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Historique
Les pages qui suivent sont la propriété intellectuelle de
Geneviève Trudel, paroissienne dévouée de Saint-Pierre et Pinguet, bientôt pasteur de l'Église unie du Canada.
Préambule
La paroisse Pinguet de Saint-Damase-des-Aulnaies est un lieu qui m'est très cher. Ce n'est pas une paroisse ordinaire. La plupart des gens qui la forment sont de véritables survivants du protestantisme francophone en milieu rural. Ils sont tous mes amis. La première fois que je me suis rendue à cette église, j'en ai eu le souffle coupé. La vue depuis le parvis est impressionnante : au loin, les plaines, le fleuve, les îles de Montmagny et les montagnes de Charlevoix, par temps très clair. La petite église est située à flanc de montagne. On y accède par un rang en lacet et tout au sommet se trouve l'église. On dirait la route qui mène jusqu'à Dieu !
Je ne suis pas seulement attachée à cette paroisse parce que j'y ai prêché durant l'été 2001. Pour moi, elle représente le dernier bastion du protestantisme francophone de tradition réformée entre Québec et Gaspé. Le bâtiment de l'Église unie Pinguet est le seul sur la rive sud du Saint-Laurent, de la Gaspésie jusqu'à Montréal, à avoir conservé sa fonction première de lieu de culte depuis sa construction en 1904.
Je tiens à remercier chaleureusement M. Maurice Daigle pour m'avoir transmis toutes les informations en sa possession qui m'ont permis de rédiger ce bref historique d'une véritable épopée.
Historique de la paroisse
La paroisse Pinguet de Saint-Damase-des-Aulnaies célébrera en 2004 son 100e anniversaire.
Un siècle d’histoire du protestantisme francophone en milieu rural québécois, voilà qui relève presque du miracle! Pourtant, il n’y a pas de miracle mais plutôt la ténacité des pionniers et de leurs successeurs qui ont su garder vivante cette paroisse unique au Québec.
La gestation
L’histoire nous apprend qu’une présence protestante francophone, suffisamment importante pour nécessiter les services permanents d’un pasteur, fut constatée à Saint-Roch-des-Aulnaies dès la fin du dix-huitième siècle.
Ce n’est cependant que cent ans plus tard, en 1898, qu’un colporteur presbytérien dénommé Boucher, venu par train de Montréal, se rendit dans les hauteurs de la seigneurie des Aulnaies à Saint-Damase, plus précisément dans le rang 5 auquel on avait donné le surnom de«Pinguet» suite à la déformation du nom de la famille Ringuet qui l’avait d’abord ouvert et défriché. Selon la méthode du colportage en usage chez les missionnaires protestants de cette époque, il visitait chaque maison pour y apporter la Parole du Seigneur telle que révélée par la Bible et y distribuer des bibles ainsi que des brochures et tracts religieux. Son périple l’amena aussi à Sainte-Louise, Tourville, Sainte-Perpétue ainsi qu’à Saint-Jean-Port-Joli.
Ses visites répétées en ces lieux portèrent suffisamment fruit pour que l’Église presbytérienne demande à Jean-Louis Morin, gendre de Charles Chiniquy et diplômé de l'Université McGill, de se rendre de temps à autre dans ce secteur et y fonder éventuellement une paroisse car plusieurs familles et individus y montraient un intérêt soutenu à la foi protestante. Avant qu’une paroisse ne soit constituée légalement et que les registres officiels apparaissent, le pasteur Morin rédigea et conserva les actes des naissances, des mariages et des décès.
Les efforts du missionnaire Boucher et du pasteur Morin donnèrent naissance à une paroisse : Saint-Damase (Pinguet), regroupant des membres provenant aussi de Sainte-Louise, Tourville et Sainte-Perpétue. Cette paroisse réunissait donc des familles de tout le comté qui formaient un noyau protestant en milieu rural d’une vitalité exemplaire, malgré les énormes difficultés de transport, surtout en hiver. C’est probablement grâce à cette vitalité que la paroisse du rang Pinguet de Saint-Damase a survécu jusqu’à aujourd’hui.
