ÉGLISE UNIE BEDFORD / ACTON VALE

La lettre pastorale


 
 

Mai 2000
“ Pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi ” 
(Col 3,13  )
On parle beaucoup de la nécessité du pardon de nos jours, autant du pardon pour certains individus que pour des institutions. Il y a quelques semaines on parlait beaucoup du général Pinochet que certains voulaient traduire en justice pour les crimes commis par son régime militaire au Chili; la justice avant le pardon auraient pu dire ses opposants . Lors de la visite du pape Jean-Paul II on a beaucoup parlé de son refus de demander formellement pardon aux Juifs victimes de l'Holocauste. Plus près de nous, les orphelins de Duplessis, auraient voulu que l'Église catholique leur demande pardon pour les abus de tous ordres commis dans les orphelinats jusque dans les années soixante. L'Église Unie a demandé pardon aux Amérindiens pour le système des Écoles Résidentielles qui les a menés à l'assimilation et leur a occasionné des abus physiques et sexuels. Notre Église fait face à de nombreuses poursuites en Colombie-Britannique comme les Églises Anglicanes et Catholiques. Les poursuites peuvent s'avérer un vrai cul-de-sac si la réconciliation et la guérison ne sont pas envisagées. Nous avons besoin de pardon pour tous les problèmes entre les diverses communautés culturelles, religieuses et raciales de notre pays. Pardon pour la communauté noire victime de discrimination qui dure toujours. Pardon pour la communauté japonaise de Colombie-Britannique que l'on a déportée et internée dans des camps dans l'Est du Canada durant la deuxième guerre mondiale. Pardon pour la communauté juive victime d'antisémitisme bien avant la deuxième guerre mondiale. 
J'en oublie encore sûrement mais, demander pardon est un geste qui implique un changement d'attitude. Demander pardon c'est reconnaître que l'on a eu des tords qu'ont alimenté des sentiments de supériorité ou de méfiance. La réconciliation est toujours possible. L'Afrique du Sud avec sa "Commission pour la Vérité et la Réconciliation" favorise à la fois l'expression des victimes de la torture ainsi que le pardon pour les bourreaux. La Révocation de l'Édit de Nantes (1685) symbole de l'intolérance religieuse en France est commémoré dans des colloques oecuméniques dans ce même pays. Dans le contexte du Jubilée de l'an 2,000 où il est question d'annuler la dette des pays du Tiers-monde, on peut parler aussi d'annuler une autre dette qu'est la rancune. Ainsi dans le Notre Père les mots "Pardonne-nous nos offenses" peuvent être aussi traduits par " Remets nous nos dettes comme nous-même avons remis à nos débiteurs" (Bible de Jérusalem). Le pardon c'est quelque chose parfois difficile à accorder. Le premier geste à faire pour vivre le pardon c'est de le remettre à Dieu en attendant de pouvoir le faire nous-même plus facilement. Comme pour les dettes, nous ne pouvons retenir le pardon indéfiniment. Le Lévitique prescrivait de remettre les dettes à tous les 50 ans. C'est un laps de temps assez long pour permettre à la réconciliation de pouvoir se faire. Refuser le pardon et la réconciliation c'est transmettre à une autre génération nos dettes, nos échecs, nos refus de pardonner en se faisant des ennemis héréditaires en perpétuant des préjugés sur des personnes ou des groupes. Cela prend beaucoup de maturité pour apprendre à pardonner surtout quand les blessures les plus marquantes nous sont infligés généralement par des proches.  Nous sommes parfois solidaires de l'injustice et du mal dont souffre les autres parce que nous avons refusé de dénoncer le racisme, l'antisémitisme, les préjugés contre les assistés sociaux... Nous avons donc comme société à être pardonnés. Le Jubilé est pour nous l'occasion de nous libérer de nos dettes sous toutes les formes qu'elles puissent prendre. Ces dettes nous empêchent de vivre vraiment dans un monde plus fraternel où la discrimination n'aurait plus sa place. 
 

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