endroit comme le « Centre 507 » à Ottawa - subventionné par le Fonds Mission & Service, offre un environnement sécuritaire, amical et aidant, pour y passer quelques heures, prendre un repas simple avant de retourner dans la rue. Sur le site Internet du Centre 507, on peut lire « L'impact d'une simple conversation ne peut être négligé. Nous oublions souvent que bien des gens n'ont personne avec qui partager leurs joies et leurs peines et combien un tel partage est vital pour le cœur humain». Mère Teresa connaissait bien les besoins des gens de la rue et elle disait que le fait de n'être pas désiré, pas aimé, d'être oublié de tous est une bien plus grande détresse que de ne pas avoir de nourriture.

Les banques alimentaires: Le Canada est, dit-on, un des meilleurs endroits pour vivre et pourtant 900,000 Canadiens ont recours chaque mois à l'aide alimentaire. C'est plus de gens que la population du Nouveau Brunswick. Mises sur pied au début des années 1980 comme une solution à court terme, les banques alimentaires sont devenues institutions à long terme (alors que le gouvernement canadien passe à côté des questions sociales d'aujourd'hui). Pourquoi des banques alimentaires ? Détérioration des conditions de vie, licenciements, éclatement des familles, emplois sans avantages sociaux. Bien des parents ont l'impression que quels que soient leurs efforts, ils ne parviendront pas à s'en sortir. Que survienne une urgence -- bris de voiture, maladie - le budget est en déroute. Petite crise pour payer l'épicerie, grosse crise pour payer le loyer. Et les familles monoparentales sont les plus atteintes.

Les enfants qui ne fréquentent pas les petits déjeuners ou les programmes de dîner manqueront l'école pour ne pas se sentir humiliés de ne pas avoir de lunch. La « House of Lazarus » (en français : La Maison de Lazare) - subsidiée par le Fonds M&S - ne se contente pas de remplir les ventres, elle accompagne aussi les personnes dans toutes leurs dimensions, offrant des items hors budget tels que des articles de toilette - un luxe pour beaucoup -- du lait maternisé, des articles scolaires.
Léon Tolstoï a dit, au sujet de la faim : « Ce morceau de pain est le mien seulement lorsque je sais que tous en ont une portion et que personne ne doit jeûner pendant que moi je mange ».

La condition des réfugiés: Seulement 4 pour-cent des Canadiens ne sont pas des immigrants ou des descendants d'immigrants. Chaque année, près de 30,000 personnes demandent asile au Canada, fuyant la guerre, la persécution, le viol, les turbulences politiques. Ils sont comme vous et moi, sauf que tout ce qu'ils possédaient, ils l'ont laissé derrière eux. Totalement démunis, ils n'auront rien si nous ne leur tendons pas une main secourable.

Une partie du travail de la Mission communautaire de Montréal - une œuvre centenaire subsidiée par le Fonds M&S - est d'offrir un programme de soutien aux réfugiés dont l'hébergement de transition. Quant à la Maison Haider, elle offre un lieu d'accueil à des hommes vulnérables qui ont fui des situations traumatiques dans leur pays d'origine. Il y a aussi Just Solutions (Solutions justes) qui est une clinique d'information légale pour réfugiés. Tous et toutes aspirent et méritent d'être traités avec amour, respect, bonté, compréhension, pardon, patience et encouragement.

Nous savons que Dieu a besoin de notre aide pour accomplir son œuvre car le monde évolue constamment et les besoins grandissent. Il est primordial que nous accordions un soutien continu à notre Fonds Mission et Service. Par nos dons, nous rejoignons les vies de milliers de personnes et nous prolongeons l'œuvre de Dieu. En ce premier dimanche le l'Avent, dans l'attente du 25 décembre et du merveilleux anniversaire - qui n'est pas le nôtre soit dit en passant - c'est le bon moment pour commencer à vous associer à quelque chose d'aussi humainement chrétien.

Faisons un petit retour sur les lectures de ce matin :
Dans l'Ancien Testament, les lois expriment clairement les priorités de Dieu. On remarque le souci particulier de Dieu pour les pauvres en Israël dans la loi sur le glanage qui oblige les fermiers à laisser dans les champs les restes de la récolte, de même que sur les arbustes et les arbres, pour le bénéfice des pauvres.
En Luc, nous entendons le grand commandement de l'amour du prochain. Les partenaires de notre Mission et Service traitent quiconque vient à eux comme ils souhaitent être traités eux-mêmes. En terminant, voici ce que disait Martin Luther King Jr. à propos du Samaritain : « La première question que le prêtre et le lévite se posent est : Si j'arrête pour aider cet homme, que va-t-il m'arriver ? Mais le bon Samaritain lui retourne la question et se demande: Si je n'arrête pas pour aider cet homme, que va-t-il lui arriver ? »
AMEN.

Anne-Marie carmoy


Culte du dimanche 20 novembre 2011
Règne du Christ « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Ézéchiel 34:11-16a

11Car ainsi parle le Seigneur DIEU : Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin. 12De même qu'un berger prend soin de ses bêtes le jour où il se trouve au milieu d'un troupeau débandé, ainsi je prendrai soin de mon troupeau ; je l'arracherai de tous les endroits où il a été dispersé un jour de brouillard et d'obscurité. 13Je le ferai sortir d'entre les peuples, je le rassemblerai des différents pays et je l'amènerai sur sa terre ; je le ferai paître sur les montagnes d'Israël, dans le creux des vallées et dans tous les lieux habitables du pays. 14Je le ferai paître dans un bon pâturage, son herbage sera sur les montagnes du haut pays d'Israël. C'est là qu'il pourra se coucher dans un bon herbage et paître un gras pâturage, sur les montagnes d'Israël. 15Moi-même je ferai paître mon troupeau, moi-même le ferai coucher – oracle du Seigneur DIEU. 16La bête perdue, je la chercherai ; celle qui se sera écartée, je la ferai revenir ; celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage ; la malade, je la fortifierai.

Éphésiens 1:15-23

15Voilà pourquoi, moi aussi, depuis que j'ai appris votre foi dans le Seigneur Jésus et votre amour pour tous les saints, 16je ne cesse de rendre grâce à votre sujet, lorsque je fais mention de vous dans mes prières. 17Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père à qui appartient la gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître ; 18qu'il ouvre votre cœur à sa lumière, pour que vous sachiez quelle espérance vous donne son appel, quelle est la richesse de sa gloire, de l'héritage qu'il vous fait partager avec les saints, 19quelle immense puissance il a déployée en notre faveur à nous les croyants ; son énergie, sa force toute-puissante, 20il les a mises en œuvre dans le Christ, lorsqu'il l'a ressuscité des morts et fait asseoir à sa droite dans les cieux, 21bien au-dessus de toute Autorité, Pouvoir, Puissance, Souveraineté et de tout autre nom qui puisse être nommé, non seulement dans ce monde, mais encore dans le monde à venir. 22Oui, il a tout mis sous ses pieds et il l'a donné, au sommet de tout, pour tête à l'Église 23qui est son corps, la plénitude de celui que Dieu remplit lui-même totalement.

Matthieu 25:31-46

31« Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. 32Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. 33Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. 34Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. 35Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; 36nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi." 37Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? 38Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? 39Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ? " 40Et le roi leur répondra : "En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! " 41Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : "Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. 42Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire ; 43j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité." 44Alors eux aussi répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t'assister ? " 45Alors il leur répondra : "En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait." 46Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. »



Prédication :

La plénitude, notre destinée

Aujourd'hui est le dernier dimanche du calendrier des églises chrétiennes, connu autrefois sous le nom du Christ-Roi. Un peu comme le dernier chapitre d'un livre ou les dernières scènes d'un film nous livrent habituellement la conclusion du récit et la clé de compréhension de tout ce qui est advenu auparavant, les textes bibliques lus aujourd'hui nous proposent comme un résumé du plan de Dieu et nous indiquent sur quoi débouche une existence humaine. En fait c'est un contexte idéal pour la célébration d'un baptême, d'une vie qui en est au tout début. Comme parents et croyants, vous offrez tendrement le meilleur de vous-mêmes à votre enfant : quoi de mieux que de l'imbiber de la bienveillance de la source de toute tendresse, du Dieu berger : Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin [...] je l'arracherai de tous les endroits où il a été dispersé un jour de brouillard et d'obscurité [...] là il pourra se coucher dans un bon herbage et paître un gras pâturage,[...] La bête perdue, je la chercherai ; celle qui se sera écartée, je la ferai revenir ; celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage ; la malade, je la fortifierai...

Dieu qui vient, tel un bon berger, chercher, rassembler, guider, nourrir, soigner, fortifier. Images paysannes, pastorales, du quotidien du peuple hébreux qui se sait par pure grâce peuple choyé et béni de Dieu. Images empruntées ensuite au peuple Juif dont est issu Jésus de Nazareth, reprises comme les écrits sacrés de l'Ancien Testament par les chrétiens des premières générations qui y découvrent avec les yeux du cœur, un Nouveau Testament, une alliance nouvelle, d'une portée universelle, qui concerne les hommes et les femmes de toutes les nations pour tous les temps. Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père à qui appartient la gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître... Cet homme bien réel, né d'une femme comme votre enfant et chacun de nous, Jésus dont on se souvient encore aujourd'hui pour la qualité de sa compassion, l'inconditionnel de son accueil, et la vérité percutante de ses propos, cet homme qui faisait le bien et dénonçait le mal, qui appelait à la repentance et au changement de vie, a été mis à mort comme un criminel. Mais il y a plus... et cela seul un esprit de sagesse le révèle.

Que le Père céleste ouvre votre cœur à sa lumière, pour que vous sachiez quelle espérance vous donne son appel, quelle est la richesse de sa gloire, de l'héritage qu'il vous fait partager avec les saints. En Jésus, nous le croyons, Dieu même s'est rendu présent à ce qu'il y a de plus humble et essentiel pour une vie humaine : dans cette vie appropriée, bien réelle, il se retrouve ainsi, comme par diffusion, au cœur de toute la vie, de toutes les vies car il a déployé une immense puissance en notre faveur à nous les croyants ; son énergie, sa force toute-puissante, il les a mises en œuvre dans le Christ, lorsqu'il l'a ressuscité des morts et fait asseoir à sa droite dans les cieux. Le rituel du baptême que nous avons à nouveau célébré ce matin traduit dans un geste symbolique et nous greffe dans la foi à la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Croire en lui, c'est d'abord et avant tout rechercher dans toutes les dimensions de notre existence, par la puissance de l'Esprit Saint qui nous est offert, d'exceller dans l'amour, la compassion et la justice, et de ne jamais renoncer à confronter et déraciner le mal en nous et autour de nous. Oui, avec l'aide de Dieu comme nous l'avons dit tout à l'heure.

La plupart d'entre nous avons été baptisés comme nourrisson, dans la foi de nos parents : le moment venu, nous avons à faire nôtre cette manière de voir et de vivre, à la re-choisir tout au long de notre existence. Dieu a tout mis sous ses pieds et il l'a donné, au sommet de tout, pour tête à l'Église qui est son corps, la plénitude de celui que Dieu remplit lui-même totalement. Mystère inépuisable que nous ne finissons jamais de nous approprier le charpentier de Nazareth est le Seigneur des galaxies, du temps et l'espace et il remplit tout de sa présence. En lâchant prise à son Esprit, en nous laissant renouveler par son amour, nous avons accès au succès et à la réussite de notre vie qui ne se mesure pas par ce que nous possédons. Nous pouvons faire des choses simples mais d'une portée immense : vous m'avez donné à manger, vous m'avez donné à boire, vous m'avez recueilli, vous m'avez vêtu, vous m'avez visité, et vous êtes venus à moi [...] chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.

Il convient mieux de dire que, ce matin, nous célébrons le règne du Christ, ce règne qui grandit et se déploie à travers nous, par la disponibilité que nous accordons à l'œuvre de Dieu. Le baptême de ce petit enfant, ce matin, nous montre le chemin : cela ne dépend pas de nous, nous n'avons qu'à l'accueillir, tous et toutes baptisés dans un même Esprit, au nom du même Seigneur, dans l'amour infini de Dieu qui est notre commencement et sera notre fin, la plénitude de celui que Dieu remplit lui-même totalement. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 13 novembre 2011
22e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

1 Thessaloniciens 5:1-6

1Quant aux temps et aux moments, frères, vous n'avez pas besoin qu'on vous en écrive. 2Vous-mêmes le savez parfaitement : le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. 3Quand les gens diront : « Quelle paix, quelle sécurité ! », c'est alors que soudain la ruine fondra sur eux comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront y échapper. 4Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur. 5Tous, en effet, vous êtes fils de la lumière, fils du jour : nous ne sommes ni de la nuit, ni des ténèbres. 6Donc ne dormons pas comme les autres, mais soyons vigilants et sobres.

Matthieu 25:14-19;24-30

14« En effet, il en va comme d'un homme qui, partant en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens. 15À l'un il remit cinq talents, à un autre deux, à un autre un seul, à chacun selon ses capacités ; puis il partit. Aussitôt 16celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla les faire valoir et en gagna cinq autres. 17De même celui des deux talents en gagna deux autres. 18Mais celui qui n'en avait reçu qu'un s'en alla creuser un trou dans la terre et y cacha l'argent de son maître. 19Longtemps après, arrive le maître de ces serviteurs, et il règle ses comptes avec eux.

24S'avançant à son tour, celui qui avait reçu un seul talent dit : "Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n'as pas semé, tu ramasses où tu n'as pas répandu ; 25par peur, je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici, tu as ton bien." 26Mais son maître lui répondit : "Mauvais serviteur, timoré ! Tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que je ramasse où je n'ai rien répandu. 27Il te fallait donc placer mon argent chez les banquiers : à mon retour, j'aurais recouvré mon bien avec un intérêt. 28Retirez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29Car à tout homme qui a, l'on donnera et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera retiré. 30Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents."



Prédication :

Parabole des talents

La première lecture de ce matin dans Mathieu nous semble à prime abord assez facile d'interprétation; néanmoins, il serait légitime de s'interroger sur la cible que Jésus voulait atteindre par cette parabole.

Était-elle adressée uniquement aux pharisiens et aux scribes ou aux disciples également, donc à nous aussi par ricochet ? Mais admettons que le périscope se promène sur les uns et les autres à la fois. Croire en Jésus nous aide à comprendre que ça signifie aussi de vivre en être libre, aimé de Dieu. Mais attention, notre valeur ne dépend pas de nos mérites bien sûr ! Si cela était, nous n'aurions peut-être pas grand-chose considérant notre état d'êtres faibles et pécheurs ! Nous devons reconnaître que seule la présence de Dieu peut changer nos vies. Il nous faut être prêt à le reconnaître Lui dans ce qu'Il nous a donné également, pour ensuite le suivre et témoigner; ce qu'Il nous a donné, le don né de Lui. Dieu nous pouvons le chercher et le reconnaître de multiples façons; les dons, les talents reçus sont autant de chemins vers Lui. Comme tout m'est donné gratuitement, l'évangile m'accorde une grande liberté. Et que faisons-nous de cette richesse reçue ? Elle peut nous aider à accomplir une démarche humaine et spirituelle. Est-ce que nous vivons ces richesses pour être attirer vers Dieu ou sommes-nous gagné par le souci peureux de ne surtout rien risquer et de mettre en sécurité ce que nous avons reçu ? Donc, ne rien faire ! Alphonse Maillot nous rappelle ici que l'horizon de Mathieu nous dit avec un grand sérieux qu'il y a un moment où il est trop tard, après lequel rien ne peut plus être rattrapé. Chaque être humain a reçu un don et il n'en existe aucun qui n'ait reçu un minimum. Ces dons veulent être utilisés. Ils ne peuvent se développer qu'en les engageant, non en les enterrant. La question est de savoir que faisons-nous des chances que Dieu nous a données au départ. Si je regarde notre communauté, des talents il y en a à profusion. Beaucoup de gens ne peuvent pas se développer parce qu'ils ne se sentent pas acceptés en ce qu'ils sont ou ce qu'ils font. Pour s'épanouir, l'être humain a besoin que sa mission corresponde à ses capacités. Alors jusqu'où pouvons-nous aller pour accueillir, encourager, accompagner ? Comment pouvons-nous reconnaître nos propres talents et ceux des autres ? Il y a dans Mathieu ce petit côté obscur difficile à découvrir; le niveau spirituel du message des talents que je cherchais, je l'ai découvert et compris en lisant le théologien Alphonse Maillot dans un texte sur cette parabole. Dieu ne donne pas à tous de la même manière. Mais dans cette parabole tout comme dans nos vies, aucun ne s'en va bredouille ! Tous nous sommes interpellés; utilisez vos dons ! Celui qui voudrait les garder serait pur perte car ils se décomposeraient; mais celui qui risque de les exposer, trouvera la vie et l'accomplissement. Le précieux don de la foi veut être engagé dans la transmission de l'amour reçu. Ouvrir nos yeux et ceux des autres à la beauté de l'évangile du Christ ce n'est pas une fantaisie mais bien une exigence en tant que chrétien et en tant qu'Église. Ce n'est pas l'argent, la foi ou les croyants qui manquent à notre Église mais bien de penser que la Mission est une affaire d'Afrique ou d'Asie et non pour Québec, la Gaspésie ou l'Abitibi. La foi en Jésus-Christ est le trésor de l'Église. Et ce sont nos dons et nos talents qui peuvent faire en sorte qu'elle grandisse et se fortifie.

La parabole présente deux possibilités; la première serait d'engager un risque de tout gagner ou de tout perdre en misant sur le positif. La seconde présente une sécurité qui s'évanouit aussitôt que la découverte de tout perdre apparaît. Alors on multiplie et on fructifie ou on cache et on se retrouve avec rien ? Il ne s'agit pas de cacher notre foi dans notre for intérieur lorsqu'on se moque de nous ironiquement, sans la témoigner ouvertement. La joie du don de la foi devrait nous animer au point d'être contagieux sur les autres. Vivre le don de la foi est aussi dangereux aujourd'hui qu'hier au temps de Jésus; le risque d'être écarté et ridiculisé est toujours présent.

L'éternelle expression il ou elle a du talent dans ceci ou cela vient de très loin; est-ce l'hérédité, l'enseignement ou autre chose ? À ce rythme là on peut facilement remonter à Mathusalem et se retrouver avec Adam et Ève. Les dons, les talents reçus sont un signe non équivoque de notre vie de chrétien. Et une vie de chrétien qui tourne uniquement autour des intérêts personnels n'a pas d'avenir. Vivons dans la joie et la reconnaissance de ce que Dieu a déposé en nous. Ayons aussi la joie et le courage d'en témoigner. Alors nous pourrons faire fructifier ces talents, ces dons de Dieu.

Amen.

Marie-Andrée Babin


Culte du dimanche 6 novembre 2011
21e dimanche après la Pentecôte « A » La Toussain

Lectures bibliques (TOB) :

1 Thessaloniciens 4:13-18

13Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l'ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n'ont pas d'espérance. 14Si en effet nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, de même aussi ceux qui sont morts, Dieu, à cause de ce Jésus, à Jésus les réunira. 15Voici ce que nous vous disons, d'après une parole du Seigneur : nous, les vivants, qui serons restés jusqu'à la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas du tout ceux qui sont morts. 16Car lui-même, le Seigneur, au signal donné, à la voix de l'archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel : alors les morts en Christ ressusciteront d'abord ; 17ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. 18Réconfortez-vous donc les uns les autres par cet enseignement.

Matthieu 25:1-13

1« Alors il en sera du Royaume des cieux comme de dix jeunes filles qui prirent leurs lampes et sortirent à la rencontre de l'époux. 2Cinq d'entre elles étaient insensées et cinq étaient avisées. 3En prenant leurs lampes, les filles insensées n'avaient pas emporté d'huile ; 4les filles avisées, elles, avaient pris, avec leurs lampes, de l'huile dans des fioles. 5Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. 6Au milieu de la nuit, un cri retentit : "Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre." 7Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. 8Les insensées dirent aux avisées : "Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent." 9Les avisées répondirent : "Certes pas, il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous ! Allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous." 10Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et l'on ferma la porte. 11Finalement, arrivent à leur tour les autres jeunes filles, qui disent : "Seigneur, seigneur, ouvre-nous ! " 12Mais il répondit : "En vérité, je vous le déclare, je ne vous connais pas." 13Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.



Prédication :

Quelle heure est-il ?

Étrange histoire que celle des dix jeunes filles qui prirent leurs lampes et sortirent à la rencontre de l'époux. Cette parabole différente pourrait aisément provenir d'un recueil de contes oriental comme les Mille et Une Nuits. À sa lecture, me revient en mémoire l'imagerie des Indes, où des gardiennes de vaches, les Gopi, entourent joyeusement fascinés par ses charmes transcendants le dieu Krishna, en se délectant de sa présence qui les comble d'une extase autant nuptiale que spirituelle, car cette imagerie pleine de sensualité est symbolique du chemin de l'amour total envers Dieu. Dans les Écritures hébraïques, l'Ancien Testament, le recueil intitulé Cantique des cantiques utilise sans gêne une semblable comparaison.
Toutefois, la réflexion proposée par l'évangéliste dans le cas présent ne porte pas sur les délices de la proximité à l'époux – en passant le texte ne mentionne aucune épouse particulière mais bien les vierges en attente d'être introduites dans la salle des noces (ou la chambre nuptiale ?). Ne sont-elles pas toutes virtuellement « choisies » ? L'histoire est construite pour démontrer l'impérative nécessité d'avoir ce qu'il faut pour durer dans l'attente (les filles avisées, elles, avaient pris, avec leurs lampes, de l'huile dans des fioles...) et être prêt lorsque le moment sera venu. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.
Ce matin, nous sommes revenus à l'heure dite normale, celle qui dans notre fuseau horaire correspond le plus près à l'avancée concrète de l'astre du jour. Nous en avons fini de forcer les choses pour étirer artificiellement les journées. Sagesse ou résignation à la venue d'une période de froidure et de noirceur, nous accueillons les choses comme elles sont dans les faits. C'est aussi en ce temps de dormance de la nature que les traditions séculaires soulignent par Samain, l'Halloween, la Toussaint ou la fête des défunts, l'attente et, malgré les apparences contraires, le triomphe de la vie et de l'être dont la rencontre fait tout déboucher... Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.

Heure normale, heure d'hiver feutré, heure de l'attente propice à l'assoupissement. Où sont les êtres dont les circonstances nous ont séparés, que la mort nous a enlevés ? Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l'ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n'ont pas d'espérance. Le temps de l'attente n'était pas encore très long pour Paul, mais suffisamment pour qu'il aborde cette question incontournable de la finalité de notre existence. Du point de vue de l'apôtre ceux qui sont morts, Dieu, à cause de ce Jésus, à Jésus les réunira. Et, l'heure venue, à notre tour nous seront introduis dans l'intimité divine, en Christ. ... lui-même, le Seigneur, au signal donné, [..] descendra du ciel : alors les morts en Christ ressusciteront d'abord ; ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur.

Cette image d'une descente du Christ et d'une ascension des humains dans les airs évoque bien sûr une réalité dégagée des contraintes physiques, un ordre autre où la vérité profonde des êtres brille intensément, où les lampes sont définitivement allumées. L'heure ultime, si on y songe bien, est l'aboutissement, la manifestation de la signification et de la fécondité de toutes celles qui l'ont précédée. C'est pour cette raison que, dans le maintenant de nos existences, il nous incombe de faire ce qu'il faut pour prévenir que nos lampes s'éteignent. Nul ne peut le faire pour un(e) autre.

Quelle est l'huile de votre vie personnelle ? Où la mettez-vous en réserve ? À quoi alimentez-vous votre vie spirituelle ? Qu'est-ce qui donne de l'élan à votre amour et de l'ardeur à votre compassion ? Comment mettez-vous en pratique les enseignements de l'Évangile ? Dieu nous met ensemble en Église pour nous encourager mutuellement et nous garder vigilants, joyeux et vivants dans l'espérance et la réalisation des ouvres de justice. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 16 octobre 2011
18e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Ésaïe 45:1-7

1Ainsi parle le SEIGNEUR à son messie :
      À Cyrus que je tiens par sa main droite,
      pour abaisser devant lui les nations,
      pour déboucler la ceinture des rois,
      pour déboucler devant lui les battants,
      pour que les portails ne restent pas fermés :
2Moi-même, devant toi je marcherai,
      les terrains bosselés, je les aplanirai,
      les battants de bronze, je les briserai,
      les verrous de fer, je les fracasserai.
3Je te donnerai les trésors déposés dans les ténèbres,
      les richesses dissimulées dans des cachettes :
      ainsi tu sauras que c'est moi le SEIGNEUR,
      celui qui t'appelle par ton nom, le Dieu d'Israël.
4C'est à cause de mon serviteur Jacob,
      oui, d'Israël, mon élu,
      que je t'ai appelé par ton nom ;
      je t'ai qualifié, sans que tu me connaisses.
5C'est moi qui suis le SEIGNEUR, il n'y en a pas d'autre,
      moi excepté, nul n'est dieu !
      Je t'ai mis le ceinturon, sans que tu me connaisses,
6afin qu'on reconnaisse, au levant du soleil
      comme à son couchant, qu'en dehors de moi : néant !
      C'est moi qui suis le SEIGNEUR, il n'y en a pas d'autre ;
7je forme la lumière et je crée les ténèbres,
      je fais le bonheur et je crée le malheur :
      c'est moi, le SEIGNEUR, qui fais tout cela.

Matthieu 22:15-22

15Alors les Pharisiens allèrent tenir conseil afin de le prendre au piège en le faisant parler. 16Ils lui envoient leurs disciples, avec les Hérodiens, pour lui dire : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité, sans te laisser influencer par qui que ce soit, car tu ne tiens pas compte de la condition des gens. 17Dis-nous donc ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? » 18Mais Jésus, s'apercevant de leur malice, dit : « Hypocrites ! Pourquoi me tendez-vous un piège ? 19Montrez-moi la monnaie qui sert à payer le tribut. » Ils lui présentèrent une pièce d'argent. 20Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » 21Ils répondent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » 22À ces mots, ils furent tout étonnés et, le laissant, ils s'en allèrent.



Prédication :

Une divine subversion

C'est à cause de mon serviteur Jacob, oui, d'Israël, mon élu, que je t'ai appelé [Cyrus] par ton nom ; je t'ai qualifié, sans que tu me connaisses... Ésaïe 45,4

Depuis quelques semaines, nous sommes témoins d'une démarche sociale inusitée en Amérique du Nord depuis les dernières décennies. Le mouvement Occupy Wall Street a pris naissance dans le quartier des affaires de New York : des citoyens des États-Unis se font entendre pour donner une voix à ces 99% de la population qui sont ballottés au gré des décisions économiques et politiques du 1% des toujours mieux nantis. Le mouvement a inspiré des démarches analogues d'indignation collective un peu partout sur la planète, grâce entre autres aux médias sociaux. Ainsi l'écrivait Doris Veillet sur le mur Facebook d'Occupons Montréal hier : « Trouvons une nouvelle façon d'opérer en tenant compte de la majorité de la population qui n'en finit plus de s'appauvrir alors que les puissants de ce monde ne ressentent aucune honte à s'enrichir grassement sous l'oeil complice de nos gouvernements, tant à Ottawa qu'à Québec! Réveillons-nous! » Demain, 17 octobre, c'est la journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, décrétée le 22 décembre 1992 par les Nations Unies, résultat d'un engagement de longue haleine d'un prêtre catholique français, Joseph Wresinski, issu de la pauvreté et qui a consacré sa vie et son ministère au refus de la misère, et a permis l'émergence du mouvement ATD Quart-Monde. C'est sur cette toile de fond de notre existence actuelle que se déposent dans notre conscience les textes bibliques de ce matin.

Et c'est justement de rapport avec le pouvoir politique et économique pour les gens qui se réclament de Dieu dont il est question. Ésaïe, texte des écritures hébraïques de la 1ère alliance, va même jusqu'à appeler un gouvernant perse, un païen messie, celui qui reçoit l'onction de l'Esprit pour accomplir le dessein de Dieu. Ainsi parle le SEIGNEUR à son messie : A Cyrus que je tiens par sa main droite, pour abaisser devant lui les nations, pour déboucler la ceinture des rois, pour déboucler devant lui les battants, pour que les portails ne restent pas fermés. Audace incroyable alors que la théologie du temps attribuait un dieu spécifique à chaque nation et que, tout particulièrement, la foi des Hébreux excluait explicitement tout mélange religieux. Comment alors un roi qui n'adore pas le SEIGNEUR peut-il être considéré comme inspiré dans ses choix et ses interventions ? « L'Ancien Testament raconte comment Cyrus autorise les Judéens exilés à Babylone à rentrer à Jérusalem, et donne l'ordre de reconstruire le Temple détruit lors de la prise de la ville par Nabuchodonosor... » Cette autorisation si improbable est en soi un message pour les croyants : C'est moi qui suis le SEIGNEUR, il n'y en a pas d'autre, moi excepté, nul n'est dieu ! Je t'ai mis le ceinturon, sans que tu me connaisses, afin qu'on reconnaisse, au levant du soleil comme à son couchant, qu'en dehors de moi : néant ! C'est moi qui suis le SEIGNEUR, il n'y en a pas d'autre ; je forme la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bonheur et je crée le malheur : c'est moi, le SEIGNEUR, qui fais tout cela. La suprématie et la domination de Dieu qui soutient l'univers et accompagne la destinée des humains est ici à l'ouvre, à cause de son alliance d'amour, de son projet de libération pour son peuple et, à travers ce peuple, pour toutes les nations.

À vue humaine toutefois, le discernement est loin d'être aisé. L'histoire pullule d'exemples de ce qu'on appelle de nos jours « l'instrumentalisation du religieux par le politique ou encore du politique par le religieux », manipulation plus ou moins subtile de l'opinion publique pour contrôler les populations face auxquelles les pouvoirs trouvent leur intérêt en prétendant servir celui de la masse. Religion et politique sont bien sûr deux sphères distinctes mais inévitablement perméables. Le débat sur la laïcité démontre l'importance d'un appareil étatique indépendant du contrôle par un groupe religieux particulier ce qui ne veut toutefois pas dire que la religion n'ait rien à partager sur les valeurs et les objectifs de la vie en commun.

L'évangile de Matthieu nous raconte ici une machination : Alors les Pharisiens allèrent tenir conseil afin de [...] prendre [Jésus] au piège en le faisant parler. Encore de nos jours, le réflexe premier lorsqu'une imposture est sur le point d'être démasquée c'est, pour les gens qui s'accrochent au pouvoir et aux privilèges, de tenter par tous les moyens de discréditer la personne ou le groupe qui mettent les choses en lumière. Le Maître qui justement est franc et enseigne les chemins de Dieu en toute vérité au dire même de ses détracteurs ne tombera pas dans le panneau d'une opposition simpliste entre le religieux et le politique. De manière effectivement magistrale il proposera cette piste qui balise les rapports sans pour autant exclure toute interaction : « Montrez-moi la monnaie... de qui sont cette effigie et cette inscription ? - De César. - Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Le système économique n'est pas de l'ordre du divin, les impôts, les stratégies budgétaires ne sont pas l'affaire de la religion. Toutefois l'humanité que cette structure sociale a pour fonction de servir, elle, est du ressort divin. Et si une institution économique ou politique asservit sa population et établit l'injustice en système, l'objectif du Créateur n'est pas respecté : c'est alors que le message religieux est alors perçu dans sa dimension prophétique, à l'instar de Jésus sans [se] laisser influencer par qui que ce soit, [ni tenir] compte de la condition des gens.

Se pourrait-il que dans les dernières semaines, d'une manière inusitée, une nouvelle forme de Cyrus contemporain se soit montrée le bout du nez, prenant le visage de l'opinion publique nourrie et autodirigée à travers les nouveaux médias ? Ces sphères distinctes, le religieux et le politique, le demeurent évidemment mais le Dieu créateur est chez lui partout et agit de façon souvent étonnante, à cause et pour le bénéfice de mon élu, [l'humanité dans le dessein d'amour divin] en utilisant circonstances et personnes de manière indirecte, je t'ai qualifié, sans que tu me connaisses. Une divine subversion ? Et pourquoi pas...

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 2 octobre 2011
16e dimanche après la Pentecôte « A »
et dimanche mondiale de communion

Lectures bibliques (TOB) :

Exode 20:1-4;7-9;12-17

1Et Dieu prononça toutes ces paroles :
2« C'est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude :
3Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi.
4Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre.

