Communicateurs ou non, peut-être pouvons-nous
porter un instant attention sur le monde merveilleux de notre télévision,
reflet fidèle de ce que nous sommes, de ce qui nous anime. Consulter la liste
des trente émissions les plus regardées de la société québécoise est pour moi,
pour le moins… découra-geant !
Il va sans dire que TVA domine outrageusement
cette course à l’audimat, ne laissant que des miettes aux autres diffuseurs, en
accaparant vingt de ces trente places. Et trônant bien haut, bien haut, tout
là-haut au-dessus du lot, avec plus de deux millions de spectateurs et
spectatrices, l’émission Le Banquier, qui ne me semble à moi que vacuité et futilité. Quant à
l’émission la plus regardée de Radio-Canada, deuxième du palmarès, il s’agit de
l’inclassifiable Tout le monde en parle. Suit toute une série d’autres programmes superficiels,
insignifiants ou carrément abrutissants, dont plusieurs téléromans, concours et
jeux, et émissions sportives.
Je veux bien croire que l’un des rôles majeurs
de la télévision soit de nous divertir, mais j’aime aussi qu’on le fasse en
faisant appel à mon intelligence, qu’on m’invite à la réflexion, que j’aie
l’impression d’apprendre quelque chose, de m’enrichir. Si aucune émission, à
sujets culturels, artistiques ou scientifiques, n’apparaît même sur la liste,
il faut attendre les 18e et 25e rang, pour trouver des
émissions d’information. Pourtant on sait que c’est par la télévision que
« le citoyen moyen » s’informe en premier lieu. Il est vrai que même
l’information est traitée de plus en plus de façon sensationnaliste et
superficielle ; on s’aperçoit qu’il y a, depuis quelque temps, tendance à
l’uniformisation entre les chaînes de télévision, de même qu’entre les
quotidiens.
La
couverture médiatique de la campagne électorale qui s’annonce est prévisible.
Les meutes de journalistes courront couvrir la campagne, certes, mais bien plus
à l’affût des faux-pas, des lapsus, des bévues et des maladresses des chefs et
des candidat-es qu’à l’analyse soignée des programmes et des promesses des
partis. Sans doute, plusieurs d’entre eux feront des pieds et des mains pour se
faire voir sur le plateau de Tout le monde en parle, pour passer un tant soit peu leur message, tout en
divertissant un public qui en redemande.
Sans oublier, dans cette tendance « près
du peuple » où règnent la dictature de l’opinion, la tyrannie de l’émotion
et l’absolutisme de l’instantanéité, et qui privilégie la forme au contenu, les
nombreux topos de la vox populi, des gens de la rue et des dépanneurs, appelés,
le micro imposant poussé sous le nez, à donner leur avis sur quelque sujet que
ce soit, des questions les plus essentielles pour l’avenir de la société à
l’anecdote la plus anodine.
Décourageant, vous dis-je, mais troublant
aussi. Que dit de nous-mêmes cette liste des trente émissions les plus
suivies ? Que disent les chiffres des habitudes de vie de notre
collectivité ? Quelque part, les producteurs répondent certainement aux
goûts, aux envies et aux besoins de leurs publics, et s’il faut sombrer dans le
populaire, qu’il soit insipide, insignifiant ou frivole, pour grimper dans les
cotes d’écoute, alors allons-y. Et cela ne va sans doute pas changer de sitôt,
car il y a plus grave. Les deux plus importants réseaux de télévision au Canada,
Shaw Communications et Québécor (propriétaire de TVA) ont récemment décidé
unilatéralement de retirer tout leur appui monétaire, auquel la loi fédérale
les astreint, au Fonds canadien de télévision administré par le gouvernement et
qui permet de soutenir les productions des petites entreprises indépendantes,
pour ne financer que leurs propres productions. Ce qui a soulevé un tollé
général.
Ça, c’est plus que décourageant ; c’est
inquiétant. Parlera-t-on, dans la campagne électorale, de cette mise-à-mal du
partage par l’appétit des plus forts ? Le sort de la culture est une
question qui mériterait certes d’être débattue.
David
Fines