La naissance
Le 3 juin 1903, l’inspecteur de l’hygiène Joseph Beaudry se rendit inspecter un terrain du rang Pinguet donné par M. Carreau Ouellet, père d’Arthur et d’Edmour, tous trois très actifs dans l’œuvre protestante et qui souhaitaient que ce terrain devienne un cimetière protestant. Le 15 juin 1903, le permis de faire de ce terrain un cimetière est accordé par le Conseil d’hygiène de la Province de Québec et signé par son Secrétaire, le docteur Edgar Pelletier.
Le 1er mai 1904, les travaux de construction de l’église s’amorcèrent dans le rang Pinguet, juste à côté du cimetière. Ces travaux furent réalisés par le charpentier Cléophase Ouellet qui demeurait dans le 6e rang de Saint-Damase, à plus de trois kilomètres de l’église de Pinguet. Il est à noter que l'intérieur de l’église ne recevra sa première couche de peinture qu’au mois d’août 1914. Elle fut payée et appliquée par Georges Duval qui était alors président du conseil de la paroisse et très actif dans la mission protestante.
En mai 1905, éprouvant des problèmes de santé, le pasteur Jean-Louis Morin dut être remplacé par le pasteur C.R. Lapointe.
Le 27 août 1905, l’Église presbytérienne de Saint-Damase fut inaugurée dans le rang Pinguet. Étaient présents à ce culte inaugural présidé par le pasteur Lapointe : le pasteur J. S. Taylor, secrétaire du Comité français d’évangélisation de l’Église Presbytérienne du Canada et surintendant des missions françaises ; le professeur et pasteur Alexandre Mage qui fit la prédication de dédicace ; les pasteurs Morin et Brandt; madame Morin (fille aînée de Chiniquy) qui fut l’organiste ; ainsi que tous les paroissiens et de nombreux visiteurs.
Le 18 juillet 1906, la paroisse reçut son premier livre de registre officiel émis par la Cour supérieure de Montmagny par le protonotaire Cyrias Roy.

Le développement
Entre 1910 et 1915, ce fut le pasteur J. E. Menançon qui guida la paroisse et qui introduisit l’Évangile dans quelques familles. Il enregistra 7 naissances et 4 décès.
En 1915, le pasteur William Chodat prit la relève. En plus de sa charge pastorale, il prit la direction de l’école qu’il installa dans sa propre résidence située près de l’église. Jusque là, l’école se tenait dans une maison appartenant à Athanase Duval et située à plus de trois kilomètres à l’est de l’église. (Il faut se rappeler qu’à cette époque, les écoles étaient confessionnelles et que la minorité protestante devait se débrouiller comme elle le pouvait pour faire instruire ses enfants grâce à l’aide financière des Églises.) Le pasteur Chodat quitta Saint-Damase pour Montréal en 1921.
Le pasteur Chodat fut remplacé par le professeur Albert Sauvé qui vint d’Ottawa avec son épouse et ses enfants (Émile, Aline, Adela et Eugène). Le professeur Sauvé acheta une vaste maison située à Sainte-Perpétue et il en fit un pensionnat selon le modèle proposé dans les années 1910 par le pasteur Tanner, alors responsable de la Mission Presbytérienne pour l’établissement des écoles rurales.
Ceci eut pour conséquence que l’Église de Pinguet n’avait plus de pasteur résident, même si Albert Sauvé venait y célébrer les cultes et y a acquis une réputation d’excellent prédicateur.
De plus, en 1925, l’Église Presbytérienne a été dissoute par son union aux Églises Méthodiste et Congrégationaliste pour former l’Église unie du Canada. L’Église de Pinguet relevait donc dès lors de l’Église unie du Canada, mais le soutien des missions et paroisses rurales francophones ne constituait pas une priorité pour l’Église Unie naissante.
Comble de malheur, le professeur Sauvé décéda en 1931. Sa fille Aline prit la direction de l’école, mais elle dut abandonner au bout de deux ans faute d’un soutien financier suffisant. La famille Sauvé retourna donc à Ottawa en 1934.