7Tu ne prononceras pas à tort le nom du SEIGNEUR, ton Dieu, car le SEIGNEUR n'acquitte pas celui qui prononce son nom à tort.
8Que du jour du sabbat on fasse un mémorial en le tenant pour sacré. 9Tu travailleras six jours, faisant tout ton ouvrage,

12Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le SEIGNEUR, ton Dieu.
13Tu ne commettras pas de meurtre.
14Tu ne commettras pas d'adultère.
15Tu ne commettras pas de rapt.
16Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain.
17Tu n'auras pas de visées sur la maison de ton prochain. Tu n'auras de visées ni sur la femme de ton prochain, ni sur son serviteur, sa servante, son bœuf ou son âne, ni sur rien qui appartienne à ton prochain. »

Philippiens 3:4b-14

4bSi un autre croit pouvoir se confier en lui-même, je le peux davantage, moi, 5circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d'Hébreux ; pour la loi, Pharisien ; 6pour le zèle, persécuteur de l'Église ; pour la justice qu'on trouve dans la loi, devenu irréprochable.
7Or toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ. 8Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu'est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur. À cause de lui j'ai tout perdu, et je considère tout cela comme ordures afin de gagner Christ 9et d'être trouvé en lui, non plus avec une justice à moi, qui vient de la loi, mais avec celle qui vient par la foi au Christ, la justice qui vient de Dieu et s'appuie sur la foi. 10Il s'agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort, 11afin de parvenir, s'il est possible, à la résurrection d'entre les morts. 12Non que j'aie déjà obtenu tout cela ou que je sois déjà devenu parfait ; mais je m'élance pour tâcher de le saisir, parce que j'ai été saisi moi-même par Jésus Christ. 13Frères, je n'estime pas l'avoir déjà saisi. Mon seul souci : oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant, 14je m'élance vers le but, en vue du prix attaché à l'appel d'en haut que Dieu nous adresse en Jésus Christ.

Matthieu 21:33-46

33« Ecoutez une autre parabole. Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage. 34Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient. 35Mais les vignerons saisirent ces serviteurs ; l'un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre, ils le lapidèrent. 36Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; ils les traitèrent de même. 37Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : "Ils respecteront mon fils." 38Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : "C'est l'héritier. Venez ! Tuons-le et emparons-nous de l'héritage." 39Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. 40Eh bien ! lorsque viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ? » 41Ils lui répondirent : « Il fera périr misérablement ces misérables, et il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui lui remettront les fruits en temps voulu. » 42Jésus leur dit : « N'avez-vous jamais lu dans les Écritures :
      La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs,
      c'est elle qui est devenue la pierre angulaire ;
      c'est là l'œuvre du Seigneur :
      Quelle merveille à nos yeux.
43Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. 44Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera. » 45En entendant ses paraboles, les grands prêtres et les Pharisiens comprirent que c'était d'eux qu'il parlait. 46Ils cherchaient à l'arrêter, mais ils eurent peur des foules, car elles le tenaient pour un prophète.



Prédication :

Saisir Celui qui nous saisit

Les 10 commandements entendus à l'ouverture de notre culte décrivent, dans notre tradition de foi judéo-chrétienne, la charpente nécessaire d'une existence personnelle et sociale empreinte d'intégrité qui bénéficiera donc tant à soi-même qu'aux autres, nos proches comme à la société tout entière. Ces 10 paroles sont comme des phares dans la nuit du monde et le flou brumeux des valeurs, des balises à la fois indicatrices du chemin à suivre et garde-fous pour prévenir les accidents mortels par étourderie ou négligence.

Soit. Mais encore faut-il volontairement les intégrer, non seulement par une obéissance à la lettre mais simultanément par une harmonisation croissante avec l'intention profonde de ce qui, de Celui,/Celle qui les a suscitées. Or, un problème récurant de l'humanité c'est l'écart entre l'intuition de départ et les réalisations ultérieures, entre la noblesse de l'idéal et la petitesse des accomplissements. Associez cette dérive à une autre, cette entreprise aussi fréquente de dissimulation de la réalité à soi-même comme aux autres, et nous nous retrouvons soudainement en terrain trop connu de la religion d'apparence ou de la politique de langue de bois.

Dans l'évangile de ce jour, la sévérité du récit que Jésus propose aux notables politico-religieux de son époque est sans ménagement : [...] La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs c'est elle qui est devenue la pierre angulaire [...] Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera [...]le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits.Ces propos émis il y a 2 000 ans résonnent encore ce matin parmi nous. Il serait trop commode de les conserver strictement comme une critique de ce qui fut alors qu'ils devraient continuer à nous déranger, nous gens d'institution religieuse et, en tant que citoyens dans une structure démocratique, gens de la chose politique.

L'interpellation des paroles de vie transmises à Moïse et répercutées tout au long de l'histoire par les prophètes nous concernent également. Tous et toutes responsables. Paul, quant à lui, a intégré l'interpellation de Jésus comme une exigence à abandonner toute prétention d'auto-justification dans une appartenance extérieure à un corps social privilégié. Ce n'est pas parce que nous avons l'Évangile que nous le vivons automatiquement. Ce n'est pas parce que nous sommes en démocratie que les droits et le bien-être authentiques du peuple sont premiers dans les faits. Pour l'apôtre, c'est l'engagement du cœur et l'implication sans restriction dans la mouvance du Ressuscité qui donnent accès à la vie du règne : Or toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ [...]Il s'agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection [...]Non que j'aie déjà obtenu tout cela ou que je sois déjà devenu parfait ; mais je m'élance pour tâcher de le saisir, parce que j'ai été saisi moi-même par Jésus Christ...

Il ne s'agit pas de renier nos acquis et nos appartenances, mais bien de comprendre profondément que le rapport à Dieu n'est pas et ne sera jamais un objet possédé, une condition statique. Il est à jamais une relation dynamique, un mouvement continu de croissance, mouvement amorcé par Dieu même qui nous saisit au plus intime et nous conduit à considérer comme une perte à cause du Christ toutes ces choses qui étaient pour moi des gains [...]en regard de ce bien suprême qu'est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur.

« The measure of love is what one is willing to give up for it. » [La mesure d'un amour c'est ce qu'on est prêt à abandonner pour lui.] ai-je entendu dans un film récemment. L'expression reprend, à sa manière, l'exemple que Paul nous invite à suivre : à cause de Jésus Christ mon Seigneur j'ai tout perdu, et je considère tout cela comme ordures afin de gagner Christ et d'être trouvé en lui, non plus avec une justice à moi, qui vient de la loi, mais avec celle qui vient par la foi au Christ, la justice qui vient de Dieu et s'appuie sur la foi. Que le Seigneur nous saisisse pour que nous ne souhaitions plus qu'une chose, Le saisir à notre tour et ne jamais le délaisser. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 18 septembre 2011
14e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Jérémie 31:31-34

31Des jours viennent – oracle du SEIGNEUR – où je conclurai avec la communauté d'Israël – et la communauté de Juda – une nouvelle alliance. 32Elle sera différente de l'alliance que j'ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d'Egypte. Eux, ils ont rompu mon alliance ; mais moi, je reste le maître chez eux – oracle du SEIGNEUR. 33Voici donc l'alliance que je conclurai avec la communauté d'Israël après ces jours-là – oracle du SEIGNEUR : je déposerai mes directives au fond d'eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. 34Ils ne s'instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant : « Apprenez à connaître le SEIGNEUR », car ils me connaîtront tous, petits et grands – oracle du SEIGNEUR. Je pardonne leur crime ; leur faute, je n'en parle plus.

Philippiens 4:4-9

4Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. 5Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche. 6Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d'action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. 7Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ.
8Au reste, frères, tout ce qu'il y a de vrai, tout ce qui est noble, juste, pur, digne d'être aimé, d'être honoré, ce qui s'appelle vertu, ce qui mérite l'éloge, tout cela, portez-le à votre actif. 9Ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi, observé en moi, tout cela, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

Jean 15:13

13Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime.



Prédication :

De commencement en commencement...

Votre choix de textes bibliques pour cette célébration de votre mariage nous invite tous et toutes à la joie et à la confiance en Dieu. Un Dieu que l'on découvre toujours à l'œuvre tout au long de nos vies, à travers tous nos parcours d'existence; un Dieu qui s'allie à nous volontairement, qui prend sur lui de purifier nos cœurs, de pardonner nos fautes, d'inscrire sa présence au plus intime de notre être; un Dieu qui, en Jésus, habite notre chair comme notre cœur et qui nous conduit avec douceur sur le chemin de l'amour véritable où le bonheur de l'autre est la clé de notre bonheur propre. Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime.

Cette réalité est immense et, selon une évaluation très terre-à-terre des choses, semble même illusoire, impossible. Oui, peut-être, pour les capacités humaines seules vraisemblablement. Mais justement au moment de sceller votre union, vous nous mettez devant le fait que dans votre relation, à travers vos choix personnels, vos décisions d'adultes expérimentés, votre planification, il y a plus que simplement vous deux en jeu. D'un point de vue spirituel, l'amour conjugal est le lieu par excellence de la nouvelle alliance annoncée par Jérémie, incarnée par Jésus selon l'évangéliste Jean, et décrite dans son expression au jour le jour dans la lettre aux Philippiens.

Face à un tel idéal, les cyniques pourraient dire que, pour l'un comme pour l'autre, le déboire de vos expériences antérieures de vie conjugale devrait être une mise en garde. Si les blessures du passé nous conduisent à une saine humilité, à la reconnaissance que même nos plus grandes espérances peuvent connaître la fragilité, la pollution et même la destruction, en Dieu l'échec n'a plus le dernier mot. En Christ, nous le croyons, toute erreur est corrigée, toute blessure est pansée, toute faute est pardonnée. Ce n'est ni la présomption et encore moins l'arrogance qui vous conduit ce matin à vouloir unir votre existence devant Dieu tout autant que devant les humains. Bien au contraire.

Fort de l'expérience de votre faiblesse, vous vous réclamez de la puissance de grâce et de vie du Christ Ressuscité, pour à nouveau oser l'amour engagé. Sans nier ce qui fut, vous vous tournez résolument l'un avec l'autre face à ce qui est, et vous vous ouvrez ainsi à ce qui va venir dans le compagnonnage de cette vie à deux que vous souhaitez inscrite dans la durée et la croissance. Me reviennent à l'esprit les paroles d'un théologien des débuts de l'Église, Grégoire de Nysse, qui, lui aussi s'inscrivant dans l'espérance du Dieu vivant affirmait : « Ainsi celui qui monte ne s'arrête jamais d'aller de commencement en commencement par des commencements qui n'ont jamais de fin. »

C'est là notre vœu et ce sera notre prière pour vous deux, dans cette communion au Christ de tous les commencements que nous partageons avec vous. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 11 septembre 2011
13e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Romains 14:1-12

1Accueillez celui qui est faible dans la foi, sans critiquer ses scrupules. 2La foi de l'un lui permet de manger de tout, tandis que l'autre, par faiblesse, ne mange que des légumes. 3Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange, car Dieu l'a accueilli. 4Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t'appartient pas ? Qu'il tienne bon ou qu'il tombe, cela regarde son propre maître. Et il tiendra bon, car le Seigneur a le pouvoir de le faire tenir. 5Pour l'un, il y a des différences entre les jours ; pour l'autre, ils se valent tous. Que chacun, en son jugement personnel, soit animé d'une pleine conviction. 6Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur ; celui qui mange de tout le fait pour le Seigneur, en effet, il rend grâce à Dieu. Et celui qui ne mange pas de tout le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu. 7En effet, aucun de nous ne vit pour soi-même et personne ne meurt pour soi-même. 8Car, si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur : soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. 9Car c'est pour être Seigneur des morts et des vivants que Christ est mort et qu'il a repris vie. 10Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Et toi, pourquoi méprises-tu ton frère ? Tous, en effet, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. 11Car il est écrit : Aussi vrai que je vis, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi et toute langue rendra gloire à Dieu. 12Ainsi, chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même.

Matthieu 18:21-35

21Alors Pierre s'approcha et lui dit : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu'à sept fois ? » 22Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois.
23« Ainsi en va-t-il du Royaume des cieux comme d'un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. 24Pour commencer, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25Comme il n'avait pas de quoi rembourser, le maître donna l'ordre de le vendre ainsi que sa femme, ses enfants et tout ce qu'il avait, en remboursement de sa dette. 26Se jetant alors à ses pieds, le serviteur, prosterné, lui disait : "Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout." 27Pris de pitié, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette. 28En sortant, ce serviteur rencontra un de ses compagnons, qui lui devait cent pièces d'argent ; il le prit à la gorge et le serrait à l'étrangler, en lui disant : "Rembourse ce que tu dois." 29Son compagnon se jeta donc à ses pieds et il le suppliait en disant : "Prends patience envers moi, et je te rembourserai." 30Mais l'autre refusa ; bien plus, il s'en alla le faire jeter en prison, en attendant qu'il eût remboursé ce qu'il devait. 31Voyant ce qui venait de se passer, ses compagnons furent profondément attristés et ils allèrent informer leur maître de tout ce qui était arrivé. 32Alors, le faisant venir, son maître lui dit : "Mauvais serviteur, je t'avais remis toute cette dette, parce que tu m'en avais supplié. 33Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ? " 34Et, dans sa colère, son maître le livra aux tortionnaires, en attendant qu'il eût remboursé tout ce qu'il lui devait. 35C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »



Prédication :

Aucun de nous ne vit pour soi-même [...]
nous sommes au Seigneur.

Les rapports entre les humains sont compliqués et très souvent source de souffrances et de blessures. La commémoration hautement médiatisée du 11 septembre 2001 en est comme un paroxysme d'illustration. À un niveau plus immédiat, et par contraste aussi beaucoup plus trivial, il en est de même dans la communauté de foi, dans l'Église. Les textes d'aujourd'hui portent d'ailleurs sur des problèmes immédiats, internes pourrait-on dire, de relations interpersonnelles entre frères. La question n'est pas accessoire puisque la communauté ecclésiale aspire à rendre palpable dans sa manière d'être ce règne de Dieu annoncé en actes comme en paroles par Jésus. Les impasses dans lesquelles nous nous retrouvons souvent comme croyants sont en quelque sorte une preuve par la négative qu'il est impératif de poursuivre inlassablement un travail en profondeur sur nous-mêmes et que pour progresser, l'aide divine est indispensable.

Pour nos deux textes, la clé d'une telle transformation c'est de relativiser l'absolu de notre point de vue spécifique, la trop bonne opinion que nous avons de nous-même, ce sentiment personnel d'intégrité voire de supériorité qui nous habite naturellement, notre « moi » - l'ego - qui s'arroge si spontanément de soupeser, cataloguer, critiquer l'autre, comme si tout nous était connu de cet être qui justement est et demeurera toujours autre. Quelle limite puis-je mettre au pardon à l'égard d'un individu qui m'offense à répétition ? Comment ne pas se dissocier de celui ou celle qui n'assume pas les choix de sa liberté ou qui, à l'autre pôle, se comporte en apparence sans discipline morale ? Qu'en disent les Écritures, du point de vue de Dieu ?

La dette du serviteur envers le roi est écrasante. Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout est certes un cri du cœur mais c'est une invraisemblance car le labeur de toute une vie ne suffirait pas à rembourser un tel montant. Pris de pitié, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette. Le pardon est incommensurable. L'histoire indique clairement que nous sommes tous ainsi redevables à Dieu, le maître du Royaume. Par contraste, la mesquinerie du gracié à l'égard de son compagnon qui lui doit une somme minime, son comportement alors qu'il le prit à la gorge et le serrait à l'étrangler, qu'il le fait jeter en prison, tout cela nous révulse spontanément : comment se peut-il, alors qu'il vient de bénéficier d'un tel pardon, qu'il soit si implacable et sans cœur envers son égal ? La leçon est claire : Dieu s'attend à ce que chacun [...]pardonne [...] à son frère du fond du cœur.

Bien sûr, il ne suffit pas d'en parler, la chose ne se fait pas si facilement, nous le savons d'expérience tout autant que Paul qui aborde cette réalité par le biais du jugement et de l'étiquetage d'autrui. L'observance de diètes alimentaires particulières ou de jours de fête pour des motifs religieux n'est pas en elle-même indispensable au salut; mais chacun-e évolue à son rythme dans l'actualisation des implications de sa relation à Dieu par le Christ. Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t'appartient pas ? [...] Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Et toi, pourquoi méprises-tu ton frère ? Tous, en effet, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu [...] chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même [...]Qu'il tienne bon ou qu'il tombe, cela regarde son propre maître. Et il tiendra bon, car le Seigneur a le pouvoir de le faire tenir.

L'Évangile m'invite à abandonner tout égocentrisme qui m'isole et m'enferme en me distinguant dans une illusion de supériorité. En effet, aucun de nous ne vit pour soi-même et personne ne meurt pour soi-même [...] nous vivons pour le Seigneur [...] nous mourons pour le Seigneur [...] nous sommes au Seigneur. Cette métamorphose de l'identité est pour nous, Chrétiens, le centre de notre foi en Dieu, l'objectif d'une vie de disciple de Jésus, la destination ultime de cette longue marche dans l'Esprit du règne de Dieu. Dans cette candeur sous le regard de Dieu, nous découvrons l'unique essentiel : actualiser la bonté divine dont je suis le bénéficiaire au premier chef. Que chacun, en son jugement personnel, soit animé d'une pleine conviction. Mais cette conviction n'est pas selon l'esprit du règne si elle porte des fruits de mépris et de jugement. Nous pouvons différer d'avis, de perspective, et pourtant aimer le Seigneur et nous aimer ensemble. Parce que nous ne sommes pas encore pleinement intégrés, nous allons inévitablement nous blesser les uns les autres. Le pardon, à la manière de Dieu, est une nécessité pour pouvoir continuer de vivre dans le mouvement du règne de Dieu.

Le philosophe et croyant Paul Ricœur disait : « Le pardon est le contraire de l'oubli de fuite. On ne peut pardonner que ce qui n'a pas été oublié. Ce qui doit être brisé c'est la dette, non le souvenir. » Il disait aussi : « Pardonner c'est dire à l'autre : "Tu vaux mieux que tes actes". » Bien sûr, puisque je suis, tu es, nous sommes au Seigneur. Amen.

Denis Fortin, pasteur

***************

Une prière pour le 11 septembre

Toi qui aimes l'humanité entière, Christ de compassion et de miséricorde,
Esprit qui désire que tous et toutes vivent dans la sainteté de la paix et de la joie :

nous faisons mémoire des personnes qui ont péri lors de l'effondrement des tours jumelles.

   (temps d'évocation silencieuse)

Nous nous rappelons aussi ceux et celles qui souffrent, tout particulièrement en ce jour, de la perte d'êtres aimés;
les intervenants des services d'urgence, les pompiers, tous ces hommes et ces femmes qui ont répondu aux alarmes et dont beaucoup ont péri également.
Nombreux aussi sont les survivants désormais hantés par les cauchemars ou par la maladie, conséquences de leur dévouement courageux.
Nous prions pour les enfants qui ont perdu des parents ce jour-là :

   pour les parents qui ont perdu des enfants,
   pour les visiteurs captifs sans préavis,
   pour les personnes qui travaillaient ou résidaient près de Ground Zero,

pour tous ceux et celles qui, très loin de là,
vivent toujours sous le jugement, donc
aujourd'hui encore dans la crainte.
Écoute-nous alors qu'en silence nous élevons vers Toi notre tristesse.

   (temps d'intercession silencieuse)

En ce jour, nous avouons
ne pas aimer nos ennemis en profondeur, ni bénir d'abondance ceux qui nous maudissent.
En cet anniversaire, nous trouvons bien difficile ton appel à pardonner.
Pourtant, nous ne sommes pas seuls, nous vivons dans ton monde.
Rassemble-nous tous et toutes dans l'étreinte de tes bras, tels tes enfants bien-aimés :
nous savons que nous sommes interreliés les uns avec les autres, même si des océans ou l'histoire nous séparent.
Comment se fait-il que, toujours et partout, l'humanité soit si cruelle ?
Et pourtant, Toi, tu continues à nous aimer ?
Entends les mouvements de nos cœurs qui méditent en silence.

   (temps de confession silencieuse)

Aide-nous à discerner notre propre responsabilité,
à promouvoir la guérison et la paix venant de Toi,
à cultiver un plus profond respect et une plus grande bonté,
à donner un exemple de générosité, par un leadership ajusté à la situation actuelle.
Insuffle en nous le désir de nous associer à tous ceux et celles qui s'engagent dans les dialogues et les échanges interreligieux.
Écoute-nous alors que nous évoquons en silence nos besoins de ce jour :

   (temps de supplication silencieuse)

Nous le savons, ô Dieu : avec toi notre grande œuvre se poursuit.
Bénis-nous en ce jour plein de grâce, au nom du Prince de la Paix. Amen.

Betty Lynn Schwab, CIM
Traduction : D.Fortin/Ministères en français



Culte du dimanche 28 août 2011
11e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Exode 3:1-15

1Moïse faisait paître le troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiân. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l'Horeb. 2L'ange du SEIGNEUR lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson. Il regarda : le buisson était en feu et le buisson n'était pas dévoré. 3Moïse dit : « Je vais faire un détour pour voir cette grande vision : pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? » 4Le SEIGNEUR vit qu'il avait fait un détour pour voir, et Dieu l'appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » 5Il dit : « N'approche pas d'ici ! Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. » 6Il dit : « Je suis le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. » Moïse se voila la face, car il craignait de regarder Dieu. 7Le SEIGNEUR dit : « J'ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l'ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. 8Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel, vers le lieu du Cananéen, du Hittite, de l'Amorite, du Perizzite, du Hivvite et du Jébusite. 9Et maintenant, puisque le cri des fils d'Israël est venu jusqu'à moi, puisque j'ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux, 10va, maintenant ; je t'envoie vers le Pharaon, fais sortir d'Egypte mon peuple, les fils d'Israël. »
11Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon et faire sortir d'Egypte les fils d'Israël ? » – 12« JE SUIS avec toi, dit-il. Et voici le signe que c'est moi qui t'ai envoyé : quand tu auras fait sortir le peuple d'Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. »
13Moïse dit à Dieu : « Voici ! Je vais aller vers les fils d'Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. S'ils me disent : Quel est son nom ? – que leur dirai-je ? » 14Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SERAI. » Il dit : « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : JE SUIS m'a envoyé vers vous. » 15Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : Le SEIGNEUR, Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, m'a envoyé vers vous. C'est là mon nom à jamais, c'est ainsi qu'on m'invoquera d'âge en âge.

Matthieu 16:21-28

21A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. 22Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander, en disant : « Dieu t'en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t'arrivera pas ! » 23Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
24Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu'il me suive. 25En effet, qui veut sauvegarder sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, l'assurera. 26Et quel avantage l'homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie ? Ou bien que donnera l'homme qui ait la valeur de sa vie ? 27Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; et alors il rendra à chacun selon sa conduite. 28En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Fils de l'homme venir comme roi. »



Prédication :

Tel un reflet du buisson ardent...

Nous voici à la rentrée : le retour à l'école ou au rythme de travail régulier, à la planification des activités d'automne voire de l'hiver car – même si c'est difficile de se le représenter, dans 4 mois, nous serons déjà dans la semaine après Noël tout juste avant le jour de l'an! L'actualité donne un ton particulier à cette rentrée. L'ouragan Irène se déchaîne et a touché New York, partiellement évacuée, une première dans l'histoire de la Big Apple; le Marché boursier, cette divinité de l'Empire, plonge et remonte, ouragan du capital qui affecte le prix des denrées et appauvrit des millions au Jeu des affaires. La Lybie n'en finit plus d'en finir avec l'ancien régime pour un avenir qui semble bien nébuleux; et, bien sûr, les incontournables Kamikaze en Algérie et au Nigéria. Chez nous, le décès de Jack Layton, politicien de renom, crée une vague de sympathie peu commune, la population reconnaissant dans cet homme maintenant porté aux nues des qualités humaines de compassion et de souci de justice qui paraissent cruellement manquer tant dans la classe dirigeante que dans les autres couches de la société.

Voilà le contexte qui imprègne nos pensées et nos émotions ce matin, toile de fond pour notre écoute des textes bibliques de ce jour, où deux figures marquantes du cheminement spirituel du peuple d'Israël et de toute l'humanité nous sont présentées, Moïse et Jésus. Ces textes gagneraient à être étudiés en profondeur, tellement ils contiennent d'enseignement et de sagesse sur nous-mêmes, sur la condition humaine, sur les attentes de Dieu envers nous et son dessein ultime dans nos vies. Cette profusion de contenu, cette richesse des textes, est non seulement un défi pour le prédicateur de bien délimiter son sujet, mais aussi une démonstration flagrante de la nécessité de l'étude biblique en dehors du seul moment du culte dominical. Tel Moïse, n'avons-nous pas été conduits au buisson ardent de la révélation divine, cette Parole incandescente qui brille à travers les siècles jusqu'à nous et qui ne demande qu'à être appropriée? Tel Jésus, greffé à lui dans la foi, ne sommes-nous pas conviés à nous imprégner d'une vision du monde radicalement différente?

Je sais bien, dans la bousculade du quotidien, on a toujours l'impression d'être tellement occupé qu'on n'a pas de temps à perdre, à s'arrêter, à faire silence, à prier, à lire les écritures pour laisser la Parole se dévoiler. On se veut fidèle mais... Un présentateur aux Assises de la spiritualité d'hier a émis la réflexion suivante : « Une spiritualité sans pratique, sans prière, sans méditation, où l'on pense comprendre quelque chose parce qu'on a lu là-dessus, bien c'est comme apprendre à nager par correspondance. [Normand Malo] » Ces mots semblent conduire tout droit à la mise en garde de Jésus : quel avantage l'homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie ? Ou bien que donnera l'homme qui ait la valeur de sa vie ?

Moïse est quant à lui très conscient de ses limites personnelles, de l'immensité voire de l'invraisemblance de la mission à laquelle Dieu l'appelle : « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon et faire sortir d'Egypte les fils d'Israël ?... et s'ils me disent : Quel est son nom ? – que leur dirai-je ? » Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SERAI. » L'appel de Dieu semble souvent irréaliste et si peu revêtu du lustre, du pouvoir et de la reconnaissance à laquelle on s'attendrait de l'œuvre de Dieu tel que l'humain spontanément se le représente. Jésus commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait ... souffrir beaucoup ... être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander, en disant : « Dieu t'en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t'arrivera pas ! Vouloir un Dieu à notre façon, est si habituel, tristement! Habituel, oui, mais à combattre au dire même du Christ à Pierre : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes... Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu'il me suive.

La croix, nul besoin de l'inventer, le quotidien se charge de la faire surgir au fur et à mesure de notre marche vers Jérusalem : situations injustes et pertes de tous ordres résultant d'une marche dans l'authenticité qui essaie de vivre selon les principes du règne de Dieu. Se renier est peut-être tout simplement arrêter de se prendre pour le nombril du monde et accepter d'être au service de Dieu en étant au service de notre prochain, particulièrement du plus faible, et de le faire avec tous les dons d'intelligence, de compassion, toutes les ressources mises à notre disposition. La fréquentation du Dieu qui se révèle, et nous donne son nom telle une promesse de tous les lendemains - JE SERAI –, devient le fondement de l'optimisme, de l'audace qui triomphe de la peur et de l'amour qui ultimement est victorieux du mal et de la haine de tous les pharaons, scribes et grands prêtres d'aujourd'hui et de demain. Cette marche à la suite du Nazaréen, dans la foi, peut nous procurer l'énergie nécessaire pour garder le cap et servir sur l'Horeb et à Jérusalem, montagnes sacrées symboliques qui apparaissent en tous lieux où les humains se reconnaissent convoqués à la vérité profonde de leur humanité, solidaires et ingénieux à bien faire, en Dieu et par Dieu.

Clin d'œil de la providence peut-être, l'expression d'affection et d'appréciation à l'égard de Jack Layton, d'un océan à l'autre du pays, nous montre l'écho que peut avoir une vie, aussi limitée et faillible soit elle, lorsque, humblement, elle essaie de se mettre au service d'un plan plus grand qu'elle. La luminosité du buisson ardent s'y reflète, que Dieu soit nommé comme tel ou non, et ce qu'il y a de plus grand dans l'humain – cette image de Dieu – semble en être stimulée pour s'exprimer davantage... « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». N'est-ce pas JE SUIS qui m'a envoyé vers vous... C'est là mon nom à jamais, c'est ainsi qu'on m'invoquera d'âge en âge. Mardi Tindal, modératrice de l'église Unie disait : « Jack a vécu sa foi dans la conviction que la prière pour la justice et la paix de Dieu nous conduit à l'action, et que le travail pour la justice divine nous ramène toujours à la prière. » Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 7 août 2011
8e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Romains 10:5-15

5Moïse lui-même écrit de la justice qui vient de la loi : L'homme qui l'accomplira vivra par elle. 6Mais la justice qui vient de la foi parle ainsi : Ne dis pas dans ton cœur : Qui montera au ciel ? Ce serait en faire descendre Christ ; 7ni : Qui descendra dans l'abîme ? Ce serait faire remonter Christ d'entre les morts. 8Que dit-elle donc ? Tout près de toi est la parole, dans ta bouche et dans ton cœur. Cette parole, c'est la parole de la foi que nous proclamons. 9Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. 10En effet, croire dans son cœur conduit à la justice et confesser de sa bouche conduit au salut. 11Car l'Écriture dit : Quiconque croit en lui ne sera pas confondu. 12Ainsi, il n'y a pas de différence entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l'invoquent. 13En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
14Or, comment l'invoqueraient-ils, sans avoir cru en lui ? Et comment croiraient-ils en lui, sans l'avoir entendu ? Et comment l'entendraient-ils, si personne ne le proclame ? 15Et comment le proclamer, sans être envoyé ? Aussi est-il écrit : Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles !

Matthieu 14:22-33

22Aussitôt Jésus obligea les disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules. 23Et, après avoir renvoyé les foules, il monta dans la montagne pour prier à l'écart. Le soir venu, il était là, seul. 24La barque se trouvait déjà à plusieurs centaines de mètres de la terre ; elle était battue par les vagues, le vent étant contraire. 25Vers la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. 26En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent affolés : « C'est un fantôme », disaient-ils, et, de peur, ils poussèrent des cris. 27Mais aussitôt, Jésus leur parla : « Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur ! » 28S'adressant à lui, Pierre lui dit : « Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » - 29« Viens », dit-il. Et Pierre, descendu de la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus. 30Mais, en voyant le vent, il eut peur et, commençant à couler, il s'écria : « Seigneur, sauve-moi ! » 31Aussitôt, Jésus, tendant la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » 32Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. 33Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! »



Prédication :

Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?

Le texte de l'évangile d'aujourd'hui est des plus appropriés pour cette saison estivale de plein air et d'activités nautiques. Il conclut ce pique-nique improvisé de milliers de personnes attirées, tels les moustiques par une lampe dans la nuit, par cet étrange rabbi de Nazareth qui rassasie leur corps comme leur esprit. Aussitôt Jésus obligea les disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules.

Des générations ont entendu ces narrations du pain multiplié puis de la marche sur l'eau en les considérant comme des prodiges surnaturels qui démontraient de façon contraignante la présence de Dieu en Jésus. Soit. Mais ma rationalité d'homme du 21e siècle n'est pas vraiment préoccupée par la « vraisemblance » de ces événements au-delà du réel : Jésus doit fasciner mon cœur et susciter mon adoration même si, comme pour la plupart des gens, je ne suis témoin d'aucun prodige défiant le cours naturel des choses. Alors ?

Alors ? Et si le prodige résidait essentiellement dans la qualité relationnelle hors du commun de Jésus, dans sa capacité inégalée d'introduire la personne qui s'ouvre à sa présence à voir les choses dans une perspective radicalement autre que le point de vue courrant ? Tellement différente qu'elle donne accès à la trame cachée de l'univers, là où les « lois » normales découvrent leur but ultime : servir la vérité de Dieu, promouvoir le salut – la santé et l'intégrité complète – des humains comme de la nature. Alors, le « normal » n'est plus nécessairement l'habituel, le régulier.

Cette perspective Jésus va y puiser ainsi : Et, après avoir renvoyé les foules, il monta dans la montagne pour prier à l'écart. Le soir venu, il était là, seul. Au cœur de la nuit, dans la solitude et la distance du brouhaha, la communion avec Dieu. Après s'être donné en donnant le pain à la multitude, pain du corps et aussi pain de vie pour l'esprit, Jésus se replonge dans sa relation à Dieu, s'imbibe de cette perspective surnaturelle, ou plutôt devrait-on dire « hyper-naturelle ». Vers la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent affolés : « C'est un fantôme », disaient-ils, et, de peur, ils poussèrent des cris.

Dans la barque de ma vie, secouée par les vents d'adversité, soulevée par les flots de mes pulsions contradictoires, enveloppée dans la nuit de l'inquiétude, l'irruption inattendue du revers des choses paradoxalement peut même me faire crier de peur, croyant être englouti par un spectre de destruction. Pourtant, simultanément, une voix se fait entendre : Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur ! Au mieux, tel Pierre je peux même oser dire Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Mais garder le cap alors que tout autour est chamboulé et me rappelle à la vraisemblance des choses, je ne peux que sombrer dans les flots de l'anxiété, à bout de force. Seigneur, sauve-moi. C'est la grâce extérieure qui demeure toujours le point solide, offert sans condition, merveilleusement imméritée et toujours disponible.

