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Juillet 2000
Donne-nous aujourd'hui
notre pain quotidien (Mathieu 6,11)
Je
me souviens avoir discuté avec quelqu'un, il y a quelques années sur le
sens de cette demande du Notre Père. Cette personne me disait: Tu
comprends, quand on vit avec un
revenu limité, on rêve d'avoir plus que du pain mais de
pouvoir mettre du beurre sur son pain. Ne demander que du pain c'est
demander peu de choses.
Sa réflexion m'est restée en tête longtemps. Je me suis dit: Il ne
faudrait pas prendre le mot pain au sens littéral. Le pain a le sens
symbolique de tout ce qu'il nous faut pour vivre et plusieurs versions de
la Bible font ce choix dans leur
traduction. Le pain à l'époque
du Christ était ce qu'on pouvait souhaiter de mieux sur sa table. C'était à la fois l'aliment de base mais
aussi, ce qu'on n'avait pas
toujours dans les moments de difficultés.
Aujourd'hui on peut trouver du pain sur presque toutes les tables et certaines personnes s'en privent même pour une question de régime.
Notre situation est donc assez différente de celle de l'époque du
Christ. La demande du Notre Père a-t-elle encore du sens pour notre
monde?
Dans notre société d'abondance, il faut rappeler souvent aux petits et
grands ce qui est essentiel et ce qui ne l'est pas. Il faut, à un moment
ou un autre, en arriver là ; sinon
nous avons tous l'air de ces enfants qui, dans
un magasin de jouets, veulent tout avoir.
Apprendre à se satisfaire de ce qu'on a nous conduit à cette sagesse à
laquelle nous invite l'Évangile. C'est le sens de la pauvreté dont nous
parle l'Évangile. La pauvreté évangélique n'est pas synonyme de misère
mais d'avoir la capacité de se décentrer
de soi pour aller vers les autres. L'épisode
de la multiplication des pains nous donne un exemple dans ce
sens. Dans l'évangile de Jean (6,1-14) un jeune garçon propose de
partager son repas avec les autres,
cinq petits pains d'orge et deux poissons. Le sens du partage nous décentre de nous-mêmes et nous fait nous
tourner vers les autres plutôt que
de nous faire rechercher sans cesse plus de produits à
consommer. C'est aussi le sens de la conversion de Zachée, qui sans que
Jésus l'invite à le faire, décide de partager ses biens avec les
pauvres (Luc 19,1-10).
La demande du Notre Père de
nous accorder le pain nécessaire à chaque
jour indique toute l'importance qu'accorde le Christ à la satisfaction
des besoins de base de chacun comme
condition de respect de la personne dans toute sa dignité. La misère est un
scandale qui doit sans cesse remuer le cœur du chrétien. Il y a plus que le
pain qui est en cause...
La considération pour chaque personne, peu importe qui elle soit, est à la
base de l'Évangile. Pour le Christ peu importe que son interlocuteur soit:
Pharisien, collecteur d'impôt, lépreux, aveugle, Samaritain ou officier
romain; ce qui importe c'est la personne. Ainsi dans nos pays riches, il ne
suffit pas de savoir qu'une personne mange tous les jours pour qu'on puisse se
dire qu'elle a tout ce qu'il lui faut car comme le dit l'Évangile:
"L'homme (la femme) ne vit pas seulement de pain mais de toute parole que
Dieu prononce "(Matthieu 4,4) Cette
dernière parole du Christ indique combien le pain et la vie spirituelle sont
importants dans la vie chrétienne.
Pierre-Paul
Lafond
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