Tout le temps que dura la mission éducative et religieuse de la famille Sauvé, les pasteurs Chodat, Brandt, Beauchamp et Charles Pelletier vinrent à tour de rôle à Pinguet pour y célébrer les baptêmes et les mariages. En effet, le professeur Sauvé, n’étant pas un pasteur, ne pouvait agir à titre d’officier d’État civil et signer les registres officiels où étaient inscrits les mariages et les naissances.
Les années difficiles
Entre 1937 et 1958, les pasteurs ne venaient à Pinguet que très rarement. L’église était presque laissée à l’abandon. Les quelques membres qui lui restaient fidèles n’avaient que leur bible pour se consoler.
En 1958, suite aux pressions constantes de celles et ceux qui étaient demeurés fidèles à l’Évangile, le pasteur Carson W. Duquette fut envoyé par l’Église unie du Canada pour s’occuper des membres francophones de l’Église unie de Québec et de Pinguet. Il se rendit à Saint-Damase-des-Aulnaies aussi souvent qu’il en trouva la possibilité. Il fit même installer l’électricité dans l’église et fit payer la facture par l’Église unie. En 1971, il quitta la région pour Ottawa où il réside toujours.
Pendant les onze années qui suivirent, la venue d’un pasteur de Montréal ou des environs à Pinguet était un événement rare. L’œuvre était dans un état pitoyable et l’église avait un sérieux besoin de travaux de toutes sortes.
La renaissance
En 1982, des subsides gouvernementaux furent mis à la disposition des municipalités pour la réalisation de projets. Ayant à cœur de ne pas laisser tomber l’église du rang Pinguet, Albert et Maurice Daigle allèrent rendre visite au maire de la paroisse pour vérifier avec lui s’il était possible d’inclure la restauration de l’église dans ces projets. Le maire convoqua alors une réunion spéciale du Conseil qui, à l’unanimité, accepta de diriger l’argent du projet sur l’église protestante. Il faut aussi noter que le maire était le petit-fils du charpentier Ouellet qui avait construit l’église. Le maire donna donc suite à la décision de son Conseil et fit le nécessaire pour que l’église reçoive un grand ménage intérieur et une belle réparation extérieure.
Alors que la main-d’œuvre fut payée en partie par le projet gouvernemental et en partie grâce au bénévolat, les matériaux le furent grâce à la générosité des membres de l’Église unie de Montréal, Québec et Saint-Damase, ainsi qu’avec l’aide du Consistoire Laurentien1 de l'Église unie du Canada qui venait de voir le jour.
Après la fin des travaux, la paroisse s’est même retrouvée avec un montant de 300 $ en caisse pour la première fois de son histoire. Mais, elle était malheureusement toujours sans pasteur attitré...
À l’époque même des travaux sur le bâtiment de l’église, en 1982, l’Église Baptiste envoya le pasteur Guy Brouillet assurer le ministère pastoral à l’Islet. Maurice et Albert Daigle lui demandèrent s’il était disposé à venir de temps à autre célébrer le culte à Pinguet ; il serait alors payé par les membres de Pinguet. Il accepta et vint régulièrement célébrer les cultes avec ferveur jusqu’en 1993. Il fut alors remplacé à l’Islet par le pasteur Rémi Gagnon qui mit au moins autant de ferveur que son prédécesseur à accompagner la communauté de Pinguet dans son cheminement spirituel. Le pasteur Gagnon fut muté par son Église au Nouveau-Brunswick en 1999 et ne fut pas remplacé à l’Islet.
Un présent plein d’espoirs
Contrairement à ce qui s’était passé lors des «années difficiles», le départ du pasteur Gagnon donna l’occasion à l’Église unie du Canada de reprendre ses responsabilités à l’égard de Pinguet. Même si au milieu des années 1990, le pasteur de la paroisse Saint-Pierre de Québec, Hervé Martin, invitait les gens des deux communautés, Pinguet et Saint-Pierre, à s'assembler à Pinguet durant l'été pour un culte et un pique-nique, les liens avec l'Église unie du Canada demeuraient épisodiques. Suite au départ du pasteur Gagnon, la paroisse Saint-Pierre de Québec décida d’envoyer son pasteur, Gérald Doré, célébrer régulièrement les cultes à Pinguet et d’assurer le soutien spirituel de cette communauté. Bien sûr, cette décision fut prise non seulement en consultant le pasteur Doré, mais bien à sa demande car c’est lui qui avait choisi d’en prendre l’initiative.