C'est alors que Jésus, tendant la main, [me] saisit... Et si la question du « pourquoi » de mon doute – car Pierre c'est ici chacun de nous – était en fait une invitation à explorer avec lucidité et honnêteté les obstacles que je mets, par action ou par omission, à cette expérience de communion à Dieu qui, à l'instar de Jésus, m'imprègne d'une manière sur ou hyper-naturelle de voir le monde, les situations, les relations, la finalité de l'existence ? Ils se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! C'est vrai, la puissance divine en Jésus actualise la vérité profonde des êtres et des choses et met tout au service du dessein de salut de Dieu, du Père. Et alors, dans ce mouvement de prosternation c'est déjà l'expérience initiale d'un début de réponse, bien personnelle à chacunE, à la question : Homme/femme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 31 juillet 2011
7e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Genèse 18:1-8
Hébreux 13:1-8;15-16
Luc 14:1;7-14




Lectrice : Daisy Schneeberger



Genèse 18:1-8

1Le SEIGNEUR apparut à Abraham aux chênes de Mamré alors qu'il était assis à l'entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour. 2Il leva les yeux et aperçut trois hommes debout près de lui. À leur vue il courut de l'entrée de la tente à leur rencontre, se prosterna à terre 3et dit : « Mon Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux, veuille ne pas passer loin de ton serviteur. 4Qu'on apporte un peu d'eau pour vous laver les pieds, et reposez-vous sous cet arbre. 5Je vais apporter un morceau de pain pour vous réconforter avant que vous alliez plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur. » Ils répondirent : « Fais comme tu l'as dit. »
6Abraham se hâta vers la tente pour dire à Sara : « Vite ! Pétris trois mesures de fleur de farine et fais des galettes ! » 7et il courut au troupeau en prendre un veau bien tendre. Il le donna au garçon qui se hâta de l'apprêter. 8Il prit du caillé, du lait et le veau préparé qu'il plaça devant eux ; il se tenait sous l'arbre, debout près d'eux. Ils mangèrent

Hébreux 13:1-8;15-16

1Que l'amour fraternel demeure. 2N'oubliez pas l'hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. 3Souvenez-vous de ceux qui sont en prison, comme si vous étiez prisonniers avec eux, de ceux qui sont maltraités, puisque vous aussi, vous avez un corps. 4Que le mariage soit honoré de tous et le lit conjugal sans souillure, car les débauchés et les adultères seront jugés par Dieu. 5Que l'amour de l'argent n'inspire pas votre conduite ; contentez-vous de ce que vous avez, car le Seigneur lui-même a dit :
Non, je ne te lâcherai pas, je ne t'abandonnerai pas !
6Si bien qu'en toute assurance nous pouvons dire :
      Le Seigneur est mon secours,
      je ne craindrai rien ;
      que peut me faire un homme ?

7Souvenez-vous de vos dirigeants, qui vous ont annoncé la parole de Dieu ; considérez comment leur vie s'est terminée et imitez leur foi. 8Jésus Christ est le même, hier et aujourd'hui ; il le sera pour l'éternité.

15Par lui, offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c'est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom. 16N'oubliez pas la bienfaisance et l'entraide communautaire, car ce sont de tels sacrifices qui plaisent à Dieu.

Luc 14:1;7-14

1Or Jésus était entré dans la maison d'un chef des Pharisiens un jour de sabbat pour y prendre un repas ; ils l'observaient,

7Jésus dit aux invités une parabole, parce qu'il remarquait qu'ils choisissaient les premières places ; il leur dit : 8« Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, de peur qu'on ait invité quelqu'un de plus important que toi, 9et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : "Cède-lui la place" ; alors tu irais tout confus prendre la dernière place. 10Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu'à son arrivée celui qui t'a invité te dise : "Mon ami, avance plus haut." Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi. 11Car tout homme qui s'élève sera abaissé et celui qui s'abaisse sera élevé. »
12Il dit aussi à celui qui l'avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, sinon eux aussi t'inviteront en retour, et cela te sera rendu. 13Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles, 14et tu seras heureux parce qu'ils n'ont pas de quoi te rendre : en effet, cela te sera rendu à la résurrection des justes. »



Prédication :

Être convié au repas de l'Éternel


Avec Luc l'évangéliste, suivons Jésus dans son voyage à travers la Galilée. Parti d'un village en Samarie – ou on a refusé de l'accueillir – sa destination est : Jérusalem.

Tout au long du voyage, Luc nous enseigne ce que signifie être disciple. Au chapitre précédent, nous sommes en compagnie de Jésus, un jour de sabbat, dans la synagogue alors qu'il guérit une femme courbée depuis 18 ans. Aujourd'hui, le décor change : Jésus est invité chez un pharisien à un banquet, et il nous parle en paraboles. Rappelons-nous que les pharisiens étaient des juifs vivant dans la stricte observance de la loi écrite (la Thora) et que les évangiles accusent de formalisme voire même d'hypocrisie.

Jésus nous parle donc en paraboles. C'est un mot chargé, un récit allégorique sous lequel se cache un enseignement. Dans des situations tendues, on a souvent l'impression que Jésus se retire derrière un voile obscur et que sa réponse nous laisse perplexes. Aussi, à ses disciples qui le questionnent, Jésus répond par une parabole, d'une manière détournée, parfois nébuleuse.

Il est vrai que les paraboles appartiennent à un genre littéraire qui nous est étranger. Elles trouvent leur source dans la littérature rabbinique c'est-à-dire dans la littérature des docteurs de la loi juive qui utilisent ce mode de discours pour éclairer les paroles de la Torah. Donc, le but de Jésus lorsqu'il nous parle en paraboles n'est pas de nous mêler mais d'ouvrir une porte vers la compréhension des textes.

Aux chapitres 13 et 14 de l'évangile selon Luc, les paraboles se rapportent à un enseignement de Jésus qui porte sur le Royaume de Dieu, ce moment hors du temps où le plan de Dieu pour sa création sera pleinement réalisé et où Jésus reviendra sur terre pour sauver les justes. Ce second avènement attendu du Christ glorieux est aussi appelé "la parousie". Au chapitre 13, versets 1 à 17 ainsi que dans le texte que Daisy vient de nous lire, Jésus nous explique que le royaume de Dieu est comparable à un grain de moutarde ou encore à du levain « qu'une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, si bien que toute la masse lève »; il nous dit aussi de nous efforcer d'y entrer par la porte étroite, car « beaucoup chercheront à y entrer mais ne le pourront pas ». Cet enseignement sur le « mode d'emploi » pour accéder au royaume de Dieu est suivi par une mise en garde par les disciples de Jésus qui avertissent leur maître que Hérode veut le faire mourir, suite à quoi Jésus se lamente sur Jérusalem. Suit le texte que nous étudions aujourd'hui.

Entrons dans une scène de la vie de notre Seigneur Jésus : Il entre dans la maison d'un chef des Pharisiens un jour de sabbat pour y prendre un repas. Il entre et il observe les invités qui sont occupés à choisir leur place. Et il leur dit :

« Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, de peur qu'on ait invité quelqu'un de plus important que toi, et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : "Cède-lui la place"... Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu'à son arrivée celui qui t'a invité te dise : "Mon ami, avance plus haut."

À la première lecture, on penserait que Jésus profite d'une scène familière pour nous donner un cours d'étiquette ou comment se comporter en société. Est-ce vraiment cela son message ?

La clef d'interprétation dans ce texte est le mot « noces », être invité à des noces ne signifie pas être invité à un repas de mariage mais être invité au repas final de Dieu, au festin que Dieu donnera dans le Royaume des cieux.

Intéressant aussi, le fait que Jésus prononce cette parabole chez un chef des pharisiens, ces derniers étant docteurs de la loi. Ils pensaient qu'une stricte observance de la loi de Moïse allait leur ouvrir la porte du royaume de Dieu et, pour être certains d'y arriver, ils avaient tiré du texte de la loi un peu plus de 600 commandements ayant trait à tous les aspects de la vie quotidienne : que ce soit pour se laver les mains jusqu'à comment, quand et pourquoi faire un sacrifice, que devait-on sacrifier, etc. En respectant à la lettre ces quelque 600 commandements, les pharisiens pensaient avoir l'assurance d'entrer dans le Royaume.

Tout au long de son ministère, Jésus s'est vivement opposé aux pharisiens justement à cause de ce comportement car, pour notre Seigneur bien-aimé, la relation avec Dieu est une relation ouverte dans laquelle il n'y a pas de certitudes. Substituer 600 commandements à la loi de Moïse, c'est se substituer à Dieu, c'est prendre la place de l'hôte qui lui seul peut désigner qui va prendre la première ou la dernière place. La loi n'est pas une fin en soi mais le début d'une relation. Jésus met les pharisiens en garde en leur rappelant que ce n'est pas eux qui choisiront où ils pourront s'asseoir au repas de noces, mais Dieu. La certitude, la fierté qu'ils peuvent tirer de leur respect de ces 600 commandements n'est rien face à la volonté ultime de Dieu et que, s'ils ne prennent garde, ils risquent de perdre la face en étant rabaissés aux dernières places. Ceci est l'équivalent d'un suicide social : s'ils perdent leur place à table, ils perdent aussi leur statut social et tous les privilèges y associés.

Pour nous croyants et croyantes, disciples du Christ, les paroles de Luc prennent une dimension différente : nous sommes tous et toutes conviés au festin. Un tel festin a lieu, ici même, dans ce sanctuaire, chaque premier dimanche du mois lorsque nous célébrons ensemble la Sainte Cène et que nous partageons le pain et le vin en mémoire du dernier repas que Jésus a pris avec ses disciples.

Tout comme les pharisiens, nous sommes conviés au repas mais il faut prendre part à ce repas avec humilité, nous souvenant que le seul et unique qui décidera de notre place, notre amphitryon, c'est Dieu.
Vivons donc pleinement notre relation avec l'Éternel, le Créateur, avec une seule certitude : son amour inconditionnel et sa présence infaillible.

Amen.

Anne-Marie Carmoy


Culte du dimanche 17 juillet 2011
5e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Psaume 33:4-12

4Car la parole du SEIGNEUR est droite,
      et toute son œuvre est sûre.
5Il aime la justice et l'équité ;
      la terre est remplie de la fidélité du SEIGNEUR.
6Par sa parole, le SEIGNEUR a fait les cieux,
      et toute leur armée, par le souffle de sa bouche.
7Il amasse et endigue les eaux de la mer ;
      dans des réservoirs, il met les océans.
8Que toute la terre ait la crainte du SEIGNEUR,
      que tous les habitants du monde le redoutent :
9c'est lui qui a parlé, et cela arriva ;
      lui qui a commandé, et cela exista.
10Le SEIGNEUR a brisé le plan des nations,
      il a anéanti les desseins des peuples.
11Le plan du SEIGNEUR subsiste toujours,
      et les desseins de son cœur, d'âge en âge.
12Heureuse la nation qui a le SEIGNEUR pour Dieu !
      Heureux le peuple qu'il s'est choisi pour patrimoine !

Matthieu 13:24-43

24Il leur proposa une autre parabole : « Il en va du Royaume des cieux comme d'un homme qui a semé du bon grain dans son champ. 25Pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu ; par-dessus, il a semé de l'ivraie en plein milieu du blé et il s'en est allé. 26Quand l'herbe eut poussé et produit l'épi, alors apparut aussi l'ivraie. 27Les serviteurs du maître de maison vinrent lui dire : "Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il s'y trouve de l'ivraie ? " 28Il leur dit : "C'est un ennemi qui a fait cela." Les serviteurs lui disent : "Alors, veux-tu que nous allions la ramasser ? " – 29"Non, dit-il, de peur qu'en ramassant l'ivraie vous ne déraciniez le blé avec elle. 30Laissez l'un et l'autre croître ensemble jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie et liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier." »
31Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à un grain de moutarde qu'un homme prend et sème dans son champ. 32C'est bien la plus petite de toutes les semences ; mais, quand elle a poussé, elle est la plus grande des plantes potagères : elle devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent faire leurs nids dans ses branches. » 33Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu'une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, si bien que toute la masse lève. »
34Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans paraboles, 35afin que s'accomplisse ce qui avait été dit par le prophète : J'ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je proclamerai des choses cachées depuis la fondation du monde.
36Alors, laissant les foules, il vint à la maison, et ses disciples s'approchèrent de lui et lui dirent : « Explique-nous la parabole de l'ivraie dans le champ. » 37Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ; 38le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; l'ivraie, ce sont les sujets du Malin ; 39l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. 40De même que l'on ramasse l'ivraie pour la brûler au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde : 41le Fils de l'homme enverra ses anges ; ils ramasseront, pour les mettre hors de son Royaume, toutes les causes de chute et tous ceux qui commettent l'iniquité, 42et ils les jetteront dans la fournaise de feu ; là seront les pleurs et les grincements de dents. 43Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Entende qui a des oreilles !

Romains 8:26-27

26De même, l'Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables, 27et celui qui scrute les cœurs sait quelle est l'intention de l'Esprit : c'est selon Dieu en effet que l'Esprit intercède pour les saints.



Prédication :

La moisson finale

À première vue, Jésus semble nous préparer aux grandes retrouvailles et à vrai dire, c'est vraiment de cela qu'il s'agit. Nous avons ici un thème dont les éléments trompeurs peuvent nous faire penser à la parabole du semeur mais il n'en est rien.

Pourtant, Jésus semble clair dans son enseignement auprès de ses disciples. Les éléments principaux de sa parabole sont les suivants : la communauté, le peuple de Dieu et l'Église. La communauté, jouit d'une unité que le pasteur et chacun des membres s'efforce de garder dans la prière, l'entraide et les diverses occupations. Nous le savons, chacun et chacune y vient selon ses besoins humains et spirituels. Néanmoins, étant ce que nous sommes, des êtres humains, il arrive que des quiproquos surviennent et qu'il faille des prières et des interventions pour remédier aux situations. Les bonnes volontés sont présentes mais le diable aussi veille à ses intérêts ! Il sème donc le doute dans nos esprits et met le feu aux poudres. Alors que faire ? De la même façon que les serviteurs demandent avis au propriétaire, nous pouvons également demander conseils aux personnes compétentes; Jésus ne les a-t-il pas mit sur notre route pour nous éclairer et nous aider à garder la Voie ? Le peuple de Dieu, lui, fourmille d'herbes que le propriétaire désire voir grandir jusqu'à la moisson. Jésus sème en nous la vie, sa Vie; bien entendu, en autant que l'on demeure réceptif, ouvert et accueillant à son message d'amour; et pour marquer une insistance sur l'importance de laisser ensemble la mauvaise herbe et la bonne, il précise au verset 30 : « Laissez l'un et l'autre croître jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie et liez-la en bottes pour la brûler; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier ». Je crois qu'ici Jésus nous révèle beaucoup avec cette simple phrase. Avec son, "mon grenier", le sien propre, il insiste sur le rapport étroit et intime avec les enfants de Dieu, la création du Père. Toutes les herbes, il les veut fortes, saines, prêtes pour le Royaume. Car la moisson c'est le Royaume de Dieu et les moissonneurs sont les anges, ceux à qui Dieu demandera d'accueillir en son Royaume ceux et celles qui auront suivi sa Voie. Il faut donc d'ores et déjà nous préparer à rencontrer notre Dieu. Nous pouvons le faire dès maintenant dans notre quotidien, dans nos prières, nos actions, même dans tout ce qui fait que nous sommes croches à certains moments ou tracassés avec nos travers dans notre vie de tous les jours. Est-ce que tout cela est pessimiste et décourageant ? Je ne le pense pas ! 2 fois averties valent mieux qu'une seule, non ? Ici la semence ce n'est pas la parole de Dieu comme dans la parabole du semeur mais bien tout ce qui fait assemblée, au nom de Dieu dans le monde dont Jésus traite ici.

Notre Église si imparfaite qu'elle puisse être, s'efforce de garder le cap et nous aide à naviguer dans l'Esprit du Christ; elle nous invite à ne pas nous juger les uns les autres car le jugement appartient au Fils de l'homme et Lui seul sait distinguer les semences les unes des autres et pas nous. Jésus refuse d'intervenir, comme nous l'avons entendu, avant le moment de la moisson, à savoir, à la fin des temps.

Est-ce que cette parabole est pertinente pour notre vie spirituelle ? Certainement car nous avons le choix; nous avons toujours le choix dans toutes circonstances; demeurer dans le plan d'amour de Dieu ou nous en éloigner et devenir l'ivraie aux mains du Mal.

Pour ce faire nous avons besoin de l'aide de Dieu que Paul nous signifie dans Romains 8:26 : « De même l'Esprit-Saint vient en aide à notre faiblesse car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède pour nous.». Et nous pourrions faire nôtre ces paroles : « Seigneur, fais-moi la grâce d'entendre ta voix m'appeler à une vie de foi plus profonde ». Amen.

Marie-Andrée Babin


Culte du dimanche 10 juillet 2011
4e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Psaumes 65:2-14

2Dieu qui es en Sion,
      la louange te convient,
      et pour toi on accomplit des vœux.
3Jusqu'à toi qui entends la prière,
      tout être de chair peut venir.
4Les fautes ont été plus fortes que moi,
      mais tu effaces nos péchés.
5Heureux l'invité que tu choisis,
      il demeurera dans tes parvis.
      Nous serons rassasiés des biens de ta maison,
      des choses saintes de ton temple.
6Avec justice, tu nous réponds par des merveilles,
      Dieu notre sauveur,
      sécurité de la terre entière
      jusqu'aux mers lointaines.
7Il affermit les montagnes par sa vigueur ;
      il se ceint de bravoure.
8Il apaise le vacarme des mers,
      le vacarme de leurs vagues
      et le grondement des peuples.
9Au bout du monde, on s'effraie de tes signes,
      tu fais crier de joie les régions du levant et du couchant.
10Tu as visité la terre, tu l'as abreuvée ;
      tu la combles de richesses.
      La rivière de Dieu regorge d'eau,
      tu prépares le froment des hommes.
      Voici comment tu prépares la terre :
11Enivrant ses sillons,
      tassant ses mottes,
      tu la détrempes sous les averses,
      tu bénis ce qui germe.
12Tu couronnes tes bienfaits de l'année,
      et sur ton passage la fertilité ruisselle.
13Les pacages du désert ruissellent,
      les collines prennent une ceinture de joie,
14les prés se parent de troupeaux ;
      les plaines se drapent de blé :
      tout crie et chante.

Ésaïe 55:10-13

10C'est que, comme descend la pluie
      ou la neige, du haut des cieux,
      et comme elle ne retourne pas là-haut
      sans avoir saturé la terre,
      sans l'avoir fait enfanter et bourgeonner,
      sans avoir donné semence au semeur
      et nourriture à celui qui mange,
11ainsi se comporte ma parole
      du moment qu'elle sort de ma bouche :
      elle ne retourne pas vers moi sans résultat,
      sans avoir exécuté ce qui me plaît
      et fait aboutir ce pour quoi je l'avais envoyée.
12C'est en effet dans la jubilation que vous sortirez,
      et dans la paix que vous serez entraînés.
      Sur votre passage, montagnes et collines
      exploseront en acclamations,
      et tous les arbres de la campagne
      battront des mains.
13Au lieu de la ronce croîtra le cyprès,
au lieu de l'ortie croîtra le myrte,
cela constituera pour le SEIGNEUR une renommée,
un signe perpétuel qui ne sera jamais retranché.

Romains 8:18-23

18J'estime en effet que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. 19Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu : 20livrée au pouvoir du néant – non de son propre gré, mais par l'autorité de celui qui l'a livrée –, elle garde l'espérance, 21car elle aussi sera libérée de l'esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu.
22Nous le savons en effet : la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement. 23Elle n'est pas la seule : nous aussi, qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons intérieurement, attendant l'adoption, la délivrance pour notre corps.

Matthieu 13:1-23

1En ce jour-là, Jésus sortit de la maison et s'assit au bord de la mer. 2De grandes foules se rassemblèrent près de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
3Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. « Voici que le semeur est sorti pour semer. 4Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin ; et les oiseaux du ciel sont venus et ont tout mangé.5D'autres sont tombés dans les endroits pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre ; ils ont aussitôt levé parce qu'ils n'avaient pas de terre en profondeur ; 6le soleil étant monté, ils ont été brûlés et, faute de racine, ils ont séché. 7D'autres sont tombés dans les épines ; les épines ont monté et les ont étouffés. 8D'autres sont tombés dans la bonne terre et ont donné du fruit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente.9Entende qui a des oreilles ! »
10Les disciples s'approchèrent et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » 11Il répondit : « Parce qu'à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, tandis qu'à ceux-là ce n'est pas donné. 12Car à celui qui a, il sera donné, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera retiré. 13Voici pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu'ils regardent sans regarder et qu'ils entendent sans entendre ni comprendre ; 14et pour eux s'accomplit la prophétie d'Esaïe, qui dit :
Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ;
vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
15Car le cœur de ce peuple s'est épaissi,
ils sont devenus durs d'oreille,
ils se sont bouché les yeux,
pour ne pas voir de leurs yeux,
ne pas entendre de leurs oreilles,
ne pas comprendre avec leur cœur,
et pour ne pas se convertir.
Et je les aurais guéris !
16« Mais vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent. 17En vérité, je vous le déclare, beaucoup de prophètes, beaucoup de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu.
18« Vous donc, écoutez la parabole du semeur. 19Quand l'homme entend la parole du Royaume et ne comprend pas, c'est que le Malin vient et s'empare de ce qui a été semé dans son cœur ; tel est celui qui a été ensemencé au bord du chemin. 20Celui qui a été ensemencé en des endroits pierreux, c'est celui qui, entendant la Parole, la reçoit aussitôt avec joie ; 21mais il n'a pas en lui de racine, il est l'homme d'un moment : dès que vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe. 22Celui qui a été ensemencé dans les épines, c'est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent la Parole, et il reste sans fruit. 23Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c'est celui qui entend la Parole et comprend : alors, il porte du fruit et produit l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente. »



Prédication :

Le Semeur

En ce dimanche, les textes de la Bible nous annoncent une bonne nouvelle. Ils nous parlent de la puissance de la Parole de Dieu. « Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans produire du résultat » (Ésaïe 55:11). « Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est l'homme qui a reçu la Parole et qui la comprend. Il produit du fruit à raison de 30, 60, 100 pour un. » (Matthieu 13:23). Et Paul nous dit à sa manière que les croyants sont libérés par le Christ. Ils vivent une vie nouvelle grâce à l'Esprit qui habite en eux. Cela implique une nouvelle relation à Dieu.

Dans l'évangile, Jésus nous raconte la parabole du semeur. Voilà une histoire que nous connaissons bien car nous l'avons entendue souvent. Mais l'important c'est de chercher à bien comprendre ce que le Christ veut nous dire. Dans ce récit, il est beaucoup question de terrains, bons ou mauvais. Et d'emblée, nous nous interrogeons sur la qualité du terrain de nos vies. C'est sans doute important d'en prendre conscience ; mais nous ne devons pas rester centrés sur nous-mêmes. Cet évangile nous parle d'abord de Dieu. Il ne cesse de faire le premier pas pour venir à notre rencontre. Son amour passionné est comme le buisson ardent qui se manifeste à Moïse. Il nous invite à un regard nouveau sur lui et sur nos existences.

Le Semeur, c'est Jésus. Ce jour-là, il était sorti de la maison pour semer. Rendons-nous bien compte : Jésus est sorti de la Maison du Père. Il est tombé dans la terre pour y devenir semence. Lui-même a dit un jour : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. » (Jean 12:24). En sa mort, le Christ est cette semence qui donne des fruits en abondance. Nous, chrétiens d'aujourd'hui, nous en sommes les bénéficiaires. Il nous faut apprendre à regarder Jésus comme semeur de vie divine. Il espère tout de l'humanité. L'Évangile nous décrit la largesse et la générosité extraordinaire de ce semeur qui est Dieu.

Tous les terrains sont concernés. Cela veut dire que l'amour de Dieu veut atteindre toute l'humanité. Il ne craint pas le gaspillage de semence. Ce qu'il faut voir c'est d'abord la générosité absolue de Dieu et les chances offertes à toutes les terres. Quand on aime, on ne calcule pas ; on donne tout. Notre Dieu y a mis le prix en nous envoyant son Fils Jésus. Il est le semeur qui sème à tout vent. Il espère contre toute espérance et rien ne pourra l'arrêter.

Cette parole est pour nous aujourd'hui. L'Évangile évoque quatre terrains différents. Ils correspondent à des attitudes différentes face à la Parole de Dieu. Ce terrain, bon ou mauvais, c'est chacun de nous. Jésus nous parle d'abord du grain qui est tombé au bord du chemin. Sur un sol pierreux, il ne peut germer. Ce terrain rocailleux, c'est l'homme ou la femme au cœur dur, qui refuse la véritable Parole de Dieu car elle ne l'intéresse pas. Le 2e terrain c'est celui qui manque de profondeur. Le grain a germé mais il ne peut trouver l'humidité dont il a besoin pour se développer. Il finit par être brûlé par le soleil. Cette situation correspond à ceux et celles qui ont accueilli la Parole de Dieu avec joie ; mais un jour, devant les difficultés, tout s'arrête. Le troisième terrain c'est celui qui est rempli d'épines et de mauvaises herbes. Dans ce milieu, le grain ne peut germer normalement. Chacun de nous peut penser à tant de choses qui font qu'on oublie La Parole de notre Seigneur. Les soucis du monde et les séductions des richesses prennent le dessus. Ce sont là des pièges qui nous détournent de Dieu.

Puis nous avons la bonne terre. C'est celle où le grain peut prendre racine et se développer. Cette terre c'est la personne qui est ouverte à la Parole de Dieu. Sur un sol favorable, elle ne peut que produire du fruit.

Ces fruits, c'est la générosité, le partage, l'accueil des autres, la joie. Jésus nous parle de grains qui produisent 30, 60, 100 pour un. À l'époque de Jésus, une telle récolte est impensable. Mais cette exagération, cette hyperbole, est là pour mieux mettre en valeur la bonne nouvelle. Quand l'Esprit Saint est là, le résultat est extraordinaire. Il suffit de lire le livre des Actes des apôtres pour s'en rendre compte.

À la suite du Christ, nous sommes envoyés être des semeurs de la bonne nouvelle et pour proposer la foi aux gens d'aujourd'hui. Être missionnaire, c'est aller sur tous les terrains, vers les croyants mais aussi les non croyants et les mal croyants. Nous serons peut-être confrontés à l'hostilité ou à l'indifférence. Mais la grande priorité c'est d'être avec le Christ qui veut à tout prix rejoindre et sauver ceux qui sont loin.

Rien ne doit nous empêcher de semer à profusion. Nous n'avons pas à nous préoccuper du temps qu'il faudra pour la croissance. Même si nous ne voyons pas les résultats immédiats, nous ne devons jamais renoncer. Rappelons-nous ce que dit le prophète : Rien ne peut empêcher la parole de Dieu de produire du fruit.

En ce jour, nous te supplions, Seigneur. Toi qui nous choisis pour être les porteurs de ta parole, viens renouveler la foi de tes enfants. Aide-nous à ne jamais oublier que la semence la plus importante c'est celle de l'espérance. Amen.

Jean Compazieu, prêtre de l'Aveyron (10/07/2011)
Homélie trouvée sur le site Puiser à la source



Culte du dimanche 3 juillet 2011
3e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Ézéchiel 37:15-19

15Il y eut une parole du SEIGNEUR pour moi : 16« Toi, fils d'homme, prends un morceau de bois, écris dessus : Juda et les fils d'Israël qui lui sont associés. Puis prends un autre morceau de bois, écris dessus : Joseph – ce sera le bois d'Ephraïm – et toute la maison d'Israël qui lui est associée. 17Rapproche ces morceaux l'un contre l'autre pour en former un seul ; ils seront unis dans ta main. 18Lorsque les gens de ton peuple te diront : "Ne veux-tu pas nous expliquer ce que tu fais ? ", 19dis-leur : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Je vais prendre le morceau de bois de Joseph – qui est dans la main d'Ephraïm – et des tribus d'Israël qui lui sont associées ; je les placerai contre lui, c'est-à-dire contre le morceau de bois de Juda ; j'en ferai un seul morceau et ils seront un dans ma main.

1 Corinthiens 12:12-20

12En effet, prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres ; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps : il en est de même du Christ. 13Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. 14Le corps, en effet, ne se compose pas d'un seul membre, mais de plusieurs. 15Si le pied disait : « Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps », cesserait-il pour autant d'appartenir au corps ? 16Si l'oreille disait : « Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps », cesserait-elle pour autant d'appartenir au corps ? 17Si le corps entier était œil, où serait l'ouïe ? Si tout était oreille, où serait l'odorat ? 18Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté. 19Si l'ensemble était un seul membre, où serait le corps ? 20Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps.

Luc 10:25-37

25Et voici qu'un légiste se leva et lui dit, pour le mettre à l'épreuve : « Maître, que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? » 26Jésus lui dit : « Dans la Loi qu'est-il écrit ? Comment lis-tu ? » 27Il lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. » 28Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie. »
29Mais lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » 30Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l'ayant dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à moitié mort. 31Il se trouva qu'un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l'homme et passa à bonne distance. 32Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l'homme et passa à bonne distance. 33Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l'homme : il le vit et fut pris de pitié. 34Il s'approcha, banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui. 35Le lendemain, tirant deux pièces d'argent, il les donna à l'aubergiste et lui dit : "Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c'est moi qui te le rembourserai quand je repasserai." 36Lequel des trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les bandits ? » 37Le légiste répondit : « C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Jésus lui dit : « Va et, toi aussi, fais de même. »



Prédication :

« À propos d'une fête, l'unité chrétienne telle qu'oubliée et l'unité chrétienne telle que donnée à vivre »

Ce dimanche coïncide avec l'anniversaire de la fondation de cette ville où nous célébrons aujourd'hui notre culte. Dès la première année de mon ministère ici, en 1999-2000, il m'a été donné de découvrir, à ma grande surprise, que dans cette société dite sécularisée, la Fête de la Ville de Québec avait encore un caractère religieux ; mais un caractère religieux complètement déconnecté du pluralisme confessionnel chrétien qui avait marqué son passé et faisait encore partie du paysage institutionnel du présent. J'ai découvert très concrètement ce côté insolite de la fête par une lettre que j'ai reçue de la part du service du protocole de l'Hôtel de Ville. Cette lettre m'invitait à assister à une messe-anniversaire à la Basilique-cathédrale catholique, comme première activité du programme festif de la journée. J'y suis allé. Nous étions là, ministres de diverses confessions chrétiennes ayant pignon sur rue dans le Vieux-Québec, laissés à nous-mêmes pour prendre place dans les bancs de la nef, à titre de spectateurs passifs d'une liturgie dont nous sommes exclus par les règles du droit canonique romain. Outre un manque de courtoisie, j'ai vu là une façon de contredire par omission l'intention d'unité chrétienne pour laquelle nous prions pendant une semaine, avec des catholiques, en janvier de chaque année.

Dans un arrondissement historique où sont présentes, outre deux paroisses catholiques, deux communautés de foi de l'Église anglicane, deux de l'Église unie, une de l'Église presbytérienne et une de l'Armée du salut, le respect de l'histoire religieuse, comme de l'histoire tout court, invitaient à un œcuménisme dans la fête ; du moins dans la mesure où les autorités municipales souhaitaient maintenir une célébration religieuse dans le programme d'activités d'une fête civique. J'étais surpris que mes collègues des Églises minoritaires comme la mienne se soient accommodés de la situation pendant tant d'années. Il aurait pourtant été si simple de promouvoir la dimension religieuse dans une liturgie interconfessionnelle de la Parole sans communion. On aurait ainsi pu éviter le malaise que suscite la norme romaine qui interdit l'intercommunion des catholiques avec des membres d'autres confessions chrétiennes. Et c'est bien la suggestion que j'ai alors adressée au service du protocole de la Ville, qui l'a fait suivre à l'évêque auxiliaire catholique chargé du dossier; ce qui était déjà une manière partiale de traiter de la question de la part d'une instance publique censée être non confessionnelle. L'évêque a laissé la démarche sans réponse; ce qui est la réponse typique d'une institution majoritaire fermée aux remises en question des minoritaires, si fondées soient-elles. Cette expérience a marqué le début et la fin de ma participation à la partie religieuse du programme mondain de la Fête de la Ville de Québec.

Le fait que ce remplacement du pasteur Denis tombe le jour même de cette fête m'a incité à revenir sur cette expérience et à me poser des questions dont nous dépossédait une célébration sous la tutelle du clergé catholique. Cette fête de Québec a-t-elle pour nous, filles et fils spirituels de la Réforme, une signification religieuse ? Quel est pour nous le moment présent de cette signification religieuse ?

