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Un engagement familial pour la paix
Par Jean-Daniel Bourgault
Ce texte a été lu lors de la célébration œcuménique sur la paix que nous avons partagée avec FideArt, centre-Dieu catholique
de la foi et des arts, le 18 janvier dernier.
Je ne suis pas, et de très très loin, un Gandhi, ni un Mandela ou un Martin Luther King. Ni Naomi Klein, ni même Jaggi Singh. Je n’ai jamais
été matraqué ou gazé. Je n’ai même jamais été arrêté, si ce n’est une fois (une seule) pour un feu de circulation jaune orange… Je ne suis dans
aucun comité, membre officiel d’aucun groupe, ni porte-parole de quoique ce soit. Je ne vends pas de macaron, je ne distribue pas de tracts,
je ne sais pas trop où est Porto Allegre sur la carte. Bref, je n’ai rien à vous offrir du côté glamour du mouvement pacifiste ou altermondialiste,
car je ne suis qu’un simple petit ouvrier de la base, pas même un contremaître, encore moins un leader… Aussi médiatisable qu’une porte de
grange.
Mais alors, devez-vous bien vous demander, mais alors… qu’est ce qu’il fait là?
Je suis père de famille, ce qui n’est pas rare, mais qui me fait réaliser qu’une des choses que je partage vraiment avec Martin Luther King, c’est
que nous aussi, ma conjointe et moi, avons un rêve. Le rêve qu’un jour les bruits de bottes deviennent de la musique à danser, que les mines
antipersonnelles se transforment en pommes de terre et que les missiles se muent en hôpitaux, en Afrique ou ailleurs. Il y a probablement
plusieurs manières de mettre au monde ce rêve. Mais tout comme la Charte des droits ne s’est pas écrite en un jour, il faut être patient.
Aussi, un des points centraux de notre action, à Christine et moi, est la volonté de passer le flambeau à la prochaine génération. De donner
à nos deux garçons, ce rêve, ce besoin d’espérer, que le monde PEUT et DOIT être meilleur, que la violence est inacceptable, que la haine,
l’exploitation et le mépris ne sont pas des réponses…
Parmi les moyens de passer ce message, depuis un an, nous avons entre autre été prendre deux ou douze marches avec des centaines de milliers
d’amis que nous ne connaissions pas.
Une de ces marches en famille a eu lieu il y a un peu plus d’un an, je m’en rappelle et vous aussi probablement, par un froid sibérien du genre de
ceux que nous avons eus cet hiver. Au départ, je vous laisse à imaginer la réticence très verbale de David et Pascal à l’idée de devoir s’habiller
par-dessus habillé pour aller… marcher dans la rue avec des tas d’inconnus par -35 en scandant des slogans certainement obscurs pour des
enfants de 6 et 9 ans. Probablement que la promesse d’un chocolat chaud en bout de route a joué un peu dans la motivation… mais je peux vous
assurer qu’une fois dans le cortège, une fois dans la marche, nous n’avons plus entendu aucune plainte ni n’avons eu à tirer ou à pousser.
L’impact général espéré par les organisateurs de l’événement n’a peut-être pas atteint M. W mais celui que NOUS, parents, souhaitions, de faire
entrevoir le chemin du rêve à nos enfants, celui là a été largement atteint. Aujourd’hui, un an plus tard, ce qui se passe dans le monde n’est plus
un sujet inconnu ou sans intérêt pour nos enfants : ils savent que l’injustice rôde, que la violence est le lot de milliers de familles. Ils connaissent
plusieurs des acteurs. On en parle à la maison. Et cela amène parfois des questions, généralement pas facile à répondre. Genre : Pourquoi
on fait ça? Est-ce que ça donne quelque chose? (Kossadone?)... Lourdes questions!
En descendant la rue St-Jean à -35, ce jour de février 2003, j’avais en tête une histoire de St-Exupéry, que vous connaissez peut-être. C’est celle
de Guillaumet, un aviateur du temps héroïque où les avions n’étaient que de précaires assemblages de tôles, de 2 par 4, de ficelles et de foi.
Sans radio, sans radar. Tombé en pleine montagne, dans la neige et le froid glacial, à des kilomètres et des kilomètres du premier village,
Guillaumet, pour survivre, pour rejoindre ses frères humains, devait marcher et marcher et marcher. Et marcher. Pour lui, pas de chocolat
chaud en bout de ligne. « Après deux, trois quatre jours de marche, on ne souhaite plus que le sommeil »… mais impossible de dormir sans
mourir gelé. Et Guillaumet se dit : « Ma femme croit que je marche, mes camarades croient que je marche. Si je ne marche pas, je suis un
salaud! »…
… Mohamed, sa femme et ses 5 enfants croient que nous marchons, Ismaël, Fatima, Naziha, Zeljka, Boris Redjic, Amina Lawal, Yossine,
Ahmed et son père, Tsin Dao et Lu Pong, Mauricio et sa mère croient que nous marchons pour leur éviter le pire. Si nous ne marchons pas…
Est-ce le doute qui fait parfois de nous des salauds? Avons-nous donc perdu l’espoir? Partout où se pose notre attention, il ne semble y avoir que
des raisons de s’arracher ce qui nous reste de cheveux: réchauffement climatique, destruction des milieux naturels, pollution, tortures, guerres,
drogues, violence urbaine, prostitution juvénile, diminution de l’espace démocratique au profit des poids lourds économiques, SIDA, etc. Quand
on regarde tout cela, on a parfois (souvent?) tendance à se réfugier dans le quant à soi… et pourtant! Quelque chose me dit que ce ne sera
pas la solution.
J’ai grandi catholique et c’est parce que ma conjointe était d’une autre dénomination, à savoir mennonite, que j’ai abouti à l’Église unie.
C’était comme un terrain neutre pour nos familles respectives, en quelque sorte.
Or la première phrase du Credo de l’Église unie du Canada me frappe à chaque fois : « Nous ne sommes pas seuls ». Bien sûr, le sens profond
est la présence divine, qui nous accompagne dans nos actions. Mais, à 3000 et à moins 35, elle prend aussi un deuxième sens, immédiatement
compréhensible… surtout si les manchettes du soir nous indique que la planète entière a signifié clairement son dégoût de la guerre. A travers
ces non pas 3000, mais ces millions de personnes que l’espoir ou l’urgence poussent à exprimer leur rêve, n’y a-t-il pas quelqu’un
(ou quelque chose) qui nous accompagne? Appelez cela comme vous voulez, mais c’est probablement cela qui donne le courage, la force, le
goût de continuer.
Nous, nous ne verrons vraisemblablement jamais le monde tel que nous le souhaitons à l’humanité, mais j’espère que nous aurons réussi à en
communiquer les plans aux générations qui viennent, et que nous aurons fait, décemment, courageusement, avancer le chantier. C’est tout
ce que l’on peut faire, mais cela on peut le faire. Et nous ne sommes pas seuls.
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