En février et mars 2000, les deux paroisses (Pinguet et Saint-Pierre) ont finalement choisi d’unir leurs destinées pour ne former qu’une seule charge pastorale : l’Église unie Saint-Pierre & Pinguet. Ceci eut pour effet de libérer des obligations d’intendance ceux qui avaient tenu à bout de bras la survie de Pinguet pendant des décennies et leur permettre de prendre un repos plus que mérité en se consacrant à l’essentiel de leur mission : évangéliser par la Parole et l’exemple.
Aujourd’hui, nous pouvons constater une véritable renaissance de l’Église unie Pinguet, seule paroisse protestante rurale de tradition réformée francophone qui soit encore vivante cent ans après ses débuts sur la rive sud du Saint-Laurent entre Gaspé et Montréal. Elle accueille de nouveaux membres et elle est devenue un modèle de foi et de ténacité dans sa région. Des projets de mise en valeur de ce patrimoine religieux sont maintenant sur la table et devraient se matérialiser dans un proche avenir. La paroisse Pinguet revit grâce à celles et ceux qui, comme la famille Daigle et les autres familles membres de Pinguet, n’ont jamais renoncé à témoigner de leur foi, à être d’authentiques « pro-testants » (pro = pour, en faveur de… ; tester = témoigner).
Durant l'été 2001, de la fête de la Saint-Jean-Baptiste jusqu'à la fête du Travail, des cultes ont été célébrés à tous les dimanches par le pasteur de Saint-Pierre, Gérald Doré, ainsi que Geneviève Trudel et le pasteur Ikonga Wetshay. Les paroissiens de Pinguet n'avaient pas vu cela depuis 70 ans !
Aujourd'hui, nous préparons les fêtes du centenaire de Pinguet qui auront lieu en 2004. Dans ce cadre, la restauration de la chapelle est à l'ordre du jour. La paroisse a fait une demande de subvention au Ministère des Affaires Culturelles du Québec, via le Programme de restauration du Patrimoine Religieux.
Pour les amateurs de statistiques, les registres officiels de la paroisse Pinguet font état, pour la période allant des origines jusqu’en 2001, de :
88 baptêmes ; 32 mariages ; 45 funérailles
et l’avenir est rempli d’espoir car «...ces trois-là demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand.» (1 Co 13, 13).
1Le Consistoire Laurentien de l'Église unie du Canada est une instance administrative non-territoriale regroupant les paroisses francophones de l'Église unie.
Source
Témoignage de M. Maurice Daigle, Ancien de la paroisse Pinguet de l'Église unie du Canada
Bibliographie
DUCLOS, R. P., Histoire du protestantisme français au Canada et aux Etats-Unis, Montréal, Librairie Évangélique, 1913, tomes I et II
Photographies (par ordre d'apparition):
Église unie Pinguet, Saint-Damase-des-Aulnaies, depuis le rang 5, collection privée, été 2000, 4" x 6" (couleur)
Pasteur Jean-Louis Morin, dans Histoire du protestantisme français au Canada, tome II, appendice, p. 20
Chapelle protestante Saint-Damase, Archives de la Côte-du-Sud et du Collège de Sainte-Anne, cote F100/730/11/4, Bruno Pelletier, 1956, 8.6 cm x 12.3 cm (noir et blanc)
Pasteur S. J. Taylor, dans Histoire du protestantisme français au Canada, tome II, p. 176; Pasteur Alexandre Mage, dans Histoire du protestantisme français au Canada, tome II, couverture intérieure.
Pasteur J. E. Menançon, dans Histoire du protestantisme français au Canada, tome II, p. 172 ; Pasteur William Chodat, dans Histoire du protestantisme français au Canada, tome II, appendice, p. 20
Restauration de l'Église Pinguet, collection privée, 1982, 4" x 6" (couleur) ; Intérieur de l'Église Piguet, collection privée, été 2001, 4" x 6" (couleur)
Quelques membres de la famille Daigle, collection privée, 25 décembre 2000, 4" x 6" (couleur)
© Copyright Geneviève Trudel, 2002
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