Cette ville a été fondée, oui, par des gens qui avaient pris parti dans le mouvement de réforme qui en leur temps secouait l'Église européenne. Ce mouvement était encore jeune, il faut se le rappeler. Il avait moins d'un siècle. C'est moins que l'âge de notre petite paroisse de Pinguet. Les uns et les unes avaient opté pour un recentrement de leur foi sur l'essentiel : l'autorité de la Bible et la confiance dans la voie de salut inaugurée en Jésus-Christ. Les autres étaient restés fidèles à une tradition où l'essentiel était enveloppé dans une surcharge de doctrines postérieures à l'Évangile et de codifications morales minutieuses ; où la fidélité dans la foi était confondue avec le renoncement au discernement personnel entre les mains de l'institution. Les uns avaient fait leur choix par conviction. Les autres avaient eu le sentiment qu'ils n'avaient pas le choix, qu'il valait mieux s'enligner sur celui du seigneur du lieu, à moins d'être prêts à assumer les risques de sa marginalité, jusques et y compris celui de mettre à risque sa vie et celle de sa famille.

Nous avons fait et maintenons par conviction un choix que les ancêtres français qui ont mis cette ville en chantier n'ont plus eu le droit de faire, après avoir mis les pieds sur les berges du fleuve. Nous optons pour une voie chrétienne en réforme permanente, ouverte sur une interrogation directe et continue de l'Évangile de Jésus-Christ et une recherche constante de son actualisation dans les circonstances de nos vies. Nous avons la liberté de le faire. Des catholiques font aujourd'hui le même choix que nous, tout en restant formellement rattachés à l'Église dans laquelle ils ont grandi; un peu à la manière des adultes qui ne peuvent se résoudre à rompre complètement leurs liens avec la famille dont les séparent leurs choix de vie. Nous avons même la liberté d'œuvrer ensemble à l'actualisation pour ce temps de la voie spirituelle inaugurée en Jésus-Christ, nous protestants et protestantes du courant dit « libéral » et eux et elles catholiques dits « progressistes ». Nous l'avons fait, nous le faisons et nous le ferons.

La liturgie et les cantiques d'aujourd'hui sont ceux du 22 juin 2008, alors que nous avons célébré ici le 400e anniversaire de la fondation de Québec par un culte de communion sans exclusion. Ils étaient 5,000 ou 10,000 sur les plaines à partager une eucharistie dont étaient formellement exclus les chrétiennes et chrétiens divorcés et remariés, ceux et celles qui assument activement leur orientation homosexuelle, ceux et celles vivant en union libre et nous, protestants et protestantes, parce que nous ne l'interprétons pas de la même manière que leur hiérarchie le prescrit. Ici, nous étions une soixantaine à proclamer en action « Une place pour tous et toutes à la table du Christ Jésus ». Parmi nous se trouvaient des catholiques d'une petite communauté vivant le retour à l'essentiel sous la forme de l'option préférentielle pour les pauvres. Nous ne faisions pas le poids par le nombre, mais nous le faisions par le sens, vivant ensemble, et malgré les blocages institutionnels, l'unité déjà donnée en Jésus-Christ.

Nous venons de lire qu'un jour, le prophète Ézéchiel a reçu l'inspiration d'œuvrer à l'unité entre le royaume du nord de son pays et celui du sud; entre Israël, issu de Joseph et de son fils Éphraïm, et Juda dont la capitale était Jérusalem. Au temps de Jésus, la séparation existait encore, sous la forme d'une division religieuse entre la Samarie et la Judée; cette dernière marginalisant la première comme impure et hérétique. Jésus n'a pas cherché à surmonter cette division en convoquant un sommet des hiérarchies institutionnelles de chaque courant religieux. Ce moyen n'était ni à sa portée, ni même dans sa ligne de pensée. Il a plutôt préconisé un retour à l'essentiel, en choisissant un Samaritain comme héros d'une parabole sur l'amour du prochain par quoi s'actualise l'amour de Dieu.

En cet anniversaire d'une fondation marquée par la désunion chrétienne, rendons grâce pour la liberté qui nous est donnée, et que n'ont pas connue les ancêtres français, d'œuvrer entre chrétiens de confessions différentes à l'unité d'action dans l'amour du prochain. Libérons-nous des contraintes qui ont brimé nos ancêtres dans la foi, en gardant à l'esprit qu'elles n'existent pas pour nous. Mettons à profit cette liberté dont nous jouissons, pour marcher résolument, avec nos frères et sœurs des autres confessions chrétiennes qui le veulent bien, à l'avènement de l'éthique de solidarité préconisée par Jésus par delà les rivalités religieuses.

Bonne Fête de Québec, chers frères et sœurs descendants dans la foi des ancêtres huguenots! Amen.

Par Gérald Doré, pasteur visiteur


Culte du dimanche 26 juin 2011
2e dimanche après la Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Psaumes 147:12-15

12Glorifie le SEIGNEUR, Jérusalem !
      Sion, loue ton Dieu.
13Car il a renforcé les verrous de tes portes ;
      chez toi il a béni tes fils.
14Lui qui donne la paix à ton territoire,
      il te rassasie de fleur de froment.
15Il envoie ses ordres à la terre,
      et aussitôt court sa parole.

Jean 6:51-58

51« Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l'éternité. Et le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » 52Sur quoi, les Juifs se mirent à discuter violemment entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » 53Jésus leur dit alors : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas en vous la vie. 54Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. 55Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang vraie boisson. 56Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. 57Et comme le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi. 58Tel est le pain qui est descendu du ciel : il est bien différent de celui que vos pères ont mangé ; ils sont morts, eux, mais celui qui mangera du pain que voici vivra pour l'éternité. »

1 Corinthiens 10:16-17

16La coupe de bénédiction que nous bénissons n'est-elle pas une communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n'est-il pas une communion au corps du Christ ? 17Puisqu'il y a un seul pain, nous sommes tous un seul corps : car tous nous participons à cet unique pain.



Prédication :

Le Pain Vivant

Aujourd'hui, comme tous les jours d'ailleurs, Jésus se met en scène pour approfondir l'un de ses plus grands enseignements. Il ose une fois de plus, aller très loin et provoque son entourage, évidemment étonné. Comment un homme peut-il à ce point, présenté aux sus et aux vues de tous que sa chair est nourriture et son sang, breuvage ? Pour les gens de son époque c'est assez consternant !

Alors regardons-y de plus près. Le terme eucharistie signifie :
« Rendre grâce ». Nous arrivons donc dans le monde des symboles. Le repas en tant que tel n'est-il pas aussi un symbole ? Outre le fait indéniable de la nourriture qui nous fait vivre, le repas a plusieurs significations à son actif; le repas intime pour célébrer l'amour, le repas entre amiEs pour solidifier les liens, le repas agapè pour se remémorer les bienfaits de Dieu pour nous. Le repas représente à lui seul une panoplie d'émotions et de sentiments reliés au fait que nous ne pouvons passer outre la nourriture. Et dans un autre ordre d'idées, cette nourriture nous est offerte avec amour lorsque nous sommes dans le sein de notre mère; Dieu s'offre à nous directement à Lui et la naissance également; un don de soi qui n'échappe pas au symbole de la nourriture donnée, offerte. Et parlant symbole, oui le pain est symbole de vie, pain de vie; sans nourriture, qui pourrait survivre ? Sans Dieu, sans spiritualité, qui peut survivre ? Qui ici refuserait une rencontre autour d'une table bien garnie où bonne chair et bon vin viendraient combler un festin ? Certainement pas moi, c'est assuré ! Ainsi, pouvons-nous refuser cette invitation de nous approcher de la table du Christ ? Nous aimons être reçus et nous apprécions recevoir. Le repas c'est généralement un signe de fête.

Jésus dans sa provocation nous incite pour ne pas dire, nous invite, à une grande réflexion intérieure. Est-ce que nous avons suffisamment faim de Dieu pour lui donner une place de choix à notre table ? La table de notre spiritualité. Au plan humain, ça ne se discute presque pas; nous réservons des instants privilégiés pour notre amoureux ou notre amoureuse, nos enfants sont au premier rang et les amiEs ne sont jamais en reste dans notre agenda. Et de plus nous y tenons habituellement mordicus. Oui ce pain vivant que Jésus annonce de sa propre personne est bien un symbole; ce symbole peut prendre la forme d'un arrêt pour la prière, pour une méditation, pour un culte, pour une retraite dans un lieu paisible et calme où nous rechargeons nos batteries. Le temps s'arrête, comme nous le disons si bien, quand nous sommes en amour ! Peut-il aussi s'arrêter pour recevoir l'amour de Dieu ? Peut-il aussi s'arrêter pour montrer notre amour à Dieu ? Plus que tout, il y a la Cène, ce repas ultime où Jésus a invité à l'union de Judas avec ses frères. Une invitation à devenir et à rester chrétien; d'ailleurs après la mort de Jésus, Paul dans les Actes au chapitre 11 verset 26, nous dit que c'est à Antioche que les disciples de Jésus sont pour la première fois appelés chrétiens. Voilà pour l'identité; sans identité qui sommes-nous, que sommes-nous ? Se nourrir de Dieu à la façon de Jésus peut paraître déstabilisant lorsque nous nous arrêtons aux mots, aux expressions; il faut donc aller au-delà pour comprendre cette nourriture spirituelle offerte. Notre nourriture terrestre ne nous évite pas la mort; celle de Jésus nous présente et nous garantit la vie éternelle et la béatitude.

Rendre grâce ! Lorsque nous approchons de la table et que le pasteur annonce : « Venez car tout est prêt », il nous invite à rendre grâce pour cette nourriture, symbole de vie éternelle. Le "tout est prêt" va au-delà de ce pain que nous mangeons avec appétit, avec satiété; le "tout" renferme à lui seul, la préparation de la signification de la Cène par la vie publique de Jésus, ses voyages, ses enseignements et ses miracles qui culmineront vers la gloire et la vie de la Croix. La nourriture de Jésus est abondante, riche, gratuite. Sommes-nous prêts à refuser l'invitation ?

Amen

Marie-Andrée Babin


Culte du dimanche 19 juin 2011
Dimanche de la Trinité « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Psaumes 8

1Du chef de chœur, sur la guittith. Psaume de David.
2SEIGNEUR, notre Seigneur,
      Que ton nom est magnifique
      par toute la terre !
      Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur !
3Par la bouche des tout-petits et des nourrissons,
      tu as fondé une forteresse
      contre tes adversaires,
      pour réduire au silence l'ennemi revanchard.
4Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts,
      la lune et les étoiles que tu as fixées,
5qu'est donc l'homme pour que tu penses à lui,
      l'être humain pour que tu t'en soucies ?
6Tu en as presque fait un dieu :
      tu le couronnes de gloire et d'éclat ;
7tu le fais régner sur les œuvres de tes mains ;
      tu as tout mis sous ses pieds :
8tout bétail, gros ou petit,
      et même les bêtes sauvages,
9les oiseaux du ciel, les poissons de la mer,
      tout ce qui court les sentiers des mers.
10SEIGNEUR, notre Seigneur,
      que ton nom est magnifique
      par toute la terre !

1 Jean 4:7-16

7Mes bien-aimés,
      aimons-nous les uns les autres,
      car l'amour vient de Dieu,
      et quiconque aime
      est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu.
8Qui n'aime pas n'a pas découvert Dieu,
      puisque Dieu est amour.
9Voici comment s'est manifesté l'amour de Dieu au milieu de nous :
      Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde,
      afin que nous vivions par lui.
10Voici ce qu'est l'amour :
      ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu,
      c'est lui qui nous a aimés
      et qui a envoyé son Fils en victime d'expiation pour nos péchés.
11Mes bien-aimés,
      si Dieu nous a aimés ainsi,
      nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
12Dieu, nul ne l'a jamais contemplé.
      Si nous nous aimons les uns les autres,
      Dieu demeure en nous,
      et son amour, en nous, est accompli.
13À ceci nous reconnaissons
      que nous demeurons en lui, et lui en nous :
      il nous a donné de son Esprit.
14Et nous, nous témoignons, pour l'avoir contemplé,
      que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde.
15Quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu,
      Dieu demeure en lui, et lui en Dieu.
16Et nous, nous connaissons, pour y avoir cru,
      l'amour que Dieu manifeste au milieu de nous.
      Dieu est amour :
      qui demeure dans l'amour
      demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

Jean 14:11-17

11Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi ; et si vous ne croyez pas ma parole, croyez du moins à cause de ces œuvres. 12En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais ; il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père. 13Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, de sorte que le Père soit glorifié dans le Fils. 14Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.
15« Si vous m'aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ; 16moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. 17C'est lui l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous.



Prédication :

Tous reliés !

Le philosophe et historien jésuite Michel de Certeau déclarait: « En s'approchant de Celui qu'ils aiment, les croyants ont toujours, un jour ou l'autre, le sentiment du vide : ils embrassent une ombre ! Ils croyaient le trouver en s'avançant vers lui, mais il n'est plus là. Ils le cherchent quelque part en eux, ils scrutent en eux l'endroit où il pourrait être. Mais il n'est nulle part... »

Le Dieu vivant par contraste avec les « dieux » fabriqués dans la pierre ou par les idées ou les émotions, est le Dieu insaisissable; le monde créé est comme le signe qui en témoigne, qui pointe du doigt cette « présence de l'absence » pour emprunter les mots à la poétesse Rina Lasnier. Si John Lennon refusait toute existence à un Dieu « concept intellectuel par lequel l'être humain perçoit l'acuité de sa douleur d'être », il ne soupçonnait assurément pas se situer ainsi dans la succession des prophètes et évangélistes de toutes les époques. En fait il semble bien que la majeure partie des gens qui refusent, réfutent ou carrément régurgitent la croyance le fait parce que comme le dit la lettre de Jean, Dieu, nul ne l'a jamais contemplé. Or justement le « grand secret » c'est que l'expérience spirituelle de Jésus, qui pour nous est une référence incontournable, est une opération d'épuration de tout religieux fabriqué pour se mettre en situation de disponibilité à la rencontre du Dieu vivant, l'insaisissable.

Et où se fait cette rencontre du Dieu vivant ? Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour, en nous, est accompli. À ceci nous reconnaissons que nous demeurons en lui, et lui en nous : il nous a donné de son Esprit. Le cœur de l'expérience de Dieu se trouve au sein même de la condition humaine que comme chrétien nous considérons assumée pleinement en Jésus : Qui n'aime pas n'a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour. Voici comment s'est manifesté l'amour de Dieu au milieu de nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui [...] il nous a donné de son Esprit. Michel de Certeau exprimait cela ainsi : « Le chrétien n'est divinisé que dans sa vie humaine totale : impossible d'en faire abstraction ! C'est dans notre "chair" que l'Esprit de Dieu parle.» C'est dans l'humanité assumée de Jésus que Dieu veut être connu et rencontré. Et nous, nous témoignons, pour l'avoir contemplé, que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu... Et nous, nous connaissons, pour y avoir cru, l'amour que Dieu manifeste au milieu de nous. Dieu est amour : qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

« Tous reliés ». Cette expression traditionnelle des autochtones exprime de façon concise une vérité profonde tant des rapports entre les humains et avec la nature qu'avec le divin même, le Grand Esprit. Dieu n'est pas un Éternel solitaire : en Lui, c'est l'échange et le partage total qui produit une fécondité elle aussi totale. Image mystérieuse et inépuisable de sens, la méditation chrétienne du Divin nous rejoint au cœur même de ce qui importe le plus dans nos existences : des relations authentiques, nourrissantes et transformatrices. Entre parents ou amants, entre amis ou camarades de travail, dans nos rapports à la nature et à toutes les créatures, c'est à la rencontre d'amour que nous sommes conviés.

Nos paroles humaines, pas plus que les paroles des Écritures, n'épuiseront jamais l'insondable du divin. Pourtant nos humbles tentatives d'exprimer l'indicible sont une source d'inspiration et de motivation pour les générations successives. C'est d'ailleurs pour cela que ce matin je n'ai pu trouver mieux que d'utiliser les propos de croyants qui ont été pour moi très aidant et qui, je l'espère, vous seront utiles.

J'ai lu quelque part ceci, mes excuses à l'auteur inconnu : « Le plus important n'est pas le concept que nous pouvons nous faire de la Trinité, mais l'importance fondamentale que la Trinité, qui est le Dieu vivant, a dans la prière chrétienne. C'est-à-dire que, profondément, le dogme de la Trinité ne doit pas être compris comme un concept rationnel ou seulement intellectuel, mais comme l'expression limitée – mais néanmoins nécessaire – du mystère de Dieu, qui est une réalité vivante, agissante, personnelle et incompréhensible. Au fond, c'est quand elle est trinitaire que la prière devient spécifiquement chrétienne et non seulement monothéiste (comme pour l'Islam ou le Judaïsme). »

Maurice Zundel disait : « Ce qui est prodigieux justement dans la Trinité, c'est de nous introduire dans la Vie de Dieu sous l'aspect d'une communion d'amour infinie. Dieu n'a prise sur son être qu'en le communiquant ! Dieu ne subit pas sa vie, il la communique. Dieu ne se regarde pas : le Père n'est qu'un regard vers le Fils, le Fils n'est qu'un regard vers le Père dans la respiration d'Amour du Saint Esprit, c'est-à-dire que Dieu est dépouillement, désappropriation, pauvreté et liberté infinie. »

« Le Dieu chrétien, le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ ... ce Dieu éternel ne peut être qu'un Dieu qui se communique et qui n'a de contact avec lui-même qu'en se communiquant, c'est donc un Dieu libre, un Dieu libre de soi, c'est un Dieu qui peut nous libérer de nous-même, un Dieu qui nous enseigne notre liberté et nous la communique, un Dieu qui est le ferment de notre libération, un Dieu présent qui nous appelle à cette forme de sainteté incomparable qui est d'être libre de soi. »

Tous reliés. Meegwetch. Merci. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 12 juin 2011
Dimanche de Pentecôte « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Psaumes 104:24-34, 35b

24Que tes œuvres sont nombreuses, SEIGNEUR !
      Tu les as toutes faites avec sagesse,
      la terre est remplie de tes créatures.
25Voici la mer, grande et vaste de tous côtés,
      où remuent, innombrables,
      des animaux petits et grands.
26Là, vont et viennent les bateaux,
      et le Léviatan que tu as formé pour jouer avec lui.
27Tous comptent sur toi
      pour leur donner en temps voulu la nourriture :
28tu donnes, ils ramassent ;
      tu ouvres ta main, ils se rassasient.
29Tu caches ta face, ils sont épouvantés ;
      tu leur reprends le souffle, ils expirent
      et retournent à leur poussière.
30Tu envoies ton souffle, ils sont créés,
      et tu renouvelles la surface du sol.
31Que la gloire du SEIGNEUR dure toujours,
      que le SEIGNEUR se réjouisse de ses œuvres !
32Il regarde la terre, et elle tremble ;
      il touche les montagnes, et elles fument.
33Toute ma vie je chanterai le SEIGNEUR,
      le reste de mes jours je jouerai pour mon Dieu.
34Que mon poème lui soit agréable !
      et que le SEIGNEUR fasse ma joie !
35bBénis le SEIGNEUR, ô mon âme !
      Alléluia !

Nombres 11:24-30

24Moïse sortit de la tente et rapporta au peuple les paroles du SEIGNEUR ; il rassembla soixante-dix des anciens du peuple qu'il plaça autour de la tente. 25Le SEIGNEUR descendit dans la nuée et lui parla ; il préleva un peu de l'esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. Dès que l'esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas. 26Deux hommes étaient restés dans le camp ; ils s'appelaient l'un Eldad, l'autre Médad ; l'esprit se posa sur eux – ils étaient en effet sur la liste, mais ils n'étaient pas sortis pour aller à la tente – et ils prophétisèrent dans le camp. 27Un garçon courut avertir Moïse : « Eldad et Médad sont en train de prophétiser dans le camp ! » 28Josué, fils de Noun, qui était l'auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, intervint : « Moïse, mon seigneur, arrête-les ! » 29Moïse répliqua : « Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple du SEIGNEUR devenait un peuple de prophètes sur qui le SEIGNEUR aurait mis son esprit ! » 30Moïse se retira dans le camp ainsi que les anciens d'Israël.

Actes 2:1-21

1Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble. 2Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ; 3alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux. 4Ils furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
5Or, à Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. 6À la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue. 7Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? 8Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? 9Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie, 10de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici, 11tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu. » 12Ils étaient tous déconcertés, et dans leur perplexité ils se disaient les uns aux autres : « Qu'est-ce que cela veut dire ? » 13D'autres s'esclaffaient : « Ils sont pleins de vin doux. »

14Alors s'éleva la voix de Pierre, qui était là avec les Onze ; il s'exprima en ces termes : « Hommes de Judée, et vous tous qui résidez à Jérusalem, comprenez bien ce qui se passe et prêtez l'oreille à mes paroles.15Non, ces gens n'ont pas bu comme vous le supposez : nous ne sommes en effet qu'à neuf heures du matin ; 16mais ici se réalise cette parole du prophète Joël :
17Alors, dans les derniers jours, dit Dieu,
      je répandrai de mon Esprit sur toute chair,
      vos fils et vos filles seront prophètes,
      vos jeunes gens auront des visions,
      vos vieillards auront des songes ;
18oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes
      en ces jours-là je répandrai de mon Esprit

      et ils seront prophètes.
19Je ferai des prodiges là-haut dans le ciel
      et
des signes ici-bas sur la terre,
      du sang, du feu et une colonne de fumée.
20Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang
      avant que vienne le jour du Seigneur, grand et glorieux.
21Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.


Jean 20:19-23

19Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d'eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. » 20Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie. 21Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie. » 22Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit Saint ; 23ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »



Prédication :

Que ferons-nous de Pentecôte ?

      En lisant ces passages des actes des apôtres et de l'évangile de Jean ce matin, j'ai la curieuse impression d'assister au même événement mais raconté de manière différente.

Nous avons d'abord un récit qui me semble dans un premier temps s'en-cheviller un peu trop bien; l'Événement se produit dans un lieu de prière, Le Cénacle et le jours de la pentecôte qui est à l'origine une fête juive ne l'oublions pas. Il est aussi émaillé de manifestations surnaturelles impressionnantes; un grand bruit, le vent qui entre dans la pièce où se trouvent les disciples et qui souffle en tempête, ainsi que de l'apparition de langues de feu. Jolie montage littéraire, on en attend pas moins de Luc qui était un artiste confirmé.
Le résultat de ces manifestations n'est pas moins impressionnant; désormais les disciples sont entendues et compris de toutes personnes qui les écoutent, peu importe leur langue maternelle. Et Pierre, qui désormais parle d'autorité. C'est un miracle, un miracle bien pratique pour répandre la Parole tout de même.

Et puis, il y a le récit de Jean; très différent et, bien qu'il contienne aussi des manifestations surnaturelles, beaucoup plus simple.

Ces deux récit pourtant se rejoignent dans leurs essences. Il y est question d'un don divin, l'Esprit-Saint, offert aux disciples par l'intermédiaire du souffle. "Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit Saint »" est-il écrit dans l'Évangile de Jean. Il est aussi question d'une tâche à accomplir; prophétiser, répandre la Bonne Nouvelle.

Mais avant toutes choses, qu'est-ce que la Pentecôte ? Voici une description que j'ai trouvé en surfant sur Internet :

***

La Pentecôte vient du grec ancien πεντηκοστή [pentèkostè] : cinquantième (jour après Pâques) ; en grec moderne, on prononce [pénticosti]. Cette fête chrétienne a des origines juives que le Christ va venir complètement accomplir.

Comme Pâques, c'est une ne fête agricole devenue une fête religieuse. Elle porte le nom de shavou'ot ou fête des semaines car elle a lieu 7 semaines après Pâque. ( 7 x 7 = 49 + le jour de Pâques = 50. Le chiffre 7 a une signification d'accomplissement dans le monde judéo-chrétien. )

Dans un second temps, la Pentecôte prendra un sens religieux. Elle rappelle l'événement historique du don de la Torah au Sinaï. Ainsi Shavou'ot est la conclusion, la clôture de Pessa'h (Pâque juive).

Le Livre des Actes des apôtres (2,1-13) rapporte l'événement qui s'est passé au Cénacle à Jérusalem, en l'an 30 ou 33 de notre ère, le jour de la fête juive de la Pentecôte, 50 jours après la résurrection du Christ. "1Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble. 2Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ; 3alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux. 4Ils furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer."

Ainsi, la Pentecôte chrétienne est la fête du don de l'Esprit Saint.

Que signifie cet événement ?
Le récit des Actes des Apôtres fait état "d'un grand bruit" venu du ciel, d'un "violent coup de vent" et de "langues de feu" et qui se posent sur chacun des apôtres. Le bruit, le vent et le feu symbolisent la présence de Dieu ; ils sont une manifestation de la puissance divine. C'est le renouvellement de la théophanie (du grec théo « dieu », et phan « apparition ») du Sinaï dont la Pentecôte juive est la commémoration.

Si le feu symbolise la présence divine, les langues de feu qui se divisent au-dessus des têtes des apôtres signifie la descente sur eux de l'Esprit de Dieu. Elles symbolisent le don fait à chacun d'eux pour le rendre apte à annoncer, avec une langue de feu, l'Évangile à toute l'humanité.

Enfin, le récit fait mention du don des langues que reçoivent les apôtres et les disciples pour leur permettre d'annoncer la Bonne Nouvelle de l'Évangile à tous les humains, à toutes les nations.

Trouvé sur http://www.pasaj.ch/

***

Et pour nous qui sommes ici ce matin, que signifie la Pentecôte ?
Est-ce seulement une période du calendrier comme une autre, où l'on se rend à l'église pour écouter le pasteur, ou son remplaçant, raconter une histoire des temps anciens ? Quel signification donnerons-nous à cet événement dont plusieurs ici portent le symbole sur eux, la croix huguenote, et qui est présent sur le blason de notre Église.

Comme pour les disciples, nous sommes rassemblés dans un lieu de prière ce matin et nous sommes un petit nombre. Mais il n'y a pas de grand vent ni de langue de feu pour nous rendre polyglottes et le seigneur Jésus n'est pas là physiquement pour souffler le Saint Esprit sur nous. Attendons-nous ces miracles pour faire quelque chose ?

À savoir aussi, aspirons-nous à ce don, à cette Théophanie ? Avons-nous envie de partager ce en quoi nous croyons ? Amour, bienveillance, accueil inconditionnel et pardon.

Tout autours de nous, il y a des gens qui vivent sans Dieu et qui tentent de remplir ce vide béant creusé en eux, par une sur-consommation effrénée et une spiritualité bidon car solitaire et égoïste. Une recherche du bonheur bien superficielle et qui a bien peu de chance d'aboutir. Et il y en a d'autres qui se tournent vers une vision du Christ passéiste, sectaire, dure et dénaturée parce qu'ils ne savent plus à quel saint se vouer et qu'ils veulent reposer leurs âmes fatigués de ce monde qui va trop vite et qui leur échappe.

Les laisserons-nous seuls, ces sœurs et ces frères, dans ces versions modernes de l'Enfer ?

Oh! Nous n'avons pas la science infuse en tant que membres de l'Église Unie du Canada et le fait d'être chrétien(e)s et protestant(e)s ne nous donne pas réponse à tout. Mais néanmoins, oserons-nous parler du Christ, ce Christ bienveillant et chaleureux, ce bon berger auquel nous croyons ?
Serons-nous ses témoins ?

Que ferons-nous de Pentecôte ?

Que le Seigneur nous guide et, en ce jour particulier entre tous, qu'Il nous envoie le Saint-Esprit pour que nous soyons emplies de Lui, tous et toutes. Et si ce n'est avec des langues de feu, qu'Il nous donne d'apporter notre pierre à cet édifice, selon nos moyens et suivant Sa volonté. Amen

Luc Bouchard, webmestre de saint-Pierre & Pinguet


Culte du dimanche 5 juin 2011
7e dimanche de Pâques « A » et célébration commémorative

Lectures bibliques (TOB) :

Psaume 23

1Psaume de David.
      Le SEIGNEUR est mon berger,
      je ne manque de rien.
2Sur de frais herbages, il me fait coucher ;
      près des eaux du repos, il me mène,
3il me ranime.
      Il me conduit par les bons sentiers,
      pour l'honneur de son nom.
4Même si je marche dans un ravin d'ombre et de mort,
      je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ;
      ton bâton, ton appui, voilà qui me rassure.
5Devant moi tu dresses une table,
      face à mes adversaires.
      Tu parfumes d'huile ma tête,
      ma coupe est enivrante.
6Oui, bonheur et fidélité me poursuivent
      tous les jours de ma vie,
      et je reviendrai à la maison du SEIGNEUR,
      pour de longs jours.

1 Corinthiens 13:1-8

1Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges,
      s'il me manque l'amour,
      je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante.
2Quand j'aurais le don de prophétie,
      la science de tous les mystères et de toute la connaissance,
      quand j'aurais la foi la plus totale,
      celle qui transporte les montagnes, s'il me manque l'amour,
      je ne suis rien.
3Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés,
      quand je livrerais mon corps aux flammes,
      s'il me manque l'amour,
      je n'y gagne rien.
4L'amour prend patience, l'amour rend service,
      il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil,
5il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt,
      il ne s'irrite pas, il n'entretient pas de rancune,
6il ne se réjouit pas de l'injustice,
      mais il trouve sa joie dans la vérité.
7Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.
8L'amour ne disparaît jamais.
      Les prophéties ? Elles seront abolies.
      Les langues ? Elles prendront fin.
      La connaissance ? Elle sera abolie.

Ésaïe 25:6-9

6Le SEIGNEUR, le tout-puissant, va donner sur cette montagne
      un festin pour tous les peuples,
      un festin de viandes grasses et de vins vieux,
      de viandes grasses succulentes et de vins vieux décantés.
7Il fera disparaître sur cette montagne
      le voile tendu sur tous les peuples,
      l'enduit plaqué sur toutes les nations.
8Il fera disparaître la mort pour toujours.
      Le Seigneur DIEU essuiera les larmes sur tous les visages
      et dans tout le pays il enlèvera la honte de son peuple.
      Il l'a dit, lui, le SEIGNEUR.
9On dira ce jour-là : C'est lui notre Dieu.
      Nous avons espéré en lui, et il nous délivre.
      C'est le SEIGNEUR en qui nous avons espéré.
      Exultons, jubilons, puisqu'il nous sauve.

Jean 14:1-6, 18-19, 25-27

1« Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 2Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures : sinon vous aurais-je dit que j'allais vous préparer le lieu où vous serez ? 3Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. 4Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin. » 5Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? » 6Jésus lui dit : « Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n'est par moi.

18Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. 19Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; vous, vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi.

25Je vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous ; 26le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. 27Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre.



Prédication :

C'est lui notre Dieu.
Nous avons espéré en lui, et il nous délivre.

Les textes d'aujourd'hui ont été trouvés, surlignés, dans l'édition de la bible Louis Segond que F. avait acheté à l'âge de 15 ans. En la feuilletant, son fils et moi, 43 ans plus tard, avons pu voir les traces de toutes ses années de lecture et de méditation de la Parole : des textes encadrés, annotés, mis en référence. À travers les différentes périodes de sa vie, dans les hauts comme dans les creux, dans les moments de joie comme de tristesse, dans les temps d'optimisme comme dans les instants de perplexité, F. est revenu à cette Parole car l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. Dans cette mémoire du message de Jésus, F. avait trouvé une source intarissable de réconfort, de stabilité et d'espérance. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix... Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre.

Malade et souffrant depuis des années, c'est dans son sommeil que le Berger est venu le chercher : je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. Évidemment le choc de son départ subi il y a cinq semaines résonne profondément dans le cœur de sa famille et de ses proches. Nous, qui restons, que nous l'ayons connu personnellement ou non, nous faisons face non seulement à la tristesse de la perte d'un être aimé mais aussi au vertige que la mort suscite chez tous les humains. Aujourd'hui, peut-être, demain, sûrement, ce sera à notre tour de traverser le ravin d'ombre et de mort. Le psaume 23 évoque notre brève existence comme une marche accompagnée par un guide bienveillant qui nous conduit à destination et nous donne de traverser les embûches et de triompher de l'adversité. Dans l'existence nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes, Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous... vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi. C'est d'ailleurs dès maintenant, dans notre vie actuelle, que ce compagnonnage de grâce du Ressuscité se manifeste : la vie de foi c'est la vie dans la confiance en Dieu à cause de Jésus grâce à l'Esprit qui nous le fait comprendre « avec les yeux du cœur » pour citer la chanson bien connue.

Confier nos êtres aimés à la compréhension et au pardon de Dieu qui nous connaît parce qu'il nous a tricoté, qui nous aime tendrement comme une mère, c'est du même coup nous réengager à vivre le temps qu'il nous reste dans l'ouverture confiante au plan de Dieu. Thomas dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? » Jésus lui dit : « Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n'est par moi. Le lègue que nous laisse F. ce matin est la chose la plus précieuse qui soit : Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures...

F., cuisinier dans son histoire, aimait les repas. C'est d'ailleurs ainsi qu'Ésaïe, le prophète passionné de la grâce divine, décrit la plénitude à laquelle Dieu nous convie. Le tout-puissant, va donner un festin pour tous les peuples, un festin de viandes succulentes et de vins vieux. Il fera disparaître le voile tendu sur tous les peuples, la mort pour toujours. Le Seigneur DIEU essuiera les larmes sur tous les visages. Dans quelques instants nous allons aussi prendre part au mémorial du repas du Seigneur qui nous unit dans ce lieu et ce moment, hors de l'espace et du temps.

