Les femmes et la paix
Rosa-Elena Donoso-Cruz
pasteure à la paroisse Camino de Emaús
Quand il approcha de la ville et qu’il l’aperçut, il pleura sur elle. Il
disait : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix…! Mais
hélas ! Cela a été caché à tes yeux ! (Luc
19 :42).
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière
du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de
craindre (Jean 14 :27).
L’Évangile est un
message universel de libération, mais comme il est manifesté dans un monde
divisé, son impact s’effectue de façon différente selon celles et ceux qu’il
atteint : sa tonalité, son action sont différentes suivant qu’il s’agit de
la libération, de la solidarité et de la paix ou de la domination, de la
répression et de la guerre.
La plénitude
humaine exclut aussi bien l’oppression subie que l’oppression exercée ;
elle réclame que « le droit de la force soit remplacé par la force du
droit ».
La journée
internationale des femmes, le 8 mars, est célébrée par des groupes de femmes,
et aussi des hommes, dans le monde entier. Les femmes et les hommes peuvent
voir qu’il s’agit d’une tradition représentant plus de 90 ans de lutte pour
l’égalité, la justice et le développement. Mais on oublie souvent la lutte des
femmes pour la paix, peut-être car cette journée est consacrée à la vie de
femmes ordinaires qui ont fait l’histoire. Aujourd’hui nous vivons dans un
monde globalisé où la compétence et la loi du plus fort sont des valeurs plus
importantes que la paix et la solidarité. Mais beaucoup de femmes continuent à
travailler pour la paix.
Le 8 mars est le
jour international des femmes. J’aimerais parler des origines de ce jour
spécialement en relation avec la paix. Je pense que les femmes ont un rôle
fondamental dans la lutte pour un monde solidaire. La domination masculine a
été liée toujours à la guerre. Malheureusement aujourd’hui l’incorporation des
femmes à l’armée est contraire à la libération des femmes et aussi des hommes.
Cependant dans plusieurs pays qu’on dit démocratiques, l’incorporation des
femmes soldates est un fait. La publicité qui fait la sublimation de la
violence, fait croire en même temps à plusieurs femmes qu’il est aussi nécessaire
d’imiter les hommes militaires.
Le 17 août
1907, cinquante-huit déléguées venues principalement de pays d’Europe se
rencontrèrent à la première conférence de l’Internationale socialiste des
femmes à Stuttgart, sous la direction de Clara Zetkin d’Allemagne. La
conférence adopta une résolution sur le droit de vote des femmes : point
de départ d’une lutte permanente pour tous les droits de la femme.
Il est vrai qu’à
l’époque il existait plusieurs types d’organisations féminines et que certains
syndicats s’adressaient aussi aux femmes ; mais, dans la plupart des pays,
les femmes n’avaient aucun droit politique. Il faut dire qu’en Finlande et en
Norvège les femmes avaient déjà obtenu le droit de vote (l’une des déléguées
finlandaises, Hilda Parssinen, était membre du Parlement).
La deuxième
conférence, qui eut lieu à Copenhague en 1910, prit la résolution de consacrer
annuellement une journée comme Journée internationale de la Femme.
La conférence
adopta également une résolution sur la paix. Nous pouvons dire que l’appel à la
paix de l’Internationale socialiste des femmes en 1910 était opportun et
qu’aujourd’hui il continue à être opportun.
En 1912,
l’Internationale socialiste organisa une conférence extraordinaire à Bâle pour
examiner le problème de la paix. Clara Zetkin fit à cette conférence un
discours très important que j’aimerais répéter car il est d’une brûlante
actualité. Le système néolibéral, le dieu du marché global, la politique
impériale ont besoin de la guerre comme instrument de domination et
d’enrichissement. Clara Zetkin dit : « Les femmes socialistes de tous
les pays, indissolublement unies à l’Internationale socialiste, s’opposent à la
guerre ; la guerre moderne représente la destruction et le massacre pour
les masses ; mais la guerre n’est qu’une extension du massacre des masses
prolétaires commis par le capitalisme à chaque heure de chaque jour ;
chaque année, des centaines de milliers de victimes tombent sur le champ de
bataille ouvrier dans les nations capitalistes développées et font davantage de
victimes que n’en fait n’importe quelle guerre ; les femmes figurent en
nombre croissant parmi ces victimes ; la guerre n’est que la forme la plus
insensée de l’exploitation des masses par le capitalisme ; ce sont les
fils du prolétariat que l’on dresse les uns contre les autres pour qu’ils
s’entretuent ; les femmes et les mères déplorent ce crime, mais elles ne
pensent pas seulement aux corps mutilés de leurs proches, elles pensent aussi à
l’émasculation des esprits ; la guerre menace tout ce que les femmes ont
appris à leurs enfants sur la solidarité et la communauté internationale ;
les femmes peuvent inculquer à leurs enfants une profonde aversion pour la
guerre, mais cela ne veut pas dire que les femmes ne soient pas prêtes aux sacrifices ;
elles savent qu’il faut se battre et mourir quand on lutte pour la
liberté ; et ni la lutte contre la guerre, ni la lutte pour la liberté
n’est possible sans les femmes.
Clara Zetkin
termine son discours sur l’appel « Krieg dem Krieg » - guerre à la guerre.
Mais tout cela
fut-il dit et écrit en vain ?
Pour nous les
chrétiennes et chrétiens la paix est toujours liée à la personne du Christ et à
sa présence. Mais travailler pour faire œuvre de paix implique aussi la
solidarité, la justice et l’égalité dans le monde et dans la société. C’est
aussi notre mission concrète d’aujourd’hui comme filles et fils de Dieu.◊


