Consistoire Laurentien

Consistoire francophone au sein de l'Église Unie du Canada.

Éditorial - Septembre 2007


Les petites filles qu’on enlève

Le retour de vacances a cela de fascinant qu’on doit se remettre à jour dans les informations nationales et mondiales. Une pile de journaux et de revues m’attend. Je parcours les grands titres de l’été qui s’achève ; lesquels me font réagir le plus ?

- Le Tour de France qui croule sous les scandales de dopage… la chute des dieux est d’autant plus spectaculaire qu’ils sont grands et forts, et que l’on s’est bousculé pour les voir le long du parcours jusqu’à la toute fin de la compétition.

- Quantité de nos lacs sont infestés d’algues bleues… et cela ne fait que commencer, mais, bonne nouvelle, ce sont les citoyens riverains qui prennent les choses en main en plantant des arbres et des arbustes.

- Par un sondage à travers le pays on établit la liste des « dix pires Canadiens » ; je n’ai guère d’estime pour la plupart des nominés, mais faut-il élever le cynisme au rang de vertu ? Cette liste fait-elle avancer notre intelligence de qui nous sommes ?

- Des évangéliques coréens sont retenus en otages en Irak ; on les voit souriants sur les photos parues dans les journaux, prêts à porter la Bonne Nouvelle de l’Évangile aux confins de la terre… au risque de leur vie ?

- La déclaration du Pape voulant que les Églises protestantes ne soient pas des Églises « au sens propre du terme ». Rien de nouveau, tentent de temporiser certains leaders œcuméniques ; justement on aurait espéré quelque chose de nouveau !

- La mort de soldats de l’armée canadienne en Afghanistan, histoire qui brasse les émotions de beaucoup au gré desquelles fluctuent les appuis à la guerre et les positions des partis politiques.

- Les incendies dévastateurs en Grèce ; certes on offre une récompense d’un million d’euros pour les pyromanes, mais on peut y voir aussi une autre manifestation de la crise environnementale qui nous menace.

Comment ne pas réagir à cette horrible histoire d’une petite fille de 4 ans, Madeleine, enlevée au Portugal, que ses parents recherchent, avec la police, peut-être en Espagne, peut-être au Maroc ! Et voilà qu’ici même une petite Cédrika de dix ans est enlevée en pleine ville de Trois-Rivières. Les recherches se poursuivent et pour l’une et pour l’autre, mais il est aisé d’imaginer - et nos cœurs se serrent - l’indicible peine, l’angoisse et les tourments ressentis par les parents des deux fillettes.

Les questions se bousculent : qui peut bien consciemment, sciemment, faire une telle épouvantable action ? et pourquoi ? dans quel but ? À quelle époque de barbarie retournons-nous pour engendrer de tels monstres ? Que dire devant Dieu ?

Je fouille dans les notes que j’ai glanées en sautant d’une présentation à l’autre au Forum social québécois… La traite (et le trafic) des personnes est un commerce des plus florissants. Et bien sûr la prostitution et l’exploitation sexuelle en sont les principales destinations, à côté des aides familiales, du travail agricole, en usine ou dans la construction, du monde des spectacles érotiques, des enfants adoptés et des mariages forcés… Les chiffres sont ahurissants : l’ONU estiment que 250 000 000 (250 millions) de personnes, à 80 pour cent des femmes et des enfants, en sont victimes par année, et que leur valeur marchande (!!) s’élève à 32 000 000 000 (32 milliards) de dollars. Ça en fait des salauds de clients !

Combien vraie est cette réflexion : « La traite existe parce qu’on ferme les yeux. »

David Fines