Nous sachant aimés et accompagnés, pour l'éternité, vivons pleinement chacun des instants qui nous est donné à vivre, gardant en mémoire le sourire de F., sa simplicité, son accueil, sa bienveillance et son courage. Bien vivant pour l'essentiel, viendra un jour ce moment : Lorsque je serai allé vous préparer le lieu où vous serez ... je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. Puissions-nous vivre notre Pâque, notre passage, dans la foi, selon la façon qui conviendra au Seigneur de nous prendre avec lui. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 29 mai 2011
6e dimanche de Pâques « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Actes 17:16-34

16Tandis que Paul les attendait à Athènes, il avait l'âme bouleversée de voir cette ville pleine d'idoles. 17Il adressait donc la parole, dans la synagogue, aux Juifs et aux adorateurs de Dieu, et, chaque jour, sur la place publique, à tout venant. 18Il y avait même des philosophes épicuriens et stoïciens qui s'entretenaient avec lui. Certains disaient : « Que veut donc dire cette jacasse ? » Et d'autres : « Ce doit être un prédicateur de divinités étrangères. » - Paul annonçait en effet Jésus et la Résurrection. 19Ils mirent donc la main sur lui pour le conduire devant l'Aréopage : « Pourrions-nous savoir, disaient-ils, quelle est cette nouvelle doctrine que tu exposes ? 20En effet, tu nous rebats les oreilles de propos étranges, et nous voudrions bien savoir ce qu'ils veulent dire. » 21Il faut dire que tous les habitants d'Athènes et tous les étrangers en résidence passaient le meilleur de leur temps à raconter ou à écouter les dernières nouveautés.
22Debout au milieu de l'Aréopage, Paul prit la parole : « Athéniens, je vous considère à tous égards comme des hommes presque trop religieux. 23Quand je parcours vos rues, mon regard se porte en effet souvent sur vos monuments sacrés et j'ai découvert entre autres un autel qui portait cette inscription : "Au dieu inconnu" . Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c'est ce que je viens, moi, vous annoncer. 24Le Dieu qui a créé l'univers et tout ce qui s'y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas des temples construits par la main des hommes 25et son service non plus ne demande pas de mains humaines, comme s'il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie et le souffle, et tout le reste.
26« À partir d'un seul homme il a créé tous les peuples pour habiter toute la surface de la terre, il a défini des temps fixes et tracé les limites de l'habitat des hommes : 27c'était pour qu'ils cherchent Dieu ; peut-être pourraient-ils le découvrir en tâtonnant, lui qui, en réalité, n'est pas loin de chacun de nous.
28« Car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être, comme l'ont dit certains de vos poètes :
"Car nous sommes de sa race."
29« Alors, puisque nous sommes la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité ressemble à de l'or, de l'argent, ou du marbre, sculpture de l'art et de l'imagination de l'homme. 30Et voici que Dieu, sans tenir compte de ces temps d'ignorance, annonce maintenant aux hommes que tous et partout ont à se convertir. 31Il a en effet fixé un jour où il doit juger le monde avec justice par l'homme qu'il a désigné, comme il en a donné la garantie à tous en le ressuscitant d'entre les morts. »
32Au mot de « résurrection des morts », les uns se moquaient, d'autres déclarèrent : « Nous t'entendrons là-dessus une autre fois. » 33C'est ainsi que Paul les quitta. 34Certains pourtant s'étaient attachés à lui et étaient devenus croyants : parmi eux il y avait Denys l'Aréopagite, une femme nommée Damaris, et d'autres encore.

Jean 14:15-21

15« Si vous m'aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ; 16moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. 17C'est lui l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. 18Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. 19Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; vous, vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi. 20En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous. 21Celui qui a mes commandements et qui les observe, celui-là m'aime : or celui qui m'aime sera aimé de mon Père et, à mon tour, moi je l'aimerai et je me manifesterai à lui. »



Prédication :

L'âme bouleversée et l'Esprit de vérité.

En dehors des lettres qu'il a lui-même rédigées ou qui se réclament de sa notoriété, c'est par le livre des Actes des Apôtres que nous sommes informés des voyages de Paul. Ce pharisien transformé par la rencontre du Jésus ressuscité devient en effet le missionnaire d'une partie importante du bassin de la mer Méditerrané et l'histoire lui accolera le titre « d'apôtre des gentils, des non juifs ». C'est au cœur même de la Grèce antique, à Athènes, que nous le retrouvons aujourd'hui; au cœur aussi de la rencontre des idéologies et des visions du monde diverses qui s'y côtoient, au cœur de l'effervescence sociale de l'agora, place publique que surplombait la colline de l'Aréopage où, lit-on, on conduit cette jacasse pour mieux entendre cette nouvelle doctrine que tu exposes... tu nous rebats les oreilles de propos étranges, et nous voudrions bien savoir ce qu'ils veulent dire.

Au-delà de quarante ans plus tard, j'ai encore en moi le souvenir de l'impact de cet extrait particulier du Nouveau Testament que je lisais alors pour la première fois avec fascination. Et je le retrouve toujours avec une impression de familiarité réconfortante. Est-ce la description des Athéniens, teintée d'ironie, qui me touche ? Tous les habitants d'Athènes et tous les étrangers en résidence passaient le meilleur de leur temps à raconter ou à écouter les dernières nouveautés. Bien avant l'ère des médias sociaux, de la radio ou de l'imprimerie, le besoin d'échange, de connaissance, d'approfondissement, de découverte caractérisait l'humain. Des philosophes épicuriens et stoïciens - visions du monde matérialiste ou spiritualiste - entrent en débat sinon en dialogue avec la vision du monde judéo-chrétienne. Ou est-ce la remarquable façon dont Paul présente son témoignage, dans une conviction certainement passionnée mais qui sait aussi affirmer, confirmer et intégrer comme un formateur attentif et bienveillant, le cheminement d'autrui. Je vous considère ... comme des hommes presque trop religieux. ... mon regard se porte en effet souvent sur vos monuments sacrés et j'ai découvert entre autres un autel qui portait cette inscription : "Au dieu inconnu" . Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c'est ce que je viens, moi, vous annoncer... lui qui, en réalité, n'est pas loin de chacun de nous. « Car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être, comme l'ont dit certains de vos poètes : "Car nous sommes de sa race." »

Ou encore peut-être est-ce à cause de la texture très contemporaine, actuelle, des propos tenus par ce prédicateur de divinités étrangères... qui avait l'âme bouleversée de voir cette ville pleine d'idoles. Quelle que soit son origine ethnique, sa nationalité voire sa religion, Paul se sait solidaire du destin de ces gens puisque, il le croit : À partir d'un seul homme Dieu a créé tous les peuples pour habiter toute la surface de la terre, Il a défini des temps fixes et tracé les limites de l'habitat des hommes : c'était pour qu'ils cherchent Dieu. Cette quête commune est le fil d'Ariane, pour rester dans l'Antiquité grecque, et elle aboutit pour Paul dans la révélation du Christ : sans tenir compte de ces temps d'ignorance, [Dieu] annonce maintenant aux hommes que tous et partout ont à se convertir. Il a en effet fixé un jour où Il doit juger le monde avec justice par l'homme qu'Il a désigné, comme Il en a donné la garantie à tous en le ressuscitant d'entre les morts. Le fondement de la résurrection et sa transmission jusqu'à nos jours scellent le destin de l'humanité invitée à opérer un revirement, une conversion.

Hier, comme aujourd'hui, une telle annonce malgré toute l'habileté du témoin ou de la prédicatrice, se heurte aux résistances immédiates de la raison qui justifient aisément les accommodements souvent bien peu raisonnables de nos mesquineries et de nos fautes, des outrages et des violences multiformes, de ce déficit d'amour et de compassion qui habitent si profondément le cœur des humains. Au mot de « résurrection des morts », les uns se moquaient, d'autres déclarèrent : « Nous t'entendrons là-dessus une autre fois. » Ce que Paul annonce sort en effet de sentiers battus : il s'agit d'une véritable nouvelle naissance, par l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. Ces mots de l'Évangile de Jean nous rappellent à nouveau que cette réalité n'est perçue qu'avec le regard intérieur, donné par l'Esprit, le Paraclet. Le monde ne me verra plus ; vous, vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi. En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous.

Ce matin, nous sommes invités à nouveau à préserver l'enseignement de Jésus, en paroles, en actes et en Esprit, en opérant ainsi encore et à nouveau une démarche de conversion. Cet enseignement est à préserver non comme une possession jalouse ou une argumentation écrasante ou une source d'orgueil vaniteux. Il est à préserver en le laissant nous transformer, pour faire les choses ordinaires qui sont le propre de la condition humaine de façon toujours plus extraordinaire, sous l'impulsion de l'Esprit qui résonne dans la Parole et s'offre dans l'annonce du salut. Simone Weil, chrétienne issue du judaïsme comme Paul, exprimait un constat analogue dans son ouvrage La Pesanteur et la Grâce : On dégrade les mystères de la foi en en faisant un objet d'affirmation ou de négation, alors qu'ils doivent être un objet de contemplation...

Le passage de l'apôtre à Athènes ne fut pas un succès de masse. C'est ainsi que Paul les quitta. Pourtant certains s'étaient attachés à lui et étaient devenus croyants : parmi eux il y avait Denys l'Aréopagite, une femme nommée Damaris, et d'autres encore. Qu'à l'exemple de mon homonyme, je puisse m'attacher à l'enseignement incarné dans la vie de Paul, et que, pour vous comme pour moi, nous devenions à notre tour une parole en chair pour partager, le cœur bouleversé d'amour, ce que nous-mêmes recevons gratuitement et en totalité par l'Esprit de vérité.

Celui qui a mes commandements et qui les observe, celui-là m'aime : or celui qui m'aime sera aimé de mon Père et, à mon tour, moi je l'aimerai et je me manifesterai à lui. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 22 mai
5e dimanche de Pâques « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Jean 14:1-12

1« Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 2Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures : sinon vous aurais-je dit que j'allais vous préparer le lieu où vous serez ? 3Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. 4Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin. » 5Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? » 6Jésus lui dit : « Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n'est par moi. 7Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès à présent vous le connaissez et vous l'avez vu. » 8Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » 9Jésus lui dit : « Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m'as pas reconnu ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu : "Montre-nous le Père" ? 10Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire, c'est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres. 11Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi ; et si vous ne croyez pas ma parole, croyez du moins à cause de ces œuvres. 12En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais ; il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père.

1 Pierre 2:4-9

4Approchez-vous de lui, pierre vivante,
      rejetée par les hommes
      mais choisie et précieuse devant Dieu.
5Vous-mêmes, comme des pierres vivantes,
      entrez dans la construction de la Maison habitée par l'Esprit,
      pour constituer une sainte communauté sacerdotale,
      pour offrir des sacrifices spirituels,
      agréables à Dieu par Jésus Christ.
6Car on trouve dans l'Écriture :
      Voici, je pose en Sion une pierre angulaire,
      choisie et précieuse,
      et celui qui met en elle sa confiance
      ne sera pas confondu.

7À vous donc, les croyants, l'honneur ;
      mais pour les incrédules
      la pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
      est devenue la pierre de l'angle,
8et aussi une pierre d'achoppement,
      un roc qui fait tomber.

Ils s'y heurtent, parce qu'ils refusent de croire à la parole, et c'est à cela qu'ils étaient destinés.
9Mais vous, vous êtes
      la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s'est acquis,
      pour que vous proclamiez les hauts faits
      de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière,




Prédication :

Le chemin... quel chemin ?

Des chemins, nous en connaissons à profusion et nous en choisissons régulièrement pour nous déplacer. Qu'il s'agisse de route, de sentier, de rue ou de boulevard, chacun d'eux nous conduit selon nos choix et nos intentions. Jésus se déclare être lui-même le chemin vers Dieu. Comment appliquer cela dans notre vie de tous les jours ?

Sur un chantier, un accident. Un ami est victime d'une erreur; sa gentillesse, son côté humain, même ses blagues vont manquer à ses compagnons. C'est effectivement une dure épreuve. Sans lui, ce ne sera plus pareil dans l'équipe de travail. Ceux qui restent sont unanimes pour dire qu'en lui ils ont trouvé le beau et le bon côté de ce qui est humain. Alors le boulot continue ! On s'encourage et l'inquiétude de ne pas livrer la marchandise se dissipe. Les travailleurs font confiance !

Bulldozer, marteau-pilon, pics et pelles; travailler à la sueur de son front, forcer, pousser, tirer, déplacer des pierres, tout y passe ! J'aurais pu vous entretenir de cette façon pour au moins 1/2 heure et tout compte fait ça n'aurait pas été une si mauvaise affaire. Pourquoi ? Parce qu'à bien y penser, un chemin, ça ne se fait pas tout seul et ça prend vraiment tout ce que je vous ai énuméré précédemment. Nous avons toutes et tous nos propres chemins; la vie privée qu'on a choisie, le travail, les loisirs, la famille et les amis. Pourtant une autre route s'ajoute à notre vécu quotidien; celle de notre histoire spirituelle, de notre vie spirituelle. Elle est un chemin que nous avons également choisi. Néanmoins, elle a été préalablement préparée par quelqu'un d'autre... par quelqu'un qui nous demande beaucoup, certes, mais qui en retour a déjà donné beaucoup. Dieu a tracé la route à l'aide de la croix; je pense de plus en plus que nous ne devons pas regarder la croix comme un signe de mort mais bien comme un signe de vie. Jésus n'a-t-il pas dit : « Ma vie nul ne la prend, c'est moi qui la donne ». Dans son ouvrage La Théologie protestante, Roger Mehl affirme ceci : « Le chrétien doit devenir ce qu'il est déjà aux yeux de Dieu ». Jésus nous donne en Dieu le fondement de la marche à suivre; et cette marche à suivre se trouve dans la Parole, là où l'enseignement de Jésus : « Vous connaissez le chemin qui conduit où je vais », prend tout son sens. Entre vous et moi c'est un méchant programme, et pour la première fois de ma vie après avoir lu ce passage tant de fois, je me suis demandée ce qui peut bien y avoir dans l'esprit de Dieu de nous demander pareil plan, nous qui ne sommes que des êtres humains et non des dieux. Nous oublions souvent que : Nous ne sommes pas seuls !

En préparant le tout j'ai eu un déclic sur les 3 singes; vous savez les : ne rien dire, ne rien entendre, ne rien voir. J'y ai vu une certaine analogie; en ce sens que la Voie, souvent nous ne voulons pas la voir, c'est plus facile; la Vérité, il arrive que nous ne voulions pas l'entendre et la Vie nous ne voulons rien en dire, ne pas en parler car souvent c'est embarrassant. Cette analogie m'est venue sur les paroles de Thomas : « Seigneur nous ne savons pas où tu vas, comment pourrions nous en connaître le chemin ? ». Nous avons vu la Voie dans nos frères et sœurs, nous avons entendu la Vérité dans la Parole et nous connaissons la Vie par la Croix du Christ. En Jésus-Christ, Dieu nous montre la Voie, la Vérité et la Vie. Il nous reste à savoir comment Jésus se révèle être le chemin pour nous personnellement. Qu'est-ce que ça signifie pour nous dans notre vie de tous les jours et comment l'appliquer ?

Dans la lecture de Jean, Jésus insiste sur le fait de ne pas nous inquiéter. Dans l'Ancien testament et le Nouveau testament réunis, il n'y a que 5 passages du mot inquiétude; c'est donc dire que là n'est pas l'insistance de Dieu pour nos vies. Dans l'Ancien testament le mot confiance par contre est relaté à 19 reprises et cela sans compter le Nouveau testament. C'est assez révélateur que le message de la confiance en Dieu revêt un caractère spécifique car Dieu nous montre la route à suivre. Il est homme et Il est Dieu, Il connaît donc ce qu'il en coûte pour suivre le Père.
« Vous connaissez le chemin qui conduit où je vais ». Amen.

Marie-Andrée Babin


Culte du dimanche 15 mai 2011
4e dimanche de Pâques « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Ésaïe 40:9-11

9Quant à toi, monte sur une haute montagne,
      Sion, joyeuse messagère,
      élève avec énergie ta voix,
      Jérusalem, joyeuse messagère
      élève-la, ne crains pas,
      dis aux villes de Juda :
      « Voici votre Dieu,
10voici le Seigneur DIEU !
      Avec vigueur il vient,
      et son bras lui assurera la souveraineté ;
      voici avec lui son salaire,
      et devant lui sa récompense.
11Comme un berger il fait paître son troupeau,
      de son bras il rassemble ;
      il porte sur son sein les agnelets,
      procure de la fraîcheur aux brebis qui allaitent. »

Jean 10:1-18

La parabole du berger
1« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans l'enclos des brebis mais qui escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand. 2Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3Celui qui garde la porte lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix ; les brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom, et ils les emmène dehors. 4Lorsqu'il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu'elles connaissent sa voix. 5Jamais elles ne suivront un étranger ; bien plus, elles le fuiront parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » 6Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas la portée de ce qu'il disait. 7Jésus reprit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. 8Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. 9Je suis la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir. 10Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance.
11« Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis. 12Le mercenaire, qui n'est pas vraiment un berger et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et prend la fuite ; et le loup s'en empare et les disperse. 13C'est qu'il est mercenaire et que peu lui importent les brebis. 14Je suis le bon berger, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, 15comme mon Père me connaît et que je connais mon Père ; et je me dessaisis de ma vie pour les brebis. 16J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos et celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix et il y aura un seul troupeau et un seul berger. 17Le Père m'aime parce que je me dessaisis de ma vie pour la reprendre ensuite. 18Personne ne me l'enlève mais je m'en dessaisis de moi-même ; j'ai le pouvoir de m'en dessaisir et j'ai le pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père. »

Psaume:23

1Psaume de David.
      Le SEIGNEUR est mon berger,
      je ne manque de rien.
2Sur de frais herbages, il me fait coucher ;
      près des eaux du repos, il me mène,
3il me ranime.
      Il me conduit par les bons sentiers,
      pour l'honneur de son nom.
4Même si je marche dans un ravin d'ombre et de mort,
      je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ;
      ton bâton, ton appui, voilà qui me rassure.
5Devant moi tu dresses une table,
      face à mes adversaires.
      Tu parfumes d'huile ma tête,
      ma coupe est enivrante.
6Oui, bonheur et fidélité me poursuivent
      tous les jours de ma vie,
      et je reviendrai à la maison du SEIGNEUR,
      pour de longs jours.


Prédication :


La figure du Berger comme évocation de la bienveillance divine est une des plus familières et des plus précieuses aux cœurs des croyants de toutes les époques. Au fil des siècles, alors que trop souvent les images de jugement et de condamnations semblaient l'essentiel de la religion, le bon berger [qui] se dessaisit de sa vie pour ses brebis est demeuré une déclaration inaltérable de l'Évangile de grâce : un baume de douceur et d'apaisement, la révélation d'un Dieu qui accueille inconditionnellement, qui prodigue soin et attention, qui sauve au sens plénier du terme, i.e. guérison et libération.

Je suis la porte des brebis : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir [...] moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance. Le berger est là, totalement, sans réserve pour les brebis dont il se sait responsable puisque le Père les Lui a confiées. Il est la porte : à son contact, dans sa proximité, chaque personne découvre ou retrouve l'accès à son cœur, à sa vérité profonde : notre dimension de créature en tout redevable à Dieu est poétiquement exprimée par le terme d'agneau, de brebis, voire d'agnelet. Cette lucidité sur nous-même est une saine humilité qui dégonfle les prétentions illusoires du moi et nous met en état de réceptivité : les brebis écoutent sa voix ; les brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom, et il les emmène dehors. Lorsqu'il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu'elles connaissent sa voix... Par la vérité sur nous-mêmes Jésus nous offre l'accès à la profondeur de Dieu autrement inabordable et il nous ouvre aussi en même temps l'accès à cet autre insondable et mystérieux l'homme, la femme devant moi; car s'il appelle [les brebis], chacune par son nom [...] Lorsqu'il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent [...] et il y aura un seul troupeau et un seul berger.

La rencontre de Dieu dans le bon Berger, selon l'indication de l'Écriture, opère en celui et celle qui se laissent guider par sa voix une métamorphose profonde qui rejoint le projet divin pour l'humanité, objectif autrement parasité par le péché. En Jésus, chacun, chacune trouve à la fois le maximum d'individualité et simultanément fait l'expérience d'une communauté intime optimum avec chacune et tous les autres. Brebis, oui, unique, précieuse, en besoin de soins et de guidance, mais pas mouton, jamais suiveux, fondu ou confondu dans la masse. Se reconnaître comme une brebis du troupeau, c'est du même coup reconnaître l'autre dans toute sa spécificité, son originalité, l'autre comme aimé du Berger, accueilli, accepté, comme moi-même.

Chacun, chacune a sa place; bien plus est indispensable dans son identité propre et unique car la diversité du troupeau glorifie le Seigneur. En voyant l'autre dans les bras du berger, tout comme je le suis, les raisons de le craindre et les fabulations de menace disparaissent. C'est mon frère, c'est ma sœur. Quel que soit son âge, son origine ethnique, sa langue, sa culture, la couleur de sa peau, son orientation sexuelle. Alors que nous soulignons aujourd'hui l'horreur de l'homophobie qui, à l'instar de tous les racismes et xénophobies, défigure notre humanité, nous proclamons en Église le Dieu aimant qui nous apprend l'accueil, l'amour et le respect de la différence, sans condition, puisque Dieu nous l'accorde à nous-mêmes. En goûtant le bien-être d'être protégé, nourri, apprécié, tel que je suis, j'apprends du même coup qu'il en est de même pour l'autre; mon besoin d'acceptation et d'affirmation de mon identité dans la diversité est identique à celui de cette autre brebis qu'est mon frère, ma sœur.

Souhaitant exprimer la vérité de cet enseignement évangélique, l'Église Unie Saint-Pierre a formulé en 2004 une déclaration d'inclusivité que je me permets de vous lire pour conclure notre réflexion.

« Les personnes qui adhèrent à sa communauté sont appelées à faire preuve d'ouverture à l'égard de toutes les personnes marginalisées. La communauté s'engage à accueillir toutes les personnes qui désirent vivre leur foi, indépendamment de leur âge, leur sexe, leur origine ethnique, leur orientation sexuelle, leurs capacités physiques et intellectuelles, leur culture, ou leur situation économique, et affirme publiquement que non seulement les personnes de toutes les orientations sexuelles y sont les bienvenues, mais aussi que leur présence et leur contribution à tous les aspects de la vie en église sont considérées comme un enrichissement pour la communauté. »

Ce dimanche du temps liturgique de Pâques est une invitation à déployer dans nos manières de voir, de comprendre et de vivre l'infinie portée de la Résurrection. À jamais le Berger est vivant et nous conduit tous et toutes ensemble, fiers de notre identité, affirmant nos différences, reposant dans ses bras du bon berger. Notre raison d'être comme communauté de foi, notre annonce s'exprime dans ces paroles d'Ésaïe le prophète : Voici le Seigneur DIEU ! Avec vigueur il vient, et son bras lui assurera la souveraineté ; voici avec lui son salaire, et devant lui sa récompense. Comme un berger, il fait paître son troupeau, de son bras il rassemble ; il porte sur son sein les agnelets, procure de la fraîcheur aux brebis qui allaitent. Amen, Amen et Amen!

Denis Fortin, pasteur



Culte du dimanche 8 mai 2011
3e dimanche de Pâques « A »
2e dimanche de mai « Fête des mères »

Lectures bibliques (TOB) :

Genèse 1:26-27

26Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! »
27Dieu créa l'homme à son image,
    à l'image de Dieu il le créa ;
    mâle et femelle il les créa.

Exode 20:4

4Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre.

1 Rois 3:16-27

Jugement de Salomon
16Alors deux prostituées vinrent se présenter devant le roi. 17L'une dit : « Je t'en supplie, mon seigneur ; moi et cette femme, nous habitons la même maison, et j'ai accouché alors qu'elle s'y trouvait. 18Or, trois jours après mon accouchement, cette femme accoucha à son tour. Nous étions ensemble, sans personne d'autre dans la maison ; il n'y avait que nous deux. 19Le fils de cette femme mourut une nuit parce qu'elle s'était couchée sur lui. 20Elle se leva au milieu de la nuit, prit mon fils qui était à côté de moi - ta servante dormait - et le coucha contre elle ; et son fils, le mort, elle le coucha contre moi. 21Je me levai le matin pour allaiter mon fils, mais il était mort. Le jour venu, je le regardai attentivement, mais ce n'était pas mon fils, celui dont j'avais accouché. » 22L'autre femme dit : « Non ! mon fils, c'est le vivant, et ton fils, c'est le mort » ; mais la première continuait à dire : « Non ! ton fils, c'est le mort, et mon fils, c'est le vivant. » Ainsi parlaient-elles devant le roi. 23Le roi dit : « Celle-ci dit : "Mon fils, c'est le vivant, et ton fils, c'est le mort" ; et celle-là dit : "Non ! ton fils, c'est le mort, et mon fils, c'est le vivant." » 24Le roi dit : « Apportez-moi une épée ! » Et l'on apporta l'épée devant le roi. 25Et le roi dit : « Coupez en deux l'enfant vivant, et donnez-en une moitié à l'une et une moitié à l'autre. » 26La femme dont le fils était le vivant dit au roi, car ses entrailles étaient émues au sujet de son fils : « Pardon, mon seigneur ! Donnez-lui le bébé vivant, mais ne le tuez pas ! » Tandis que l'autre disait : « Il ne sera ni à moi ni à toi ! Coupez ! » 27Alors le roi prit la parole et dit : « Donnez à la première le bébé vivant, ne le tuez pas ; c'est elle qui est la mère. »

Jean 1:18

18Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé.

Prédication :

À Dieu, La Mère

Deux petits garçons, le matin de la fête des mères, disent à leur mère «maman, reste au lit, on s'occupe de tout !». Elle reste donc allongée, s'attendant à un petit-déjeuner apporté sur un plateau et commence en effet à sentir des odeurs prometteuses de bacon et de toasts venir de la cuisine... Mais rien ne vient. Après une longue attente, elle finit par se lever, et rejoint ses enfants dans la cuisine. Elle les trouve chacun installé devant un bol et une assiette bien remplie. Ils lui adressent un large sourire. «Regarde, maman, pour la fête des mères, nous avons préparé notre petit déjeuner nous-mêmes !»
Anne-Cécile news. Une histoire pour la fete des mères

Charmant non ? Les p'tit bonjours ! Mais ne leurs jetons pas la pierre trop vite, ces deux petits amours ne sont pas les seules à s'être fait un cadeau à eux même, alors qu'ils croyaient sincèrement que c'était pour leur maman.

Cette semaine, je suis sorti du lectionnaire liturgique. Normalement, nous aurions dû être sûr le chemin d'Emmaüs avec les disciples découragés par la mort du Christ, pourtant ressuscité, à nous questionner sûr la Flamme qui devrait brûler en nous.

Mais, c'est la fête des mères et comme l'Éternel(le) est aussi notre Mère, n'en déplaise aux sexistes obtus, c'est sous cette forme féminine que j'ai voulu l'adorer en ce dimanche. Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention de conduire un culte marial ou païen ce matin. Il n'y a d'ailleurs nul besoin d'une déesse ou d'une Sainte-Vierge à part pour s'ouvrir à l'aspect féminin du divin. Pas plus que d'un dieu de la moisson, une déesse de l'amour ou d'une quelconque divinité "Saint-Antoine-de-Padouesque", puisque le Seigneur remplie toutes ces fonctions et bien d'autres. Non, mon but ce matin, c'est réfléchir avec vous sur la forme que nous donnons à cet être que nous nommons "Dieu" dans notre imperfection, pour pouvoir le prier et lui rendre un culte.

Il n'y a pas de forme prédéterminée pour l'Éternel(le). Personne ne peut prétendre que c'est un homme ou une femme. Quand il ou elle se manifeste directement dans la bible, c'est soit sous une forme terrible comme une nuée ténébreuse, un buisson ardent ou une colonne de feu, ou alors ce n'est que sa voix qui se fait entendre. Ou encore ce sont des anges qui viennent parler ou agir pour lui/elle, et pour couronner le tout, il y a même une polémique qui dure depuis des siècles autours du sexe des anges.

"Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre." Est-il écrit dans le livre de l'Exode. Et pourtant dans l'esprit de la plupart d'entre-nous, c'est un homme qui nous apparaît quand nous évoquons Dieu.

Pour 72% des chrétiens, Dieu est "père" et il n'est "mère" que pour 10% d'entre eux (enquête UOCF-Panorama). Dans l'imagerie populaire, dans l'art aussi bien que dans les subconscients, Dieu a des attributs masculins. Il est le Créateur, le Dieu des Armées, le Maître de l'Univers, le Pasteur de ses brebis.
CLES - Dieu notre Mère

Dans notre esprit, trône une idole mâle que nous nous sommes fait. Les versets 26 et 27 du premier chapitre du premier livre de la Bible, La Genèse, nous dit pourtant ceci :

26 Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance...
27 Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa.


Dans la traduction qu'en fait Chouraqui, plus proche du texte hébraïque, ça donne ceci :

26 Elohîms dit: « Nous ferons Adâm - le Glébeux - à notre réplique, selon notre ressemblance...»
27 Elohîms crée le glébeux à sa réplique, à la réplique d'Elohîms, il le crée, mâle et femelle, il les crée.


Comment se fait-il alors que nous nous entêtons à voir Dieu exclusivement comme un homme ? Quatre mille ans de domination masculine y sont sûrement pour quelque chose et la langue ne nous aide pas non plus. Il n'y a pas de genre neutre en français, on dit "il" ou "elle" quand on parle de quelqu'un. Quand au mot "ça", étant réservé aux objets, il ne viendrait à l'esprit de personne de l'utiliser pour désigner Dieu. Ce dernier mot même "Deus" est masculin. Le conditionnement social, culturel et cultuel est donc sans doute le principal responsable de cette vision mâle de Dieu.

Nous ne sommes que des humains, influencés par notre environnement et esclaves d'une manière de penser analytique qui met toutes choses et toutes personnes dans des boites étiquetées et classées pour que nous puissions nous y retrouver. Et Dieu n'échappe pas à cet esprit de classement, ou plutôt c'est nous qui n'y échappons pas lorsque nous tentons de faire entrer l'Éternel(le) dans l'une de ces boîtes. Mais pour lui adresser nos prières collectivement et lui rendre un culte quel autre choix avons-nous que de lui donner une forme et un nom, ou de nous en faire une image que nous puissions comprendre dans la mesure de nos moyens ?

Devons-nous, pour échapper à cette "catégorisation" dire de Dieu "C'est un pur esprit", lui déniant ainsi toute forme et l'enfermant tout de même dans un concept, froid et abstrait cette fois-ci. Retour à la case Départ avec l'aspect chaleureux et humain en moins. Nous ne sommes pas plus avancé.

Et puis, comment peut-on aimer ce que l'on ne peut même pas appréhender ou ne serait-ce qu'entrevoir ? Déjà que notre Dieu n'est pas présent physiquement, comment offrir notre amour à un être qu'on ne peut même pas se représenter ?

Personnellement, cette conception du divin, froide et hypothétique, ne me fait pas vibrer. Mon cœur humain ne peut pas être en adoration devant un concept abstrait ou une vue de l'esprit qui ne génère ni chaleur, ni émotion, ni passion. Je ne veux pas non plus figer ce grand mystère pour de bon sous une forme ou sous une autre, le rabaissant ainsi à l'état de créature de mon esprit. Qui suis-je moi pour décider de la forme de l'Éternel(le) ?

Néanmoins... Je ne suis qu'un être humain. Aussi pour ce matin...

Pardonnes-moi Elohîms, mais pour t'aimer il faut bien que je t'associe un visage ou au moins un nom. Que tu sois mon père ou ma mère, ou les deux tout-à la fois. Et cela, même si je sais que cette représentation ne sera jamais parfaite, ni ne pourra t'approcher ou te définir ne serait-ce que d'un iota. Car Tu est tellement plus, ô Éternel(le), que ce que nous ne pourrons jamais imaginer. Et en ce jour, ou nous autres mortel(le)s, qui aimons tendrement celles qui nous ont porté(e)s, nous avons décidé de dédier à nos mère, c'est à la Mère que Tu es pour tout ce qui vie, pour tout ce qui est, que nous voulons dire notre amour pour Toi, que nous voulons prier notre amour pour Toi, que nous voulons chanter notre amour pour Toi. Amen
Luc Bouchard, webmestre de Saint-Pierre & Pinguet

Culte du dimanche 1er mai 2011
2e dimanche de Pâques « A »

Lectures bibliques (TOB) :

1 Pierre 1:3-9

Action de grâce pour la révélation du salut en Jésus Christ
3Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ :
      dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître
      pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ
      d'entre les morts,
4pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir ;
      cet héritage vous est réservé dans les cieux,
5à vous que la puissance de Dieu garde par la foi
      pour le salut prêt à se révéler au moment de la fin.
6Aussi tressaillez-vous d'allégresse
      même s'il faut que, pour un peu de temps,
      vous soyez affligés par diverses épreuves,
7afin que la valeur éprouvée de votre foi -
      beaucoup plus précieuse que l'or périssable qui pourtant
      est éprouvé par le feu - obtienne louange, gloire et honneur
      lors de la révélation de Jésus Christ,
8Lui que vous aimez sans l'avoir vu,
      en qui vous croyez sans le voir encore ;
      aussi tressaillez-vous d'une joie ineffable et glorieuse,
9en remportant, comme prix de la foi, le salut de vos âmes.

Jean 20:19-31

Les disciples voient le Seigneur
19Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d'eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. » 20Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie. 21Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie. » 22Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit Saint ; 23ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »

Le témoignage des disciples et la foi
24Cependant Thomas, l'un des Douze, celui qu'on appelle Didyme, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25Les autres disciples lui dirent donc : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur répondit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n'enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n'enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ! » 26Or huit jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d'eux et leur dit : « La paix soit avec vous. » 27Ensuite il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d'être incrédule et deviens un homme de foi. » 28Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu. » 29Jésus lui dit : « Parce que tu m'as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »

Le dessein de l'évangéliste
30Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d'autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. 31Ceux-ci l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.



Prédication :

Appelé et non appelé Dieu sera là
[Vocatus atque non vocatus deus aderit]

Salutations
« Voici venir le joli mois, l'alouette plante le mai;
voici venir le joli mai, l'alouette le plante;
vous plaîrait-il de vous lever pour nous donner à boire ? »

Voici venir le joli mai
- chanson de quête bourguignonne
© 1976 trad | adapt arr Malicorne

Dans l'esprit de bon nombre de nos contemporains, Pâques n'est désormais plus que la fête du printemps. Voici venu le joli mai. Ce résidu de notre société post-chrétienne est en fait le terreau dans lequel la solennité de la résurrection s'est développée. La renaissance saisonnière du printemps n'est-elle pas comme une catéchèse corporelle, un enseignement qui s'adresse à toutes les dimensions de notre être, au niveau cellulaire même, plus primordial et, on pourrait dire sans se tromper, un préalable incontournable à toute élaboration théologique ou spirituelle par des paroles et des concepts sur la vie, la mort et la résurrection.

Me revient ici à l'esprit cette phrase que le psychanalyste suisse Carl Gustav Jung avait gravé dans la pierre au-dessus de l'entrée de sa résidence : « Appelé, non appelé, Dieu néanmoins sera là / Vocatus atque non vocatus deus aderit. » Dans une correspondance de 1960 il dit avoir trouvé cette inscription dans un recueil d'adages du 16e siècle rassemblés par l'humaniste et théologien Érasme. Elle proviendrait de l'oracle de Delphes, dans la Grèce antique, et signifierait que « la divinité sera bien présente en ce lieu, mais sous quelle forme et pour quelle fin demeure une question ouverte ». Jung, fils de pasteur, affirmait aussi : « J'ai mis l'inscription à cet endroit pour rappeler à mes patients tout autant qu'à moi-même que Timor dei initium sapiente / la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ». Ainsi se posait selon lui la question de Dieu lui-même, la question ultime de toute existence.

La recherche scientifique nous a fait comprendre que les Évangiles sont des assemblages de sentences et de récits considérés comme particulièrement significatifs par des communautés de foi. Au gré des sensibilités, des contextes particuliers et des circonstances imprévues et uniques de leur histoire, ce montage nous a été transmis à la fois comme un témoignage au sujet de Jésus mais aussi comme un « point de contact », une porte - un portail dirait les habitués d'Internet - ou encore mieux un « corpus » de textes qui donnent une densité, une forme, un corps à Jésus Christ, Lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore.

Cette réalité de Dieu, qu'elle soit appelée ou non dans notre société, était une donnée incontournable pour le psychanalyste suisse comme elle l'est pour le croyant contemporain. Disciples de Jésus à l'instar de nos illustres prédécesseurs assemblés 8 jours plus tard... toutes portes verrouillées, nous sommes invités à rendre explicite la réalité divine d'abord dans notre cœur, puis dans notre entendement et enfin dans notre comportement. Pour arriver à cela l'Écriture donne, de façon mystérieuse mais néanmoins efficace, forme au corps du Ressuscité; et il nous est dit comme à Thomas : Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d'être incrédule et deviens un homme de foi. C'est dorénavant au moyen de la Parole transmise par l'Écriture, de la Parole en actes des sacrements, que Jésus prolonge et perpétue littéralement sa présence, qu'on peut presque le toucher, par la foi : Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d'entre les morts.

Appelé et non appelé, Dieu est certainement présent. Cette présence n'est pas le fruit de notre appel, de nos prières, de notre justice, de notre rectitude, mais l'initiative de Dieu, source et finalité de tout le cosmos. L'Évangile conclut ainsi : Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d'autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. Ceux-ci l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom. Ce dont le printemps témoigne de façon intense mais diffuse et inexplicable, la résurrection de Jésus attestée par la parole transmise le prolonge et l'explicite. Nous, les humains, la création, le temps et l'histoire, sommes destinés : pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir; cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut prêt à se révéler au moment de la fin.

Appelé et non appelé, Dieu est certainement présent. Dans le ressuscité sa présence surabonde. Parce que tu m'as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. En ce joli mois, ce joli mai, et pour tous les printemps qui nous seront donnés dans la bienveillance divine, nous sommes conviés à reconnaître la présence salvifique de Dieu qui fait déboucher toute vie dans Sa plénitude. À notre tour et de tout notre cœur exclamons-nous : Mon Seigneur et mon Dieu. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 24 avril 2011
dimanche de Pâques « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Actes 10:34-43

Le discours de Pierre chez Corneille
34Alors Pierre ouvrit la bouche et dit : « Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial, 35et qu'en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. 36Son message, il l'a envoyé aux Israélites : la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous les hommes.
37« Vous le savez. L'événement a gagné la Judée entière ; il a commencé par la Galilée, après le baptême que proclamait Jean ; 38ce Jésus issu de Nazareth, vous savez comment Dieu lui a conféré l'onction d'Esprit Saint et de puissance ; il est passé partout en bienfaiteur, il guérissait tous ceux que le diable tenait asservis, car Dieu était avec lui.
39« Et nous autres sommes témoins de toute son œuvre sur le territoire des Juifs comme à Jérusalem. Lui qu'ils ont supprimé en le pendant au bois, 40Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et il lui a donné de manifester sa présence, 41non pas au peuple en général, mais bien à des témoins nommés d'avance par Dieu, à nous qui avons mangé avec lui et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts. 42Enfin, il nous a prescrit de proclamer au peuple et de porter ce témoignage : c'est lui que Dieu a désigné comme juge des vivants et des morts ; 43c'est à lui que tous les prophètes rendent le témoignage que voici : le pardon des péchés est accordé par son Nom à quiconque met en lui sa foi. »

Colossiens 3:1-4

1Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; 2c'est en haut qu'est votre but, non sur la terre. 3Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. 4Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

Matthieu 28:1-10

Jésus n'est plus au tombeau
1Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent voir le sépulcre. 2Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre : l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus. 3Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme neige. 4Dans la crainte qu'ils en eurent, les gardes furent bouleversés et devinrent comme morts. 5Mais l'ange prit la parole et dit aux femmes : « Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. 6Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit ; venez voir l'endroit où il gisait. 7Puis, vite, allez dire à ses disciples : "Il est ressuscité des morts, et voici qu'il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez." Voilà, je vous l'ai dit. » 8Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. 9Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s'approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui. 10Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront. »



Prédication :

Je est un Autre... *

...Ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut... là où se trouve le Christ... votre but... Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. (Selon Colossiens 3) Christ est ressuscité... Aussi invraisemblable que la chose puisse sembler à notre raison raisonnante, tels ainsi à ces gardes paralysés de peur, sous le choc du tremblement de terre et de l'éclair angélique qui roule la pierre. Comme la plupart des soldats du monde, ils sont les bras d'une volonté de pouvoir, de contrôle et de gain qui ne peut tolérer l'arbitraire d'un ordre du monde axé sur l'onction d'Esprit Saint et de puissance ; à l'instar de Jésus qui est passé partout en bienfaiteur, qui guérissait tous ceux que le diable tenait asservis, car Dieu était avec lui. Comme ils nous ressemblent ces gardes : comme eux pour gagner notre pitance nous servons l'Empire qui nous opprime et nous cajole tout à la fois, déviant l'espérance des cœurs dans la consommation sans fin et du même coup épuisant les ressources vivantes de notre planète, pillée, spoliée, crucifiée.

Les deux Marie quant à elles sont fébriles, elles quittent vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle. Elles avaient suivi celui qu'ils ont supprimé en le pendant au bois, et que Dieu a ressuscité le troisième jour et lui a donné de manifester sa présence selon les mots du livre des Actes. Elles sont venues, animées par leur affection pour Jésus et découvrent avec stupéfaction autant qu'euphorie que l'intuition de leur cœur disait vrai : vous cherchez Jésus, le crucifié. Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit ; venez voir l'endroit où il gisait; vite, allez dire à ses disciples : "Il est ressuscité des morts, et voici qu'il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez.

Ce matin de Pâques, comme en fait tous les matins du monde, nous replace devant un choix : celui de la vraisemblance auto contrôlée ou celui de l'accueil d'une présence qui m'habite et à laquelle quotidiennement je m'éveille à un nouveau moi-même, plus authentique et réel que tous les rôles sociaux et les fonctions professionnelles qui nous identifient. Dans ce « Je » je me découvre « Autre » et cet autre est le Tout-Autre divin qui rejoint et unifie de l'intérieur toute la réalité, ce que l'Écriture décrit comme ce qui est en haut... là où se trouve le Christ... votre but... C'est dans cet espace unique, là où votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu, comme le mentionne la lettre aux Colossiens, que le croyant communie véritablement avec toutes les réalités humaines de transformation, de libération, de justice et d'intégrité, aussi profanes et séculières soient-elles.

Selon Hubert Reeves, écologiste et physicien québécois, il est primordial de tout mettre en oeuvre pour respecter notre environnement et sa diversité biologique. Pourquoi ? Parce que toutes les créatures ont le droit d'exister, parce que cette diversité est une richesse essentielle à l'évolution et parce qu'elle constitue un potentiel économique et médical inégalé pour l'être humain! http://www.jourdelaterre.org/

L'usage veut que le Jour de la terre, on plante un arbre pour affirmer notre lien indissociable à la terre, pour exprimer que le labeur humain peut et doit être source de vie, pour proclamer que nous n'avons d'avenir comme humanité que si nous prenons réellement à cœur le bien-être de tous les vivants..

Cette année le 22 avril, jour de la terre, c'était pour nous le Vendredi saint. En ce jour sombre un arbre a été planté dans le sol, la main de l'homme a ouvragé un bois qui porte, par la mort d'un, la mort et la destruction de tous, de l'humanité et des espérances de béatitudes, du projet de l'auteur de la nature. Mais ce bois taillé en potence, il est signe du paradoxe, d'où s'écoule la sève de la vie nouvelle : c'est le sang versé, transfusion de vitalité et d'un printemps éternel où tout peut recommencer au cœur de qui se laisse habiter. Comme le disait bellement le prêtre et mystique Maurice Zundel :

« L'Évangile nous annonce un Dieu fragile et désarmé remis entre nos mains. Si je pouvais résumer toute ma foi, elle est vraiment là : je crois à cette Vie d'un Autre en moi, je crois au risque infini de Dieu, je crois à la tragédie éternelle de l'Amour crucifié, je crois à la fragilité de Dieu parce que, s'il n'y a rien de plus fort que l'amour, il n'y a rien de plus fragile. Dieu fragile, c'est la donnée la plus émouvante, la plus bouleversante, la plus neuve et la plus essentielle de l'Évangile : un Dieu fragile est remis entre nos mains, un Dieu fragile est confié à notre conscience. Dieu fragile et désarmé, tellement que c'est à nous de Le protéger contre nous-mêmes. C'est là la lumière de la Croix : Dieu meurt d'Amour pour ceux qui refusent obstinément de L'aimer. »

C'est cet Évangile de la résurrection possible qui nous rassemble à nouveau ce matin. "Il est ressuscité des morts, et voici qu'il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez. Allons dans « nos » Galilée, le pays de notre vie réel : c'est là qu'il nous attend et que nous le verrons. Amen.

* « Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu'ils ignorent tout à fait ! » Arthur Rimbaud Lettre à Georges Izambard dite lettre du Voyant (13 mai 1871)

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 10 avril 2011
5e dimanche du Carême « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Ézéchiel 37:1-14

La vision des ossements
1La main du SEIGNEUR fut sur moi ; il me fit sortir par l'esprit du SEIGNEUR et me déposa au milieu de la vallée : elle était pleine d'ossements. 2Il me fit circuler parmi eux en tout sens ; ils étaient extrêmement nombreux à la surface de la vallée, ils étaient tout à fait desséchés. 3Il me dit : « Fils d'homme, ces ossements peuvent-ils revivre ? » Je dis : « Seigneur DIEU, c'est toi qui le sais ! » 4Il me dit : « Prononce un oracle contre ces ossements ; dis-leur : Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur. 5Ainsi parle le Seigneur DIEU à ces ossements : Je vais faire venir en vous un souffle pour que vous viviez. 6Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître sur vous de la chair, j'étendrai sur vous de la peau, je mettrai en vous un souffle et vous vivrez ; alors vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR. » 7Je prononçai l'oracle comme j'en avais reçu l'ordre ; il y eut un bruit pendant que je prononçais l'oracle et un mouvement se produisit : les ossements se rapprochèrent les uns des autres. 8Je regardai : voici qu'il y avait sur eux des nerfs, de la chair croissait et il étendit de la peau par-dessus ; mais il n'y avait pas de souffle en eux. 9Il me dit : « Prononce un oracle sur le souffle, prononce un oracle, fils d'homme ; dis au souffle : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Souffle, viens des quatre points cardinaux, souffle sur ces morts et ils vivront. » 10Je prononçai l'oracle comme j'en avais reçu l'ordre, le souffle entra en eux et ils vécurent ; ils se tinrent debout : c'était une immense armée.
11Il me dit : « Fils d'homme, ces ossements, c'est toute la maison d'Israël. Ils disent : "Nos ossements sont desséchés, notre espérance a disparu, nous sommes en pièces." 12C'est pourquoi, prononce un oracle et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Je vais ouvrir vos tombeaux ; je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur le sol d'Israël. 13Vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR quand j'ouvrirai vos tombeaux, et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple. 14Je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez ; je vous établirai sur votre sol ; alors vous connaîtrez que c'est moi le SEIGNEUR qui parle et accomplis - oracle du SEIGNEUR. »

Romains 8:6-11

6la chair tend à la mort, mais l'Esprit tend à la vie et à la paix. 7Car le mouvement de la chair est révolte contre Dieu ; elle ne se soumet pas à la loi de Dieu ; elle ne le peut même pas. 8Sous l'empire de la chair on ne peut plaire à Dieu.9Or vous, vous n'êtes pas sous l'empire de la chair, mais de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas. 10Si Christ est en vous, votre corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l'Esprit est votre vie à cause de la justice. 11Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous.

Jean 11:1-45

Jésus rend la vie à un mort
1Il y avait un homme malade ; c'était Lazare de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. 2Il s'agit de cette même Marie qui avait oint le Seigneur d'une huile parfumée et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux ; c'était son frère Lazare qui était malade. 3Les sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
4Dès qu'il l'apprit, Jésus dit : « Cette maladie n'aboutira pas à la mort, elle servira à la gloire de Dieu : c'est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié. » 5Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare.6Cependant, alors qu'il savait Lazare malade, il demeura deux jours encore à l'endroit où il se trouvait. 7Après quoi seulement, il dit aux disciples : « Retournons en Judée. » 8Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment encore les Juifs cherchaient à te lapider ; et tu veux retourner là-bas ? » 9Jésus répondit : « N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche de jour, il ne trébuche pas parce qu'il voit la lumière de ce monde ; 10mais si quelqu'un marche de nuit, il trébuche parce que la lumière n'est pas en lui. »
11Après avoir prononcé ces paroles, il ajouta : « Notre ami Lazare s'est endormi, mais je vais aller le réveiller. » 12Les disciples lui dirent donc : « Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé. » 13En fait, Jésus avait voulu parler de la mort de Lazare, alors qu'ils se figuraient, eux, qu'il parlait de l'assoupissement du sommeil. 14Jésus leur dit alors ouvertement : « Lazare est mort, 15et je suis heureux pour vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui ! » 16Alors Thomas, celui que l'on appelle Didyme, dit aux autres disciples : « Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui. »
17À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau ; il y était depuis quatre jours déjà. 18Comme Béthanie est distante de Jérusalem d'environ quinze stades, 19beaucoup de Juifs étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère. 20Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie était assise dans la maison. 21Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 22Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » 23Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » 24- « Je sais, répondit-elle, qu'il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour. » 25Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; 26et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » 27- « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » 28Là-dessus, elle partit appeler sa sœur Marie et lui dit tout bas : « Le Maître est là et il t'appelle. » 29À ces mots, Marie se leva immédiatement et alla vers lui. 30Jésus, en effet, n'était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe l'avait rencontré. 31Les Juifs étaient avec Marie dans la maison et ils cherchaient à la consoler. Ils la virent se lever soudain pour sortir, ils la suivirent : ils se figuraient qu'elle se rendait au tombeau pour s'y lamenter. 32Lorsque Marie parvint à l'endroit où se trouvait Jésus, dès qu'elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » 33Lorsqu'il les vit se lamenter, elle et les Juifs qui l'accompagnaient, Jésus frémit intérieurement et il se troubla. 34Il dit : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils répondirent : « Seigneur, viens voir. » 35Alors Jésus pleura ; 36et les Juifs disaient : « Voyez comme il l'aimait ! » 37Mais quelques-uns d'entre eux dirent : « Celui qui a ouvert les yeux de l'aveugle n'a pas été capable d'empêcher Lazare de mourir. » 38Alors, à nouveau, Jésus frémit intérieurement et il s'en fut au tombeau ; c'était une grotte dont une pierre recouvrait l'entrée. 39Jésus dit alors : « Enlevez cette pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il doit déjà sentir... Il y a en effet quatre jours... »40Mais Jésus lui répondit : « Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » 41On ôta donc la pierre. Alors, Jésus leva les yeux et dit : « Père, je te rends grâce de ce que tu m'as exaucé.42Certes, je savais bien que tu m'exauces toujours, mais j'ai parlé à cause de cette foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. » 43Ayant ainsi parlé, il cria d'une voix forte : « Lazare, sors ! »44Et celui qui avait été mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes, et le visage enveloppé d'un linge. Jésus dit aux gens : « Déliez-le et laissez-le aller ! »
45Beaucoup de ces Juifs qui étaient venus auprès de Marie et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.



Prédication :

Alors Jésus pleura

Ces trois lectures nous parlent de résurrection, de la victoire de la vie sur la mort. Mort que nous croyons toute puissante en ce monde.

La Mort existe-t-elle ? Je veux dire, en elle-même en tant que créature, telle La Grande Faucheuse de carnaval, monstrueuse et squelettique, toute vêtue de noir que nous imaginons et même dans une certaine mesure déifions ? Ce concept de mort a-t-il une substance en lui-même ? Et partant de là, la mort est-elle nécessaire à la vie ? Lui est-elle indissociable comme le côté pile d'une pièce de monnaie l'est à son côté face ?...

Voilà comment j'avais commencé à écrire cette prédication, abordant ce sujet pourtant sensible d'une manière plutôt théorique.

Oh! J'étais bien parti, j'en étais à deux pages, où je tentais de faire la preuve par écrits bibliques interposés que la mort n'était qu'une illusion avec laquelle nous autres, pauvres mortels que nous sommes, embarrassions nos vies inutilement. Je pensais pouvoir expliquer avec des mots froids comme... la mort, que cette illusion n'était pas le destin que le Seigneur avait prévu pour nous et qu'il fallait voir les choses autrement.

Je m'étais rendu compte, par exemple, que le mot "mort" n'apparaît jamais dans l'épisode du Champs des Ossements, et que lorsqu'il ressuscite les morts, que ce soit la fille de Jaïros (Marc 5:21-43, Luc 8:40-56 et Matthieu 9:18-26) dans une autre lecture, ou Lazare dans celle de ce matin, Jésus dit qu'ils dorment ou qu'il va les réveiller. Comme s'ils étaient toujours vivants. Ma curiosité avait été piquée et j'entrevoyais des développements intéressants.

J'en étais donc à deux pages, développant autour de ces idées des théories... aussi réconfortantes et utiles qu'un Mr. Freez quand on espère l'autobus par -20°, et j'étais plutôt fier de mes petites trouvailles quand soudainement... je n'ai plus su quoi écrire.

Mes belles idées se mettaient à tourner en rond et j'étais confronté à des contradictions que je ne parvenais pas à résoudre. Je me suis dit alors « Bof! C'est pas grave! J'ai qu'à laisser ça reposer. J'y verrai plus clair demain. Après tout, j'ai quatre semaines pour m'occuper de ça. Y-a rien qui presse. »

Mais le lendemain j'étais toujours bloqué, et le jour suivant aussi, et le jour après. Au bout de deux semaines je commençais à m'inquiéter sérieusement, me faisant la réflexion qu'il était heureux que je n'aie pas à fournir une prédication à toutes les semaines. Je commençais aussi à éprouver du dégoût pour ce que j'avais écris, comprenant vaguement à quel point cette approche d'un sujet aussi grave et sensible était superficielle. Un passage des lectures me revenait sans cesse à l'esprit aussi, c'est le verset 35 de la 3e lecture de ce matin : Alors Jésus pleura. Je savais que cette petite phrase, ces trois mots, était importante. Mais je ne voyais pas comment j'allais bien pouvoir l'intégrer au texte sans âme que j'étais en train d'essayer de pondre.

Et puis un soir, alors que je séchais encore sur cette prédication de malheur, obsédé par la vision de Jésus pleurant et à pester contre moi-même, j'ai décidé d'aller faire un petit tour sur Internet, histoire de me changer les idées. Je suis alors tombé sur un article intitulé : «Je viens d'un village qui n'existe plus ». Il s'agit de Minamisanriku une petite ville portuaire de 18 000 habitants, qui a été pratiquement rasée par le tsunami le 11 mars dernier. En voici quelques extraits :

« Jin Sato, le maire de la ville, a vue la vague arriver, jaune, énorme, charriant des tonnes de débris. Elle s'est abattue avec fracas sur l'hôtel de ville, un édifice de quatre étages. Jin Sato s'est accroché de toutes ses forces à la rampe d'escalier qui grimpait jusqu'au toit. Ils étaient trente, terrorisés par l'eau qui arrachait tout sur son passage. Vingt ont été emportés par les flots furieux, dix ont survécu. »

***

« ...le nombre de morts. Trois cent vingt-deux. Des corps péniblement extirpés des décombres. Un à un. Combien de vivants ? "Je l'ignore", répond le maire. Combien de disparus ? "Aucune idée." »

***

«Yukie Sato, aussi, a lutté pour sa survie. Elle était dans son bureau quand le tremblement de terre a secoué le village. Elle s'est précipitée au centre d'évacuation avec des collègues, mais elle s'est vite rendu compte que le bâtiment n'était pas assez haut.

La vague enflait et s'abattait à une vitesse folle sur le village. "Tout le monde paniquait", raconte Yukie. Elle a couru vers la montagne, couru comme une perdue, haut, toujours plus haut, jusqu'au bout de son souffle, aveuglée par la panique. L'eau a même touché ses pieds.

Et sa fille ? Elle lui lance un regard attendri et pose sa main sur ses genoux. Elle n'a que 14 ans. Le 11 mars, elle était à l'école, construite dans les hauteurs.»

( Je viens d'un village qui n'existe plus. Par Michèle Ouimet, envoyée spéciale - La Presse - 25 mars 2011 )

Alors Jésus pleura. J'avais la larme à l'œil en lisant cela et j'ai pensé que je ne pourrais jamais dire la prédication que j'étais en train de préparer en regardant Jin, Yukie et sa fille dans les yeux. Pas plus que je ne le pourrais à mes frères et sœurs plus proches de moi, ici en cette église qui ont récemment perdu des proches ou qui craignent pour la vie de ceux ci. Non, je ne peux pas le faire, et je ne le ferai pas.

Je dirai plutôt ceci :


Mort, ô puissante Mort, écoute ma voix.

J'ai peur de toi, car tu peux m'emporter quand bon te semblera.

Je frémis à cause de toi, car tu peux prendre mes proches quand tu le désires et comme tu le désires, m'arrachant ainsi le cœur par petits bouts et me laissant brisé(e) de chagrin et de solitude.

Je te crains, car tu te gaves de mes semblables sans distinctions partout en ce monde, ne laissant derrière toi qu'un tableau horrible dans sa cruelle absurdité.

Tu es puissante ô Mort, mais voici; je te défie.

Moi, faible petit homme, faible petite femme mortel(le), je refuse ta loi, car je ne t'aime pas.

Je refuse de t'accepter, d'accepter l'idée que tu sois nécessaire à la vie et qu'on ne puisse en passer que par toi.
Je refuse d'être complice avec toi.

J'ai peur de toi oui, mais le Seigneur est derrière moi et d'une voix puissante il me dit : "Prononce un oracle contre ces ossements", et les morts se lèvent.

Il me dit aussi : "Je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez." et les morts sont vivants.

Et encore ceci : "Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous."

Et je le crois, car au delà de ces promesses et de ces visions, et avant même que notre Seigneur dise "Lazare, sors ! "...

Avant même cela, "Alors Jésus pleura", car Il nous aime,
et qu'Il est le Chemin et la Vie.

Amen.

Luc Bouchard, webmestre de Saint-Pierre & Pinguet


Culte du dimanche 3 avril 2011
4e dimanche du Carême « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Jean 9:1-41

La guérison d'un aveugle
1En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. 2Ses disciples lui posèrent cette question : « Rabbi, qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » 3Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! 4Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m'a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; 5aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
6Ayant ainsi parlé, Jésus cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l'appliqua sur les yeux de l'aveugle ; 7et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » - ce qui signifie Envoyé. L'aveugle y alla, il se lava et, à son retour, il voyait.
8Les gens du voisinage et ceux qui auparavant avaient l'habitude de le voir - car c'était un mendiant - disaient : « N'est-ce pas celui qui était assis à mendier ? » 9Les uns disaient : « C'est bien lui ! » D'autres disaient : « Mais non, c'est quelqu'un qui lui ressemble. » Mais l'aveugle affirmait : « C'est bien moi. » 10Ils lui dirent donc : « Et alors, tes yeux, comment se sont-ils ouverts ? » 11Il répondit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, m'en a frotté les yeux et m'a dit : "Va à Siloé et lave-toi." Alors moi, j'y suis allé, je me suis lavé et j'ai retrouvé la vue. » 12Ils lui dirent : « Où est-il, celui-là ? » Il répondit : « Je n'en sais rien. »
13On conduisit chez les Pharisiens celui qui avait été aveugle. 14Or c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 15À leur tour, les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit : « Il m'a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé, je vois. » 16Parmi les Pharisiens, les uns disaient : « Cet individu n'observe pas le sabbat, il n'est donc pas de Dieu. » Mais d'autres disaient : « Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d'opérer de tels signes ? » Et c'était la division entre eux. 17Alors, ils s'adressèrent à nouveau à l'aveugle : « Et toi, que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux ? » Il répondit : « C'est un prophète. » 18Mais tant qu'ils n'eurent pas convoqué ses parents, les Juifs refusèrent de croire qu'il avait été aveugle et qu'il avait recouvré la vue. 19Ils posèrent cette question aux parents : « Cet homme est-il bien votre fils dont vous prétendez qu'il est né aveugle ? Alors comment voit-il maintenant ? » 20Les parents leur répondirent : « Nous sommes certains que c'est bien notre fils et qu'il est né aveugle. 21Comment maintenant il voit, nous l'ignorons. Qui lui a ouvert les yeux ? Nous l'ignorons. Interrogez-le, il est assez grand, qu'il s'explique lui-même à son sujet ! » 22Ses parents parlèrent ainsi parce qu'ils avaient peur des Juifs. Ceux-ci étaient déjà convenus d'exclure de la synagogue quiconque confesserait que Jésus est le Christ. 23Voilà pourquoi les parents dirent : « Il est assez grand, interrogez-le. »
24Une seconde fois, les Pharisiens appelèrent l'homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » 25Il leur répondit : « Je ne sais si c'est un pécheur ; je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle et maintenant je vois. » 26Ils lui dirent : « Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ? » 27Il leur répondit : « Je vous l'ai déjà raconté, mais vous n'avez pas écouté ! Pourquoi voulez-vous l'entendre encore une fois ? N'auriez-vous pas le désir de devenir ses disciples vous aussi ? » 28Les Pharisiens se mirent alors à l'injurier et ils disaient : « C'est toi qui es son disciple ! Nous, nous sommes disciples de Moïse. 29Nous savons que Dieu a parlé à Moïse tandis que celui-là, nous ne savons pas d'où il est ! » 30L'homme leur répondit : « C'est bien là, en effet, l'étonnant : que vous ne sachiez pas d'où il est, alors qu'il m'a ouvert les yeux ! 31Dieu, nous le savons, n'exauce pas les pécheurs ; mais si un homme est pieux et fait sa volonté, Dieu l'exauce. 32Jamais on n'a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle de naissance. 33Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » 34Ils ripostèrent : « Tu n'es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon ! » ; et ils le jetèrent dehors.
35Jésus apprit qu'ils l'avaient chassé. Il vint alors le trouver et lui dit : « Crois-tu, toi, au Fils de l'homme ? » 36Et lui de répondre : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » 37Jésus lui dit : « Eh bien ! Tu l'as vu, c'est celui qui te parle. » 38L'homme dit : « Je crois, Seigneur » et il se prosterna devant lui. 39Et Jésus dit alors : « C'est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. » 40Les Pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Est-ce que, par hasard, nous serions des aveugles, nous aussi ? » 41Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais à présent vous dites "nous voyons" : votre péché demeure.



Prédication :

Étonnant, vous ne savez pas d'où il est
et lui m'a ouvert les yeux!

Ce long passage au chapitre 9 de l'évangile de Jean se déroule un peu à la façon d'une pièce de théâtre. On pourrait aisément en tirer un épisode de la décapante série animée Les Simpson, bien sûr post-synchronisée au Québec avec les voix, les accents typiques de nos comédiens d'ici dans une transposition culturelle accrocheuse qui en a fait un succès télévisuel et a même reçu des félicitations du Vatican. Et pourquoi pas un épisode de la Petite Vie, bien que ce genre de satire religieuse mettant en vedette Môman et Pôpa Paré risquerait d'être considéré irrévérencieux sinon frôlant le blasphème par des personnes plus classiques dans l'expression de leurs croyances religieuses et leurs dévotions.

En fait, l'épisode, oups, excusez-moi, le passage d'aujourd'hui peut se découper en quatre actes ou sections, ce qui pourrait laisser place entre chacune, soit à une pause publicitaire, mais pour nous plutôt à un temps de réflexion et d'appropriation. Je vous invite d'ailleurs au cours de la semaine à reprendre ce texte et à le méditer ainsi. Donc le 1er acte : (1-7) la guérison et (8-12) son constat par le voisinage; le 2e acte : (13-15) le témoignage de l'ex-aveugle, (16-17) la perplexité des autorités et (18-23) l'authentification par la famille; le 3e acte : (24-34) le conflit de l'interprétation entre le miraculé et les théologiens et dévots; et enfin le 4e et dernier acte (32-41) la confession de foi et le renversement des certitudes.

... qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ? D'où viennent les infirmités et les autres souffrances subies sur terre? Ne sont-elles pas la rétribution d'une faute? Tentatives d'explication de cause à effet élémentaires, attestées depuis l'antiquité et qu'on retrouve encore de nos jours dans certaines expressions dites de sagesse ou de religiosité populaires : on se « doit » de trouver une raison. Je peux vous dire d'expérience que les géniteurs basculent eux-mêmes souvent dans un tel questionnement ultimement stérile, comme un processus psychologique d'auto culpabilisation et en même temps une tentative de faire sens de ce qui à prime abord n'en a pas. ... C'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui... je suis la lumière du monde... Le numéro mars-avril de la revue Aujourd'hui Credo nous offre une réflexion sur la personne handicapée comme messagère de Dieu, affirmation qui concorde avec cette lumière qui entre non seulement dans le corps mais dans le cœur du mendiant qui a reçu le don par excellence : une connexion vivante avec la lumière divine. C'est bien moi... j'y suis allé, je me suis lavé et j'ai retrouvé la vue. Fin du premier acte.

Début du 2e acte : si les choses étaient aussi simples n'est-ce pas? Mais guérir avec de la bouette est une pratique illégale de la médecine et le faire un jour de repos obligatoire est un affront à la religion divine. Le miracle, une combinaison des deux domaines réservés aux savants reconnus et licenciés officiellement, est l'affront suprême à ces corporations. Cet individu n'observe pas le sabbat, il n'est donc pas de Dieu. Logique n'est-ce pas? Ce court-circuitage intellectuel est encore fréquent de nos jours dans les domaines politiques, financiers, militaires : malgré le gros bon sens formulé ainsi Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d'opérer de tels signes?, une partie importante des pharisiens - et déterminante selon le déroulement de la pièce - ne peut accréditer ce qu'ils ne contrôlent pas. Imaginez, si Dieu se met à intervenir en dehors des sentiers battus où s'en va la religion. Tout le monde va se croire prêtre et s'improviser prophète. Pas content de la réponse de l'ex-aveugle qui spontanément voit plus clair qu'eux - C'est un prophète - ils cherchent un moyen de légitimer leur suspicion et de réfuter l'évidence. Entre les parents - on imagine Timé et Jacqueline de la Petite Vie - écrasés et craintifs face à cette convocation officielle - qui font tout pour ne pas se compromettre, au risque de laisser tomber leur enfant. Ce côté "boulevard" peut faire sourire mais, transposé dans un nombre incalculable de trahisons et d'abandons, il nous fait plutôt profondément honte. Une sorte d'écho par anticipation des paroles de Simon Pierre au prétoire : ... je ne le connais pas .

Acte 3 : échanges verbaux dignes des réparties de Molière; on croirait presque un duel oratoire où déclarations, injures et coups de bâtons pleuvent : Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur... - je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle et maintenant je vois... - celui-là, nous ne savons pas d'où il est !- Étonnant, vous ne savez pas d'où il est et lui m'a ouvert les yeux! Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire.- Tu n'es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon ! ils le jetèrent dehors.

Le dernier acte change radicalement de ton et nous propulse dans la tragédie. C'est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. C'est la condition humaine devant l'ultime de sa destinée qui s'y exprime : la réceptivité à l'action transformatrice de la grâce qui repose uniquement sur la bienveillance miséricordieuse et qui est accueillie avec confiance et reconnaissance - Je crois, Seigneur, et il se prosterna devant lui. Ou l'entêtement dans le contrôle et l'auto-justification, l'enfermement du Huis clos qui m'est dévoilé par l'autre ... Est-ce que, par hasard, nous serions des aveugles, nous aussi ? - Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais à présent vous dites "nous voyons" : votre péché demeure.

Ce matin, encore une fois, Christ s'approche et par la salive de la Parole et la boue de notre humanité, il nous touche pour nous redonner la vue. À vous, à moi, il demande Crois-tu, toi, au Fils de l'homme ? ... Tu l'as vu, c'est celui qui te parle. Nous le voyons par sa grâce qui nous lave de toute souillure et crée le plein jour en nous. Puisse alors notre réponse être Je crois, Seigneur et nous prosterner devant lui le Soleil de justice et de miséricorde pour l'humanité et l'univers entier. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 27 mars 2011
3e dimanche du Carême « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Jean 4:3-15

3il quitta la Judée et regagna la Galilée. 4Or il lui fallait traverser la Samarie. 5C'est ainsi qu'il parvint dans une ville de Samarie appelée Sychar, non loin de la terre donnée par Jacob à son fils Joseph, 6là même où se trouve le puits de Jacob. Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement au bord du puits. C'était environ la sixième heure. 7Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 8Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. 9Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : « Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine ! » Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains. 10Jésus lui répondit : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : "Donne-moi à boire", c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive. » 11La femme lui dit : « Seigneur, tu n'as pas même un seau et le puits est profond ; d'où la tiens-tu donc, cette eau vive ? 12Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ? » 13Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; 14mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle. » 15La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n'aie plus soif et que je n'aie plus à venir puiser ici. »

Romains 5:1-5

L'homme justifié, réconcilié et sauvé
1Ainsi donc, justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ ; 2par lui nous avons accès, par la foi, à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous mettons notre orgueil dans l'espérance de la gloire de Dieu. 3Bien plus, nous mettons notre orgueil dans nos détresses mêmes, sachant que la détresse produit la persévérance, 4la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l'espérance ; 5et l'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.



Prédication :

Avons-nous suffisamment soif de Dieu ?

Que mes paroles Seigneur soient réconfort pour mes frères et sœurs, et chemin vers Toi. Amen

Pour la vaisselle, le lavage, le bain, les repas, les vacances, pour assouvir sa soif, pour les pelouses, les incendies.et probablement que j'en oublie ! L'eau, le seul et unique élément vital de l'être humain. Et encore, nous trouvons les moyens de la gaspiller. Il fut un temps où l'eau était sacrée, vouée au respect, associée au culte par baptême. L'eau confer un degré d'importance et d'intensité largement supérieur à la moyenne.

Elle est tellement vitale, que son absence signifie la mort. Nous offrons l'eau lors d'un repas, nous nous munissons d'une bouteille quand vient l'été, les alpinistes ne partent pas sans elle et encore moins ceux et celles qui traversent le désert. L'eau diminue invariablement sur la planète et à certaines occasions elle est carrément impropre à la consommation. Aujourd'hui, Jésus vient tout juste de traverser la Samarie; un long voyage avec une température fort probablement très chaude. Il demande de l'eau pour étancher sa soif. Nous sommes ici, dans cet épisode de Jean, confrontés aux deux caractéristiques de Jésus : l'homme et le Dieu. L'homme aspire au repos et à la fraîcheur de l'eau; nous pourrions difficilement l'en blâmer ! Et comme la surprise est totale pour la Samaritaine, Jésus ne perd pas cette occasion pour un enseignement, tout à fait gratuit, soit dit en passant. Oui, l'eau donne la vie ! Mais il arrive que ce ne soit pas suffisant pour nos corps en détresse quelle que soit la raison; dans mon ancien travail d'infirmière-auxiliaire, il m'est arrivé souvent d'abreuver des malades et malgré tout, de les voir s'éteindre avec des yeux suppliants. Cette eau précieuse sert aussi à évacuer les sentiments et l'eau est le principal constituant des larmes; surprenant car les glandes lacrymales sont reliées au système nerveux. L'eau, liquide précieux, entre tous et symbole de vie. Est-ce étonnant que Jésus ait associé l'eau à cette vie éternelle ? Assurément non car il parlait de Lui-même, de sa propre personne. Les paroles de Jésus adressées à la Samaritaine, ont fait mouche et elle saisit sur le champ l'offre d'une eau qui désaltère pour toujours car Jésus n'ignore rien de sa vie. Jésus s'est adressé à une femme qui a expérimenté le rejet et le jugement; et pourtant Jésus lui voue un grand respect en tant que personne humaine. Jésus aussi connaît le rejet et le jugement; n'est-il pas homme et Dieu ? Jésus a choisi de révéler la Vie, par le biais de Sa vie, par le biais de l'élément indispensable à sa création. Il nous offre aujourd'hui l'eau vive, son Eau vive. Quelle sera notre réponse ? À travers la vie de la Samaritaine, Il nous est donné de constater toute la condition humaine. Cela ne rebute pas un Dieu, notre Dieu. Dans toute l'histoire de l'humanité, que ce soit dans l'Ancien testament ou dans le Nouveau testament, Dieu vient le premier, il offre le premier, Il se donne le premier. Quand on croit être arrivé, il faut penser qu'on a à peine débuté le voyage. Il nous faut alors nous désaltérer.

Avons-nous suffisamment soif de Dieu ? Avons-nous suffisamment soif d'éternité ? De cette éternité qui commence à cet instant même. Ici et maintenant. L'eau vive, la vie que Jésus offre, c'est aussi pour chacun et chacune d'entre nous. Amen.

Marie-Andrée Babin


Culte du dimanche 20 mars 2011
2e dimanche du Carême « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Romains 4:1-5;13-17

Abraham le croyant
1Que dirons-nous donc d'Abraham, notre ancêtre ? Qu'a-t-il obtenu selon la chair ? 2Si Abraham a été justifié par ses œuvres, il a de quoi s'enorgueillir, mais non devant Dieu ! 3En effet, que dit l'Écriture ? Abraham eut foi en Dieu, et cela lui fut compté comme justice. 4Or, à celui qui accomplit des œuvres, le salaire n'est pas compté comme une grâce, mais comme un dû. 5Par contre, à celui qui n'accomplit pas d'œuvres mais croit en celui qui justifie l'impie, sa foi est comptée comme justice.

13En effet, ce n'est pas en vertu de la loi, mais en vertu de la justice de la foi que la promesse de recevoir le monde en héritage fut faite à Abraham ou à sa descendance. 14Si les héritiers le sont en vertu de la loi, la foi n'a plus de sens et la promesse est annulée. 15Car la loi produit la colère ; là où il n'y a pas de loi, il n'y a pas non plus de transgression. 16Aussi est-ce par la foi qu'on devient héritier, afin que ce soit par grâce et que la promesse demeure valable pour toute la descendance d'Abraham, non seulement pour ceux qui se réclament de la loi, mais aussi pour ceux qui se réclament de la foi d'Abraham, notre père à tous. 17En effet, il est écrit : J'ai fait de toi le père d'un grand nombre de peuples. Il est notre père devant celui en qui il a cru, le Dieu qui fait vivre les morts et appelle à l'existence ce qui n'existe pas.

Jean 3:1-17

L'entretien avec Nicodème
1Or il y avait, parmi les Pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs. 2Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n'est pas avec lui. » 3Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » 4Nicodème lui dit : « Comment un homme pourrait-il naître s'il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? » 5Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. 6Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit. 7Ne t'étonne pas si je t'ai dit : "Il vous faut naître d'en haut" . 8Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. » 9Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? » 10Jésus lui répondit : « Tu es maître en Israël et tu n'as pas la connaissance de ces choses ! 11En vérité, en vérité, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et, pourtant, vous ne recevez pas notre témoignage. 12Si vous ne croyez pas lorsque je vous dis les choses de la terre, comment croiriez-vous si je vous disais les choses du ciel ? 13Car nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. 14Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé 15afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle. 16Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. 17Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.



Prédication :

Une connexion permanente

... Dieu qui fait vivre les morts et appelle à l'existence ce qui n'existe pas. Romains 4:17b

« Es-tu sauvé ? » m'avait demandé il y a plus de 40 ans un jeune qu'on appellerait born again. Cette question usuelle dans certains milieux chrétiens m'était alors inconnue. À la réponse « Ce n'est pas une question que je me pose », il m'avait alors répliqué : « Mais c'est comme ça que la Bible, donc Dieu te la pose. » Cet échange « religieux » m'avait laissé une étrange impression, un certain malaise. À l'époque je commençais lentement à redevenir réceptif à la dimension religieuse et à ne plus rejeter d'emblée tout ce qui avait trait aux églises et au christianisme. Qui étais-je pour ne pas formuler les choses selon le dessein de Dieu ? Mais ça ne passait pas.

Progressivement, au fil de ma lecture de la Bible, de mes échanges avec prêtres et pasteurs, de mes lectures théologiques et spirituelles et de ma formation en théologie, j'en suis arrivé à mieux saisir la toile de fond de cette question "classique" d'un certain protestantisme qui vise à départager rapidement et efficacement les agneaux du Seigneur, des brebis égarées sinon des loups dans la bergerie! L'intention est certainement louable - conduire les gens à une rencontre du Christ - mais dans mon cas ce n'est pas l'approche qui a conquis mon cœur, captivé mon esprit et mobilisé mes énergies.

Cet extrait de l'Évangile de Jean (3,1-17) est le passage de prédilection et particulièrement le verset 18, pas lu ici, qui parle de jugement pour qui ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu . En effet, la crainte de la mort éternelle, de la damnation dans des souffrances épouvantables et interminables, semble avoir été un motif puissant au fil des siècles pour amener les gens à croire et à marcher droit! Pourtant, si le témoignage des prophètes et des évangélistes mentionne la « rétribution » éternelle ce n'est, peut-on dire, que de façon accessoire et seconde. Ce qui importe c'est l'ici et maintenant de l'existence, l'émergence de la conscience que Dieu y joue un rôle bien réel, donc l'ouverture volontaire à cette présence dans une relation d'intimité qui « sauve » qui guérit, délivre et ouvre des horizons illimités.

... à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu, ou de naître d'en haut, impossible d'être « religieux », d'accéder au règne divin, sans une transformation équivalente à une seconde naissance, qui ne doit rien à la chair mais qui procède en totalité de l'Esprit. Aussi formé que soit Nicodème, notable pharisien, c'est de nuit qu'il vient à Jésus, car lui-même porte en lui son "obscurité". Comment cela peut-il se faire? s'exclame-t-il ? Tous et toutes nous avons à un moment ou un autre, sous une forme ou une autre, à vivre cette prise de conscience aiguë que nous avons atteint la limite de nos capacités, de notre savoir, de notre contrôle. Nous sommes dans la nuit privée d'étoiles.

Cet état est en soi un passage de Carême, une sorte de passion, une forme de mort. Créature finie d'une durée limitée, nos réalisations sont toujours trop courtes, nos œuvres insuffisantes et en deça des attentes. Aussi est-ce par la foi qu'on devient héritier, afin que ce soit par grâce ... à celui qui accomplit des œuvres, le salaire n'est pas compté comme une grâce, mais comme un dû. Par contre, à celui qui n'accomplit pas d'œuvres mais croit en celui qui justifie l'impie, sa foi est comptée comme justice. Cette confiance en Dieu qui établit par un amour infini une relation de salut avec moi, elle ne dépend en aucune façon de ma performance mais repose en totalité sur l'engagement du Fils, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Cette connexion établie uniquement par Celui fait vivre les morts et appelle à l'existence ce qui n'existe pas, c'est le sens de Pâques, le fondement de tout renouveau, de toute résurrection, évoqué en ce 1er jour du printemps.

Cette 2e naissance est en fait une renaissance continue, un motif spirituel, toujours à l'œuvre, d'un moment à l'autre tout au long de notre vie. C'est le message transmis à Nicodème, attesté depuis Abraham et scellé en Jésus qui repose entièrement sur l'alliance d'amour et non sur la peur du châtiment. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Pour la joie et la libération, non pour la peur ni l'exclusion. Amen.

Denis Fortin, pasteur



Culte du dimanche 6 mars 2011
Dernier dimanche de l'Épiphanie, La Transfiguration « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Exode 24:12-18

12Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Monte vers moi sur la montagne et reste là, pour que je te donne les tables de pierre : la Loi et le commandement que j'ai écrits pour les enseigner. » 13Moïse se leva, avec Josué son auxiliaire, et Moïse monta vers la montagne de Dieu, 14après avoir dit aux anciens : « Attendez-nous ici, jusqu'à ce que nous revenions à vous. Mais voici Aaron et Hour qui sont avec vous ; celui qui a une affaire, qu'il s'adresse à eux. »
15Moïse monta sur la montagne ; alors, la nuée couvrit la montagne, 16la gloire du SEIGNEUR demeura sur le mont Sinaï, et la nuée le couvrit pendant six jours. Il appela Moïse le septième jour, du milieu de la nuée. 17La gloire du SEIGNEUR apparaissait aux fils d'Israël sous l'aspect d'un feu dévorant, au sommet de la montagne. 18Moïse pénétra dans la nuée et il monta sur la montagne. Moïse resta sur la montagne quarante jours et quarante nuits.

Matthieu 17:1-9

Jésus transfiguré
1Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les emmène à l'écart sur une haute montagne. 2Il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. 3Et voici que leur apparurent Moïse et Elie qui s'entretenaient avec lui. 4Intervenant, Pierre dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. » 5Comme il parlait encore, voici qu'une nuée lumineuse les recouvrit. Et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. Écoutez-le ! » 6En entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre, saisis d'une grande crainte. 7Jésus s'approcha, il les toucha et dit : « Relevez-vous ! soyez sans crainte ! » 8Levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus, lui seul. 9Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne dites mot à personne de ce qui s'est fait voir de vous, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. »



Prédication :

La gloire du Seigneur

Les deux récits de ce jour tiennent du fantastique et ils se font évidemment écho l'un à l'autre. D'entrée de jeu les faits et l'événement qu'ils relatent échappent entièrement à l'ordre habituel des choses, à notre expérience du monde. Mais, comment pourrait-il en être autrement si on y pense le moindrement, alors qu'on tente ici de décrire une proximité avec l'être humain de la Présence qui a créé l'immensité du cosmos et le moindre atome. Dans les écritures hébraïques, le premier testament, le mot gloire [kbd] évoque le poids, l'autorité, le prestige. La manifestation de Dieu est empreinte de tout cela. Quant à la nuée, elle est un indicateur de la sphère du sacré, en quelque sorte la représentation visible de l'invisible : dans la nuée, la présence de Dieu est à la fois révélée et cachée.

L'ascension du Thabor, la préparation pendant six jours préalable à la rencontre le septième jour, puis l'entrée dans la nuée pendant quarante jours et quarante nuits, ce sont là des éléments qui indiquent que nous basculons dans une autre « dimension » de la réalité, au-delà du réel si on peut dire. Et c'est dans ce contexte que Moïse deviendra le messager de l'intégrité divine destinée aux humains, la Loi et le commandement que j'ai écrits pour les enseigner. Le dessein du SEIGNEUR ...un feu dévorant, au sommet de la montagne..., c'est de structurer par sa puissance créatrice même les rapports sociaux des humains à partir de balises qui traverseront l'histoire d'un peuple particulier pour être une référence permanente à travers les millénaires. C'est sous le mode de la nécessité, du commandement, de l'obligation que cette intention est exprimée.

Or, plusieurs siècles plus tard, sur une autre montagne - ou la même chose est débattue - c'est un descendant de Moïse le législateur messager de Dieu et d'Élie, le réformateur messager d'un retour aux sources de l'expérience fondatrice d'Israël, qui, à son tour, accède à cette zone limite de la nuée. En ce non-lieu l'espace-temps est télescopé, Dieu n'est-il pas pour reprendre la formule du théologien l'Éternel-Maintenant? L'expérience de la gloire du Seigneur est toutefois amenée ici à un niveau encore inégalé puisque ce n'est plus la loi qui est l'instrument privilégié de la rencontre de Dieu mais la personne même de cet individu hors norme, Jésus de Galilée. Il se révèle au cœur disponible comme le Christ, l'homme renouvelé pour qu'à travers lui l'humanité puisse revêtir le "divin projet" et passer ainsi de la lettre de la loi à son accomplissement dans l'Esprit.

Si votre expérience spirituelle ne vous conduit pas à une montagne, dans une nuée pour, à votre manière, percevoir la manifestation de la gloire de Dieu, votre fil intérieur n'est probablement pas bien branché dans la prise divine ! La chose est malheureusement fréquente et c'est d'ailleurs la raison d'être de ces quarante jours de la tradition du Carême que nous entamons ce mercredi : l'occasion d'aller au désert, à la montagne, de façon intérieure mais parfois aussi de façon physique, en retraite, pour sortir de l'approche dite normale des choses et se rendre réceptif à la présence du Sacré qui suinte de la matière et s'offre à ceux et celles qui cherchent avec authenticité. La rencontre spirituelle à laquelle Jésus nous convie c'est d'entendre personnellement la voix de Dieu affirmer : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. Écoutez-le ! alors que simultanément Jésus s'approche, il nous touche et dit : « Relevez-vous ! soyez sans crainte ! Par lui, avec lui et en lui nous pouvons voir la gloire de Dieu et vivre notre quotidien d'un même Souffle, pour notre joie et le renouveau de notre monde. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 27 février 2011
8e dimanche de l'Épiphanie « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Matthieu 6:24-34

Ou Dieu ou l'argent
24« Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent.

Les soucis
25« Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? 26Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent point dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? 27Et qui d'entre vous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence ? 28Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent, 29et je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux ! 30Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! 31Ne vous inquiétez donc pas, en disant : "Qu'allons-nous manger ? qu'allons-nous boire ? de quoi allons-nous nous vêtir ? " 32- tout cela, les païens le recherchent sans répit -, il sait bien, votre Père céleste, que vous avez besoin de toutes ces choses. 33Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît. 34Ne vous inquiétez donc pas pour le lendemain : le lendemain s'inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine.

Ésaïe 43:1-4

1Mais maintenant, ainsi parle le SEIGNEUR
      qui t'a créé, Jacob,
      qui t'a formé, Israël :
      Ne crains pas, car je t'ai racheté,
      je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi.
2Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi,
      à travers les fleuves, ils ne te submergeront pas.
      Si tu marches au milieu du feu, tu ne seras pas brûlé,
      et la flamme ne te calcinera plus en plein milieu,
3car moi, le SEIGNEUR, je suis ton Dieu,
      le Saint d'Israël, ton Sauveur.
      J'ai donné l'Égypte en rançon pour toi,
      la Nubie et Séva en échange de toi
4du fait que tu vaux cher à mes yeux,
      que tu as du poids et que moi je t'aime ;
      je donne donc des hommes en échange de toi,
      des populations en échange de ta personne.



Prédication :

Qui servez-vous ?

La Lectio Divina intitule sa réflexion d'aujourd'hui par le terme : « Qui servez-vous ? » Les temps modernes sont source de rapidité, d'agitation et surtout de grandes sollicitations de toutes sortes qui arrivent de toutes parts. Comment envisageons-nous cette condition de vie qui fait de nous des esclaves de la modernité et de ses éléments perturbateurs qui frappent à nos portes comme des marchands ambulants ? C'est évident, nous faisons face ici à deux solutions.

La 1ère je l'appellerais le « Je m'en foutisme »; nous nous laissons aller par la vague, nous cédons à tout et rien, nous disons oui aux sollicitations d'achats et nous acceptons invitations et engagements sans vérification, sans réflexion. Et un beau matin de février, nous réalisons que nous sommes contrôlés par tout ce que nous ne contrôlons plus. Dur réveil !

Nos inquiétudes peuvent devenir source de conflits; elles peuvent nous écarter de la réalité de notre vécu quotidien. Les inquiétudes nous rongent et souvent bousillent nos relations avec nos proches, nos amiEs, nos connaissances. Alors me direz-vous : « Comment se sortir d'un tel guêpier ? ». C'est ici que nous trouvons la 2e solution et le choix que nous faisons de notre qualité de vie. La lecture de Matthieu est parfaitement claire : « Personne ne peut servir deux maîtres. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'argent ». Et ici bien entendu, Matthieu emploie le mot argent, mais il peut facilement être remplacé par ce qui nous domine, ce qui nous contrôle. C'est fascinant de constater à quel point Matthieu met une emphase sur ce que Dieu a fait de plus beau dans toute son œuvre : les oiseaux, les fleurs et l'herbe des champs. Dieu donne la nourriture aux uns et le vêtement aux autres; et cela depuis des millénaires ! Et nous, moi la première, nous osons douter de la capacité de Dieu à combler ce dont nous avons besoin. Sommes-nous ingrats, calculateurs et sans reconnaissance ? La réponse peut être autant oui que non. Et si elle est oui, alors c'est parfait, faisons avec. Nous ne sommes que ce que Dieu a fait de nous : simplement des êtres humains avec tout ce que cela comporte. Entre vous et moi ce serait bien trop facile d'en rester là ! Néanmoins la présence de Dieu nous est acquise ainsi que l'immensité de ses bienfaits pour nous.

Par la création et par la croix, Dieu a choisi de ne pas exister sans nous et à travers nous. Dans le moment présent, il nous importe de faire le lien avec ces deux solutions; laisser faire et ignorer Dieu ou le choisir Lui, le Dieu présent et libérateur. L'ultime question serait alors celle-ci : « Quelle est la vérité pour moi aujourd'hui ? »

Lorsque nous sommes habités par des questionnements, des inquiétudes et que nous perdons le contrôle, souvenons-nous du cadeau inestimable que Dieu nous offre à chaque instant de nos vies à travers Isaïe : « J'ai donné l'Égypte en rançon pour toi, la Nubie et Séva en échange de toi, du fait que tu vaux cher à mes yeux, que tu as du prix et que moi je t'aime ».

Amen.

Marie-Andrée Babin


Culte du dimanche 20 février 2011
7e dimanche de l'Épiphanie « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Lévitique 19:1-2, 9-18

1Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : 2« Parle à toute la communauté des fils d'Israël ; tu leur diras : Soyez saints, car je suis saint, moi, le SEIGNEUR, votre Dieu.

9Quand vous moissonnerez vos terres, tu ne moissonneras pas ton champ jusqu'au bord et tu ne ramasseras pas la glanure de ta moisson ; 10tu ne grappilleras pas non plus ta vigne et tu n'y ramasseras pas les fruits tombés ; tu les abandonneras au pauvre et à l'émigré. C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu.
11Ne commettez pas de rapt, ne mentez pas, n'agissez pas avec fausseté, au détriment d'un compatriote. 12Ne prononcez pas de faux serment sous le couvert de mon nom : tu profanerais le nom de ton Dieu. C'est moi, le SEIGNEUR.
13N'exploite pas ton prochain et ne le vole pas ; la paye d'un salarié ne doit pas rester entre tes mains jusqu'au lendemain ; 14n'insulte pas un sourd et ne mets pas d'obstacle devant un aveugle ; c'est ainsi que tu auras la crainte de ton Dieu. C'est moi, le SEIGNEUR.
15Ne commettez pas d'injustice dans les jugements : n'avantage pas le faible et ne favorise pas le grand, mais juge avec justice ton compatriote ; 16ne te montre pas calomniateur de ta parenté et ne porte pas une accusation qui fasse verser le sang de ton prochain. C'est moi, le SEIGNEUR.
17N'aie aucune pensée de haine contre ton frère, mais n'hésite pas à réprimander ton compatriote pour ne pas te charger d'un péché à son égard ; 18ne te venge pas et ne sois pas rancunier à l'égard des fils de ton peuple : c'est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. C'est moi, le SEIGNEUR.

Matthieu 5:38-48

Le talion
38« Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. 39Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre. 40À qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. 41Si quelqu'un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 42À qui te demande, donne ; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos.

L'amour des ennemis
43« Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. 44Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, 45afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. 46Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense allez-vous en avoir ? Les collecteurs d'impôts eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? 47Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens n'en font-ils pas autant ? 48Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.



Prédication :

Le Talion ou l'amour des ennemis

      Le Talion ou l'amour des ennemis, voilà un dilemme qu'on nous offre constamment et de manière récurrente (pour ne pas dire écœurante) dans les Églises chrétiennes qu'elles soient protestantes, catholiques ou orthodoxes.
      Bien sûr, puisque l'amour et le pardon sont le crédo même du christianisme.
      Peut-être voit-on cela comme une corvée d'être encore soumis à un énième sermon sur l'amour que l'on doit à ceux qui nous font du mal, ou qui se conduisent d'une manière que nous réprouvons, mais s'il vous plaît, souffrez d'en entendre un encore une fois.
      Oui, on n'insistera jamais assez sur l'amour de l'ennemi car c'est un concept difficile et même haïssable, que l'on oublie facilement et rapidement au sortir du culte ou de la messe. Et pourtant, sans ce concept difficile, il n'y a pas de christianisme.
      La loi du Talion, comme les règles et lois qui, par le passé, ont eu trait au paiement des fautes, que ce soit pour de petits larcins ou pour le sang versé, ont été instituées pour éviter que les différents entre individus ne dégénèrent en bain de sang. Codifier la vengeance, car il s'agissait bien de cela et pas d'autre chose, permettait de maintenir un ordre relatif chez nos ancêtres et d'offrir à chacun et à chacune une vie qui était à peu près acceptable pour cette époque dure et violente.
      Oui, très dure même. On ne vivait pas longtemps en ce temps-là et le terme de qualité de vie y était inexistant. J'en veux pour preuve ce monologue d'un personnage du roman de Maurice Druon « Les rois maudits ». Un geôlier du Moyen Âge, plus d'un millénaire après l'époque du Christ, commente la mise à mort cruelle de deux hommes qu'on a pris à faire des « galanteries » à des princesses royales mariées. Son commentaire donne une idée assez précise de ce qu'était la vie dans un monde où on ne connaissait pas les principes de base de la médecine et de l'hygiène la plus élémentaire et où la mort était une compagne de tous les jours.
      Mais écoutez plutôt : le jugement des deux hommes à été rendu et c'est maintenant l'heure du bourreau :
« D'abord, il a fallut nettoyer les sujet. On supplicie propre chez nous. Un petit coup d'eau de vie, ça leur fait mieux battre le cœur et puis ça leur colore les joues. Et puis en route.
Une heure de beau spectacle en échange de deux vies d'homme.
Qu'est ce que c'est qu'une vie d'homme ?
L'époque est rude, sacrément rude. Une femme sur deux crève en couche, deux enfants sur trois trépassent au berceau. Et les hivers de famines et les années de peste.
Est-ce que Dieu est économe de la mort ?
Roués, écorchés vifs, châtrés, décapités. »
      Et voilà pour la loi du Talion. Et voilà pour la haine des ennemis. Et voilà pour l'horreur de la rétribution. Cette époque qui se disait pourtant chrétienne nous a donné droit aux plus terribles dérapages religieux qui soient, mais ses contemporains avaient pour eux que l'époque était dure et que la plupart des gens étaient ignorants. Ignorants même du message d'amour du Christ, car bien peu savaient lire et ceux qui le pouvaient et enseignaient, s'alignaient sur les prises de positions du pouvoir pour la plupart. Survie et intégrité physique obligent, car on vous coupait assez vite un morceau en ce temps là quand vous ne disiez pas comme le roi ou comme l'Église. Cette époque était tellement dure en fait que même le concept d'individu passait très loin derrière celui de groupe. On n'y avait pas le luxe d'être soi-même. Surtout pas quand on était un serf ou un vilain.
      Pouvons-nous en dire autant aujourd'hui ? Pas dans notre société moderne, où le plus démuni, sauf de rares exceptions, peut avoir un toit sur la tête et de quoi manger et se vêtir pourvu qu'il se donne la peine de le demander.
      Pouvons-nous encore exiger la vengeance pour les fautes commises, que ce soit à notre endroit ou à l'égard d'autres personnes ?
      Pouvons-nous prétexter l'ignorance, alors que nous, nous savons ce que l'Évangile nous commande de faire, et ce que les paroles philosophiques de sages du monde entier nous enseignent sur les conséquences de la vengeance. «Si tu veux te venger, creuse d'abord deux tombes. Une pour ton ennemis et une autre pour toi-même.» Dit un vieux proverbe chinois.
      En toute bonne foi, alors que nous savons tout le mal que nous nous faisons à nous même et aux autres en laissant la haine et le désir de revanche nous ronger de l'intérieur tel l'acide un métal, et nous égarer sur de vaines routes brumeuses où l'on entend des "Dieu est-il économe de la mort" ou encore "Si Dieu était amour il ne permettrait pas cela". Pouvons-nous suivre la voie de la rétribution ?
      Bien sûr que nous le pouvons ! Après-tout, le monde ne marche-t-il pas ainsi depuis toujours. En sortant de l'église tout à l'heure on n'aura qu'à oublier ce qui a été rappelé ici et à passer rapidement à autre chose et rien ne changera.
      Mais je pense que nous passerions alors à côté de l'essentiel. Car le pardon et l'amour des ennemis sont non seulement la meilleure voie sur cette terre, mais aussi les clés irremplaçables des portes du Ciel.
      La meilleure voie sur cette terre, oui. Comment venir à bout du cercle vicieux de la vendetta sinon.
-Tu as tué mon frère alors pour le venger, je te tue.
-À ton aise, mais les miens vengeront ma mort, et dix fois plutôt qu'une.
-Et bien nous vengerons nos morts nous aussi, nous ferons de ton village un charnier.
-Dans ce cas nous noierons ton pays sous une mer de sang.
-Et ça n'en finit pas...
      N'aurait-il pas mieux value pleurer la mort du frère avec des larmes d'eau plutôt qu'avec des larmes de sang ? On sait pourtant à quel point le sang souille et tache tout ce qu'il touche, alors que l'eau de l'amour et du pardon nettoie et purifie même le cœur le plus sombre.
      Le pardon et l'amour de l'ennemi n'est pas qu'un simple concept ou un vœu pieu, il permet de briser cette funeste spirale qui sinon n'en finit pas de s'agrandir et de faire des victimes.
      Voici un bien long discourt sur l'amour des ennemis, mais qui ne parle pourtant presqu'exclusivement que de vengeance. Comment cela se fait-il ? C'est simple, la haine est compliquée alors que l'amour est simple. Justifier la vengeance ou la dénoncer prend beaucoup de mots, alors que le pardon et l'amour des ennemis se vivent et se justifient par eux-mêmes.
      Ce sont les clés des portes du Ciel car au-delà de ces mots rebutants et des efforts titanesques que cela demande aux plus motivés d'entre-nous, la mise en œuvre de l'amour des ennemis nous modifiera profondément. Cette belle folie humaine qui est sagesse divine, nous permettra de voir ce que l'adepte de la rétribution lui ne verra jamais. Un monde de paix, un monde sans haine, un monde où l'Amour de Dieu est la seule justice.

Amen

Luc Bouchard, webmestre de Saint-Pierre & Pinguet


Culte du dimanche 13 février 2011
6e dimanche de l'Épiphanie « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Deutéronome 30:15-20

choisir la vie
15Vois : je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, 16moi qui te commande aujourd'hui d'aimer le SEIGNEUR ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements, ses lois et ses coutumes. Alors tu vivras, tu deviendras nombreux, et le SEIGNEUR ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession. 17Mais si ton cœur se détourne, si tu n'écoutes pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, 18je vous le déclare aujourd'hui : vous disparaîtrez totalement, vous ne prolongerez pas vos jours sur la terre où tu vas entrer pour en prendre possession en passant le Jourdain.
19J'en prends à témoin aujourd'hui contre vous le ciel et la terre : c'est la vie et la mort que j'ai mises devant vous, c'est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, 20en aimant le SEIGNEUR ton Dieu, en écoutant sa voix et en t'attachant à lui. C'est ainsi que tu vivras et que tu prolongeras tes jours, en habitant sur la terre que le SEIGNEUR a juré de donner à tes pères Abraham, Isaac et Jacob.

Matthieu 5:21-37

Meurtre et réconciliation
21« Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. 22Et moi, je vous le dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; celui qui dira à son frère : "Imbécile" sera justiciable du Sanhédrin ; celui qui dira : "Fou" sera passible de la géhenne de feu. 23Quand donc tu vas présenter ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, 24laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande. 25Mets-toi vite d'accord avec ton adversaire, tant que tu es encore en chemin avec lui, de peur que cet adversaire ne te livre au juge, le juge au gendarme, et que tu ne sois jeté en prison. 26En vérité, je te le déclare : tu n'en sortiras pas tant que tu n'auras pas payé jusqu'au dernier centime.

Adultère et scandale
27« Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère. 28Et moi, je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l'adultère avec elle.
29« Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. 30Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne.

La répudiation
31« D'autre part il a été dit : Si quelqu'un répudie sa femme, qu'il lui remette un certificat de répudiation. 32Et moi, je vous dis : quiconque répudie sa femme - sauf en cas d'union illégale - la pousse à l'adultère ; et si quelqu'un épouse une répudiée, il est adultère.

Le serment
33« Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas, mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de tes serments. 34Et moi, je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le ciel car c'est le trône de Dieu, 35ni par la terre car c'est l'escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem car c'est la Ville du grand Roi. 36Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux en rendre un seul cheveu blanc ou noir. 37Quand vous parlez, dites "Oui" ou "Non" : tout le reste vient du Malin.



Prédication :

Faire le choix de la vie

Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le SEIGNEUR ton Dieu, en écoutant sa voix et en t'attachant à lui. C'est ainsi que tu vivras... Deutéronome 30, 19b-20a

Les textes de ce jour sont vertigineux en ce sens qu'ils nous décrivent sans fard des exigences incontournables pour une existence individuelle et collective, bénie dirait le texte biblique. Et ce n'est pas une bagatelle. Tant les paroles de Dieu attribuées à Moïse dans un dernier discours au peuple du désert qui s'apprête à entrer en Terre promise que les propos de Jésus à leur descendance dans son sermon sur la montagne, ces paroles confrontent la tentation permanente à laquelle on succombe de façon fréquente de vivre en deçà du projet divin.

Des déclarations percutantes qui s'adressaient bien sûr d'abord au peuple hébreux, dans un contexte déterminé : l'installation en Palestine d'après désert ou l'habitude séculaire dans un pays occupé soucieux de sa spécificité pour les gens au temps de Jésus. Toutefois, transmis dans les textes sacrés des Juifs et des Chrétiens, ces discours publics - puisque c'est ainsi qu'ils sont présentés - retentissent encore pour nous : Vois : je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur... moi qui te commande aujourd'hui d'aimer le SEIGNEUR ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements... Alors tu vivras... et le SEIGNEUR ton Dieu te bénira. Et encore : Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens ... Et moi, je vous le dis...

L'écorce historique du texte du Deutéronome apparaît plus immédiatement - la croissance du peuple hébreux dans l'obéissance ou sinon sa dispersion voire sa disparition - ce qui nous permet de l'écouter avec une certaine distance. Le texte de Matthieu - la mise à jour par le rabbin de Nazareth, Jésus, des pratiques, des lois et coutumes des anciens ponctuée par ce et moi je vous dis - semble quant à elle très catégorique et empreinte d'une autorité implacable. Il y a de quoi me mettre mal à l'aise comme croyant qui se réclame de Jésus, et encore davantage comme pasteur et interprète de la Parole. Certains biblistes ont qualifié de « textes de terreur » ces passages des Écritures qui semblent nous clouer au pilori, sans compromis. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi... ta main droite ... coupe-la et jette-la loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne.

Quiconque se met en colère contre son frère... quiconque regarde une femme avec convoitise... quiconque répudie sa femme... ne pas jurer du tout
Bien rare parmi nous, s'il en est même un ou une, qui ne soit pas passé carrément à côté de ces commandements, lois et coutumes. Alors, est-ce là le dernier mot, comme des siècles de prédication de jugement et de condamnation semblent l'avoir définitivement proclamé ? Humblement, dans la conscience de ma fragilité personnelle comme de ma responsabilité pastorale, j'ose vous dire, nous dire, que non. Bien sûr, devant ces déclarations de Jésus notre justice propre éclate en mille morceaux; toute prétention orgueilleuse à l'autosuffisance est définitivement déracinée. Il s'agit d'une opération de décapage de la vanité humaine : ne crânez pas, ne fanfaronnez pas, arrêtez de faire semblant. Aucun humain n'est juste en lui-même, un point c'est tout. Formulée à la manière des 12 étapes des groupes de rétablissement, cette reconnaissance pourrait s'exprimer ainsi : « Nous avons admis que nous étions impuissants devant l'alcool [ou toute autre faute, manquement ou vice] et que nos vies étaient devenues incontrôlables. »

Cet aveu de notre impuissance pourrait nous faire sombrer dans le désespoir ou le blasphème s'il n'était fait en aimant le SEIGNEUR ton Dieu, en écoutant sa voix et en t'attachant à lui. Notre salut est donc en nous dirigeant - par la foi - littéralement corps et âme vers le Seigneur de toute miséricorde, pleinement manifesté en Jésus, ce Dieu d'une tendresse et bienveillance infinie - le Dieu de la grâce - ce que les 12 étapes formuleraient ainsi : « Nous en sommes venus à croire qu'une Puissance supérieure à nous-mêmes pourrait nous rendre la raison. Nous avons décidé de confier nos volontés et nos vies aux soins de Dieu tel que nous le concevions. »

Ce mouvement de proximité humble est la pointe de l'Écriture, l'annonce de l'Évangile qui fait toutes choses nouvelles en commençant par nous-même. C'est la raison d'être du Christ pour nous, le don de vie offert gratuitement. Alors oui, sous l'impulsion de l'Esprit... tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le SEIGNEUR ton Dieu, en écoutant sa voix et en t'attachant à lui. C'est ainsi que tu vivras et que tu prolongeras tes jours... dans le temps et pour l'Éternité. Que Dieu soit loué pour cette bénédiction sans limites, même pas celle de nos fautes. Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 6 février 2011
5e dimanche de l'Épiphanie « A »

Lectures bibliques (TOB) :

1 Corinthiens 2;1-7

Sagesse et folie dans la prédication de Paul à Corinthe
1Moi-même, quand je suis venu chez vous, frères, ce n'est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. 2Car j'ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. 3Aussi ai-je été devant vous faible, craintif et tout tremblant : 4ma parole et ma prédication n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse, mais elles étaient une démonstration faite par la puissance de l'Esprit, 5afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

La sagesse de Dieu
6Pourtant, c'est bien une sagesse que nous enseignons aux chrétiens adultes, sagesse qui n'est pas de ce monde ni des princes de ce monde, voués à la destruction. 7Nous enseignons la sagesse de Dieu, mystérieuse et demeurée cachée, que Dieu, avant les siècles, avait d'avance destinée à notre gloire.

Matthieu 5;13-16

Le sel et la lumière
13« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il ne vaut plus rien ; on le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes.
14« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une hauteur ne peut être cachée. 15Quand on allume une lampe, ce n'est pas pour la mettre sous le boisseau, mais sur son support, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. 16De même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu'en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux.



Prédication :

De même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, ...

De même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu'en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux. Matthieu 5, 16

Aux yeux de bon nombre de nos contemporains, il est fort peu sage de se retrouver un dimanche matin, si tôt, en ce lieu pour évoquer des vieilleries presque deux fois millénaires ! Mieux vaut rester coucher que d'entendre ces boniments, consacrer son énergie à prendre soin de soi plutôt que de pelleter des nuages. Et, au premier coup d'œil, on peut comprendre qu'ils n'y comprennent rien. Ce n'est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu affirme Paul dans son message aux disciples de Corinthe; j'ai été devant vous faible, craintif et tout tremblant : ma parole et ma prédication n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse. poursuit-il. Fini l'obligation dominicale par conformisme social : la pratique chrétienne n'a pas la cotte dans notre société même si un article de la Presse d'hier nous informait que « Montréal se classe au deuxième rang des grandes villes les plus ferventes au Canada, selon une compilation inédite réalisée par La Presse grâce aux données de l'Agence du revenu du Canada. La «ville aux 100 clochers», est donc devenue la ville aux 1000 lieux de culte ».

Pourquoi quelqu'un croit-il et l'autre pas ? Des siècles de débats philosophiques et de pseudo démonstrations théologiques nous laissent sur notre faim en cette époque que l'on nomme post-moderne. Si ce matin vous avez eu l'impulsion de venir à ce rassemblement, si vous avez fait l'effort de vous extirper de la chaleur du lit et de secouer la torpeur du sommeil, cela n'a rien à voir avec des discours persuasifs de la sagesse, mais cela tient plutôt d'une démonstration faite de la puissance de l'Esprit, pour m'approprier ici dans les paroles de Paul. Vous me direz que ça n'a rien de bien extraordinaire ou prodigieux que de se lever pour aller rejoindre des personnes qui, en d'autre contexte, me seraient étrangères : je vous répondrai que la disponibilité aux mouvements intérieurs, la réceptivité de se laisser guider est en soi un « miracle » qu'on ne doit ni minimiser et surtout pas prendre pour acquis.

Faible, craintif et tremblant : ces adjectifs peuvent aussi nous décrire n'est-ce pas ? Et pourtant, loin d'être écrasés, diminués ou paralysés par cette conscience, nous faisons plutôt l'expérience inverse : avec étonnement et profonde reconnaissance, nous nous découvrons animés d'une flamme intérieure, mystère de Dieu, qui n'est pas le produit de nos efforts ou de notre volonté ni l'aboutissement de notre réflexion ou de nos réalisations. Sel de la terre . lumière du monde nous le sommes par l'œuvre de l'Esprit en nous. Ce rayonnement qui nous traverse, Dieu l'agit souvent à notre insu, ce qui quand on y pense est une bien bonne chose pour éviter que cela ne devienne un motif d'orgueil et d'éloignement de ceux et celles que le Seigneur nous donne à rencontrer et à aimer au cœur de notre quotidien.

Car l'œuvre de Dieu si elle est éminemment personnelle, pour notre renouveau et notre relance, n'est jamais privée. Nos bonnes œuvres, les fruits d'humanité généreuse et bienveillante que nous portons, les actes de compassion et d'engagement solidaires que nous posons, le sont pour rendre gloire au Père, afin que la lumière bienfaisante d'espérance, de guérison - le sens profond de l'existence - filtre toujours davantage de l'agir humain dans une harmonie renouvelée et croissante avec toute la création. En cette semaine de prévention du suicide qui se termine, je pense tout particulièrement à ces hommes et ces femmes, jeunes et vieux, qui sont envahis par les ténèbres du désespoir, écrasés par le poids d'une souffrance qui ne sait comment s'exprimer ni ou trouver soulagement. Dieu veut leur être proche, à travers vous et moi, porteurs de lumière. Je pense aussi aux populations de Tunisie, d'Égypte et d'ailleurs qui ressentent une espérance de voir enfin leurs conditions de vie changer, d'être respectés dans leur dignité et affranchis de l'oppression économique maintenue par la force. Les disciples du Christ en leur sein sont appelés à rayonner de la qualité d'humanité voulue par Dieu; et nous, chrétiens d'Occident, au nom de l'Esprit qui nous animent, devons avoir aussi l'audace de la critique de notre propre système économique.

Car ainsi Ésaïe 58,10 décrit-il l'œuvre de l'Esprit dans les croyants : si tu cèdes à l'affamé ta propre bouchée et si tu rassasies le gosier de l'humilié, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme un midi. Que l'Esprit brille en nous, pour la gloire de Dieu et la guérison, le salut, de notre monde.

Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 30 janvier 2011
4e dimanche de l'Épiphanie « A »

Lectures bibliques (TOB) :

1 Corinthiens 13, 1-13

L'amour fraternel
1Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges,
      s'il me manque l'amour,
      je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante.
2Quand j'aurais le don de prophétie,
      la science de tous les mystères et de toute la connaissance,
      quand j'aurais la foi la plus totale,
      celle qui transporte les montagnes, s'il me manque l'amour,
      je ne suis rien.
3Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés,
      quand je livrerais mon corps aux flammes,
      s'il me manque l'amour,
      je n'y gagne rien.
4L'amour prend patience, l'amour rend service,
      il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil,
5il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt,
      il ne s'irrite pas, il n'entretient pas de rancune,
6il ne se réjouit pas de l'injustice,
      mais il trouve sa joie dans la vérité.
7Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.
8L'amour ne disparaît jamais.
      Les prophéties ? Elles seront abolies.
      Les langues ? Elles prendront fin.
      La connaissance ? Elle sera abolie.
9Car notre connaissance est limitée, et limitée notre prophétie.
10Mais quand viendra la perfection, ce qui est limité sera aboli.
11Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant,
      je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant.
      Devenu homme, j'ai mis fin à ce qui était propre à l'enfant.
12À présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse,
      mais alors, ce sera face à face.
      À présent, ma connaissance est limitée,
      alors, je connaîtrai comme je suis connu.
13Maintenant donc ces trois-là demeurent,
      la foi, l'espérance et l'amour,
      mais l'amour est le plus grand.

Matthieu 5, 1-12

Le sermon sur la montagne
1À la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui. 2Et, prenant la parole, il les enseignait :

Les béatitudes
3« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
4Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
5Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
6Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
7Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
8Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
9Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.
10Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.
11Heureux êtes-vous lorsque l'on vous insulte, que l'on vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. 12Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; c'est ainsi en effet qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.



Prédication :

Pénètre-toi de l'esprit des béatitudes : joie, simplicité, miséricorde.

Ce matin, les textes des Écritures nous présentent un peu les « best of» de tous les temps pour les Chrétiens. On les retrouvera d'ailleurs à quelques reprises au cours de l'année liturgique. L'extrait de la lettre de Paul à l'Église de Corinthe, le fameux passage sur l'amour, est un favori des célébrations de mariage, on ne s'en étonnera pas. Quant aux béatitudes qui inaugurent dans Matthieu les chapitres du « Sermon sur la montagne » elles semblent justement bénéficier d'une élévation exceptionnelle . À l'audition de ces paroles millénaires, même des personnes non religieuses ou d'une autre approche spirituelle ou philosophique ne peuvent s'empêcher de ressentir l'air pur et raffiné des hauteurs où, en prenant de la distance, en retrait du quotidien, on acquière un regard neuf sur les choses, une perspective d'ensemble sur les situations.

Ces paroles sonnent vraies même si elles peuvent paraître quelque peu exagérées. Il est précieux de se souvenir que dans la Palestine de l'époque biblique la situation sociale, économique et politique n'avait rien de facile ni de doucereux. Les gens qui s'attroupaient pour écouter le Rabbi de Nazareth, l'enseignant de ce petit village poussiéreux du Nord, avaient une existence difficile, souvent marquée par la misère et la violence, une vie dont l'espérance n'était pas bien longue. Cette bonne nouvelle d'un règne où les réalités étaient sur le point d'être chamboulées, où le pseudo "ordre du monde" devenait sens dessus dessous, en a rejoint plus d'uns, malgré l'évidence que tout ne se transformait pas comme par enchantement. 2 000 ans plus tard, nous aussi ressentons que ces paroles sonnent vraies même si.

Même si autour de nous, chaque jour nous entendons parler de réalités qui nous glacent le sang, nous tirent des larmes ou nous font lancer des imprécations : un père séparé qui entraîne son fils de 4 ans dans la mort, de jeunes parents carencés qui torturent leurs bébés, abusent de leurs enfants; des politiciens, à l'est comme à l'ouest, qui s'accrochent au pouvoir par la ruse ou par la force même si le peuple réclame encore et encore des changements. Quelle est donc cette patience, cette tolérance, cette acceptation qui nous sont proposées dans les textes bibliques de ce matin ? Ne sont-elles qu'une illusion compensatoire comme le comprenait le psychanalyste Sigmund Freud, une forme d'anesthésie pour tolérer l'intolérable comme le proposait le philosophe et politicologue Karl Marx ?

Au milieu des souffrances, des atrocités et des deuils, les paroles du Galiléen, comme celles de son disciple Paul, sont imprégnées d'Esprit. Elles demeurent encore, toujours et je dirais même plus que jamais révélatrices d'une trame essentielle qui passe pourtant souvent inaperçue. Au cœur qui prend le risque de les écouter, ces paroles dessinent avec délicatesse les contours authentiques d'une vie humaine, elles esquissent la vérité profonde qui n'est pas moins réelle parce qu'elle est si souvent trahie et bafouée; à l'intelligence qui se laisse instruire, elles pointent la direction d'une route dont on s'est trop souvent égaré, elles déblaient la voie qui conduit à la justice et à la compassion; au corps qui se laisse entraîner, elles apprennent à ordonner les désirs, canaliser les pulsions et pondérer les appétits pour que la réalité physique soient transparente du cœur et orientée par la raison. Ces deux textes fondateurs nous parlent de ce qu'est l'être humain dans son intégrité, selon le dessein de son créateur.

Une telle marche tient davantage du point d'arrivée que du point de départ. Ce qui nous scandalise ou nous horrifie dans les comportements tordus des individus et oppressants des institutions trouve sa racine dans le terroir du cœur humain laissé en friche. Tous ces tyrans, tous ces abuseurs, tous ces mégalomanes, sont, à leur échelle et à leur niveau, des mal-aimés qui cherchent ainsi à combler le vertige de leur vide intérieur. Le Mahatma Gandhi, admirateur de l'Évangile mais plutôt perplexe envers les Chrétiens, l'a saisi avec acuité lorsque progressivement il a développé en théorie tout autant qu'en pratique son approche de la non-violence qui n'est aucunement lâcheté.

Alors, ce matin vous et moi nous tournons vers Dieu et appelons l'Esprit régénérateur du Christ, du crucifié et du ressuscité, l'Esprit des béatitudes, solidaire de toute notre condition humaine, sauveur de l'humanité au cœur même de nos détresses. Qu'il renouvelle notre capacité d'aimer et d'ainsi à contribuer, là où nous sommes, à éradiquer le mal dans les êtres que nous côtoyons tout autant qu'en nous-mêmes, afin d'« être pénétré de l'esprit des béatitudes : joie, simplicité, miséricorde. »

Amen.

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 23 janvier 2011
3e dimanche de l'Épiphanie « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Michée 5:1-3

1Et toi, Bethléem Ephrata,
      trop petite pour compter parmi les clans de Juda,
      de toi sortira pour moi
      celui qui doit gouverner Israël.
      Ses origines remontent à l'antiquité,
      aux jours d'autrefois.
2C'est pourquoi, Dieu les abandonnera
      jusqu'aux temps où enfantera celle qui doit enfanter.
      Alors ce qui subsistera des ses frères
      rejoindra les fils d'Israël.
3Il se tiendra debout et fera paître son troupeau
      par la puissance du SEIGNEUR,
      par la majesté du Nom du SEIGNEUR son Dieu.
      Ils s'installeront, car il sera grand
      jusqu'aux confins de la terre.

Jean 1:43-46

43Le lendemain, Jésus résolut de gagner la Galilée. Il trouve Philippe et lui dit : « Suis-moi. » 44Or, Philippe était de Bethsaïda, la ville d'André et de Pierre. 45Il va trouver Nathanaël et lui dit : « Celui de qui il est écrit dans la Loi de Moïse et dans les prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. » 46- « De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois. »



Prédication :

« Que peut-il venir de bon de Nazareth ? »

Il est vrai que Nazareth n'est pas mentionnée dans l'Ancien Testament - c'est de Bethlehem qu'il est question, comme on l'a entendu dans la lecture de l'extrait du livre de Michée.
En ce temps-là, Nazareth avait mauvaise réputation; être Galiléen ou Nazaréen générait automatiquement le mépris. C'est pour cela que Nathanaël demandait s'il était possible que le Messie soit originaire de Nazareth, un endroit proverbialement pervers. Cette façon de juger - devrais-je dire - préjuger ? - n'était pas inhabituelle, et elle ne l'est toujours pas aujourd'hui.
Pour soutenir ma thèse, je vous présente deux figures du protestantisme - deux prix Nobel de la paix -- qui, à l'instar de Jésus, font partie de ces gens pour lesquels le qualificatif « humain » prend tout son sens.

On dit des Suisses qu'ils se retranchent confortablement derrière leur neutralité nationale ? Et pourtant, c'est un protestant calviniste de Genève qui est à l'origine de la Croix-rouge et de ses principes. En 1859, l'homme d'affaire suisse Henri Dunant se retrouve à Solferino en Italie, au cœur de la bataille entre Italiens, Français et Autrichiens. 40.000 combattants morts ou blessés ! Devant l'horreur et le manque de moyens pour venir en aide aux blessés, ce protestant calviniste - inspiré par des convictions de solidarité envers les autres - convainc les habitants des villages voisins de transporter les blessés et de les soigner. De retour à Genève, il écrit un livre relatant son expérience; son livre a un écho retentissant, ce qui lui permet de faire aboutir son idée de société de secours pour apporter des soins aux blessés de guerre des camps adverses sur le principe de neutralité du sauveteur. Ce sont les prémices du Comité international de secours qui deviendra en 1875 le comité international de la Croix-Rouge (CICR) toujours d'actualité aujourd'hui. La Croix-Rouge s'est aussi implantée dans les pays musulmans sous le nom de Croissant-Rouge. À ce jour, le mouvement rassemble 97 millions de volontaires dans 186 pays.
Peut-on attendre quelque chose de bon de Nazareth ?

Au moment même où naissait la Croix-Rouge, en 1875, naissait en Alsace un allemand. Dans une famille protestante, fils de pasteur, il s'appelle Albert Schweitzer. Théologien, philosophe, musicien réputé - c'est un passionné de Bach - mais ces carrières ne lui suffisent pas. Ému par les souffrances du monde, il veut consacrer sa vie à des plus malheureux. Son sens de l'humain l'empoigne et le pousse à faire des études de médecine.
En 1913, un an avant la guerre, il décide partir au Gabon non seulement pour évangéliser mais surtout pour soigner la population. Ses premières consultations ont lieu à Lambaréné, dans un poulailler! Hélas, la guerre de 1914 éclate et comme citoyen allemand dans une colonie française, il est interné puis retenu en France. En 1924, il retrouve cependant son cher Lambaréné qu'il ne quittera plus.
Schweitzer est donc un homme aux triples activités : théologien au départ, médecin au milieu des pauvres et des souffrants, tout cela animé par une âme de musicien. Sa théologie était très marquée par le libéralisme et ses convictions humanistes. Par exemple, pour lui, baptiser un indigène n'était pas le plus important : il fallait d'abord le soigner (la lèpre faisait rage en ce temps-là).
Premier médecin du monde, il a suscité de nombreuses vocations. Prix Nobel de la Paix en 1952, Albert Schweitzer est mort à Lambaréné en 1965 à un peu plus de 90 ans. Une citation notée dans un de ses carnets : « Le bonheur est la seule chose qui se double quand on le partage ».

Oui, de tels hommes - et il y a aussi des femmes - ont incarné les fruits que le Christ a déployé tout au long de sa vie. Que cela nous guide et nous inspire.
Amen.
Par Anne-Marie Carmoy

Culte du dimanche 16 janvier 2011
2e dimanche de l'Épiphanie « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Actes 2, 42-47

La première communauté
42Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. 43La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les apôtres. 44Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. 45Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. 46Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de cœur. 47Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.

Jean 1, 29-42

L'agneau de Dieu
29Le lendemain, il voit Jésus qui vient vers lui et il dit : « Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. 30C'est de lui que j'ai dit : "Après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était." 31Moi-même, je ne le connaissais pas, mais c'est en vue de sa manifestation à Israël que je suis venu baptiser dans l'eau. » 32Et Jean porta son témoignage en disant : « J'ai vu l'Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. 33Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, c'est lui qui m'a dit : "Celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur lui, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint." 34Et moi j'ai vu et j'atteste qu'il est, lui, le Fils de Dieu. »

Les premiers disciples
35Le lendemain, Jean se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples. 36Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit : « Voici l'agneau de Dieu. » 37Les deux disciples, l'entendant parler ainsi, suivirent Jésus. 38Jésus se retourna et, voyant qu'ils s'étaient mis à le suivre, il leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils répondirent : « Rabbi - ce qui signifie Maître -, où demeures-tu ? » 39Il leur dit : « Venez et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là ; c'était environ la dixième heure.
40André, le frère de Simon-Pierre, était l'un de ces deux qui avaient écouté Jean et suivi Jésus. 41Il va trouver, avant tout autre, son propre frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie ! » - ce qui signifie le Christ. 42Il l'amena à Jésus. Fixant son regard sur lui, Jésus dit : « Tu es Simon, le fils de Jean ; tu seras appelé Céphas » - ce qui veut dire Pierre.



Prédication :

Que cherchez-vous ?

Jésus se retourna et, voyant qu'ils s'étaient mis à le suivre, il leur dit : «Que cherchez-vous ? » Ils répondirent : « Rabbi - ce qui signifie Maître -, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui... Jean 1,38-39a

Que cherchez-vous ? demande Jésus à André et à cet autre anonyme. Formulée dans le contexte d'un écrit spirituel, cette question, nous le sentons bien, va plus loin qu'une interrogation légitime de Jésus à l'égard de deux inconnus qui lui emboîtent le pas. Où demeures-tu ? On ressent ici aussi que cette réponse, en soi anecdotique et formulée également comme une question, vise davantage qu'à s'informer de son lieu de résidence. Venez, vous verrez... ils allèrent... et ils demeurèrent auprès de lui. Une réponse verbale seule ne peut suffire : ce sera seulement au bout d'une marche en commun, après avoir cheminé à sa suite, ou encore mieux en sa compagnie, que les deux disciples de Jean, sauront d'expérience où Jésus demeure et demeureront auprès de lui, transformés ainsi en disciples de Jésus.

Le texte de l'Évangile fait dire au Baptiste J'ai vu l'Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. Là où Jésus demeure, là demeure l'Esprit : voilà le témoignage historique transmis, de génération en génération, par la foi et pour la foi; l'expérience spirituelle véritable n'est pas un savoir théorique au sujet du divin mais une expérience existentielle, une marche qui conduit à demeurer dans l'Esprit, en intimité avec l'agneau de Dieu, celui qui baptise d'Esprit Saint, le Fils de Dieu. Or le propre de la vie spirituelle à la suite de Jésus ce n'est pas d'abord la religion comme une pratique isolée mais la vie humaine selon une perspective renouvelée dans les valeurs, les attitudes et les comportements.

Le texte des Actes des apôtres, retenu cette année comme thème pour notre méditation sur l'Unité chrétienne à réaliser et à manifester, nous présente de manière à la fois simple et bouleversante les signes qui décrivent, de façon probablement un peu idéalisée mais néanmoins réelle dans son orientation, ce que signifiait en pratique pour la première génération de disciples, demeurer auprès de Lui. En ce 16 janvier 2011, début de la 2e décennie du 21e siècle, que cherchons-nous ? En cette ixième année de votre existence sur cette terre, que cherchez-vous ? Si nous sommes venus ici ce matin ne serait-ce pas parce que ce disciple anonyme qui accompagne André vers Jésus, qui le questionne, qui marche à sa suite et qui demeure avec lui, ce personnage sans visage ni nom ni sexe, depuis 2 000 ans, c'est un peu beaucoup, chacun et chacune de nous ?

Demain, le calendrier nous invite à faire mémoire de Martin Luther King jr. Figure marquante de la 2e moitié du 20e siècle, ce pasteur baptiste et militant indéfectible des droits humains est, à sa manière, demeuré avec Jésus, dans l'Esprit. Moins célèbre mais aussi une source d'inspiration près de nous, pensons à Gilles Kègle qui recevait hier un doctorat d'honneur de l'Université Laval, qui aux dires de plusieurs « ...est plus qu'un modèle d'humanisme; il représente l'espoir que notre société peut agir de façon durable pour contrecarrer les problèmes psychosociaux liés à la pauvreté. » De même, la parution de décembre de la revue Aujourd'hui Credo nous présentait l'exemple d'une communauté chrétienne comme d'une personne proche de nous qui aussi demeurent dans l'Esprit et portent, en toute simplicité du cœur, dans l'allégresse tout autant que la discrétion, du fruit de bienfaisance et de compassion.

Que cherchez-vous ? Les prochains mois pour notre paroisse seront consacrés en bonne partie à re-confirmer notre identité communautaire pour avoir une conscience plus aiguisée de notre mission spécifique alors que nous préparons l'appel d'une ou d'un nouveau berger pour notre collectif. Aussi nécessaire que soit ce guide pastoral, en aucun cas peut-il nous dispenser, chacun, chacune d'entre-nous, d'entendre personnellement la question de ce Jésus dont nous nous rapprochons et qui pour toute réponse nous dit : Venez et vous verrez. Alors, par la grâce bienveillante de Dieu, prenons notre place dans le récit symbolique de ce matin avec André le disciple. Nous y allons ?... Amen!

Denis Fortin, pasteur


Culte du dimanche 9 janvier 2011
1er dimanche de l'Épiphanie « A »

Lectures bibliques (TOB) :

Esaïe 42:1-9

1 Voici mon serviteur que je soutiens,
    mon élu que j'ai moi-même en faveur,
    j'ai mis mon Esprit sur lui.
    Pour les nations il fera paraître le jugement,
2 il ne criera pas, il n'élèvera pas le ton,
    il ne fera pas entendre dans la rue sa clameur ;
3 il ne brisera pas le roseau ployé,
    il n'éteindra pas la mèche qui s'étiole ;
    à coup sûr, il fera paraître le jugement.
4 Lui ne s'étiolera pas, lui ne ploiera pas,
    jusqu'à ce qu'il ait imposé sur la terre le jugement,
    et les îles seront dans l'attente de ses lois.
5 Ainsi parle Dieu, le SEIGNEUR,
    qui a créé les cieux et qui les a tendus,
    qui a étalé la terre porteuse de ses rejetons,
    donné respiration à la multitude qui la couvre
    et souffle à ceux qui la parcourent :
6 C'est moi le SEIGNEUR,
    je t'ai appelé selon la justice,
    je t'ai tenu par la main,
    je t'ai mis en réserve et je t'ai destiné
    à être l'alliance du peuple,
    à être la lumière des nations,
7 à ouvrir les yeux aveuglés,
    à tirer du cachot le prisonnier,
    de la maison d'arrêt, les habitants des ténèbres.
8 C'est moi le SEIGNEUR, tel est mon nom ;
    et ma gloire, je ne la donnerai pas à un autre,
    ni aux idoles la louange qui m'est due.
9 Les premiers événements, les voilà passés,
    et moi j'en annonce de nouveaux,
    avant qu'ils se produisent, je vous les laisse entendre.

Matthieu 3:13-17

Baptême de Jésus
13Alors paraît Jésus, venu de Galilée jusqu'au Jourdain auprès de Jean, pour se faire baptiser par lui. 14Jean voulut s'y opposer : « C'est moi, disait-il, qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! »15Mais Jésus lui répliqua : « Laisse faire maintenant : c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice.* » Alors, il le laisse faire. 16Dès qu'il fut baptisé, Jésus sortit de l'eau. Voici que les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17Et voici qu'une voix venant des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. »

* L'idée fondamentale du terme rendue ici par justice est celle de conformité ou de fidélité à la volonté de Dieu.



Prédication :

Jean

    Alors me voici. Moi qui ne suis pas digne de détacher ses sandales. Moi Jean, le baptiseur.
Ce jour-là, alors que j'étais à baptiser et à sermonner rudement mes frères et sœurs, comme à mon habitude, je le vis venir vers moi.
Je savais bien ce qu'il venait faire ici, mais je ne comprenais pas.
Comment !? Comment cela pouvait-il être ? Le Très Haut, Mon Seigneur et maître, ... à genoux devant moi, pauvre petit humain !?
À genoux oui, humblement accroupi dans l'eau du Jourdain, et qui venait se faire baptiser par moi, son indigne créature !
Comment pouvais-je accepter cela ?
Comment pouvais-je bénir celui qui est à la source de toutes bénédictions ?
Comment pouvais-je verser l'eau purificatrice sur celui qui transcende l'idée