Consistoire Laurentien

Consistoire francophone au sein de l'Église Unie du Canada.

Bulletin de l'UMiF - mars

Les femmes et la paix

Rosa-Elena Donoso-Cruz

pasteure à la paroisse Camino de Emaús

Quand il approcha de la ville et qu’il l’aperçut, il pleura sur elle. Il disait : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix…! Mais hélas ! Cela a été caché à tes yeux ! (Luc 19 :42).

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre (Jean 14 :27).

L’Évangile est un message universel de libération, mais comme il est manifesté dans un monde divisé, son impact s’effectue de façon différente selon celles et ceux qu’il atteint : sa tonalité, son action sont différentes suivant qu’il s’agit de la libération, de la solidarité et de la paix ou de la domination, de la répression et de la guerre.

La plénitude humaine exclut aussi bien l’oppression subie que l’oppression exercée ; elle réclame que « le droit de la force soit remplacé par la force du droit ».

La journée internationale des femmes, le 8 mars, est célébrée par des groupes de femmes, et aussi des hommes, dans le monde entier. Les femmes et les hommes peuvent voir qu’il s’agit d’une tradition représentant plus de 90 ans de lutte pour l’égalité, la justice et le développement. Mais on oublie souvent la lutte des femmes pour la paix, peut-être car cette journée est consacrée à la vie de femmes ordinaires qui ont fait l’histoire. Aujourd’hui nous vivons dans un monde globalisé où la compétence et la loi du plus fort sont des valeurs plus importantes que la paix et la solidarité. Mais beaucoup de femmes continuent à travailler pour la paix.

Le 8 mars est le jour international des femmes. J’aimerais parler des origines de ce jour spécialement en relation avec la paix. Je pense que les femmes ont un rôle fondamental dans la lutte pour un monde solidaire. La domination masculine a été liée toujours à la guerre. Malheureusement aujourd’hui l’incorporation des femmes à l’armée est contraire à la libération des femmes et aussi des hommes. Cependant dans plusieurs pays qu’on dit démocratiques, l’incorporation des femmes soldates est un fait. La publicité qui fait la sublimation de la violence, fait croire en même temps à plusieurs femmes qu’il est aussi nécessaire d’imiter les hommes militaires.

Le 17 août 1907, cinquante-huit déléguées venues principalement de pays d’Europe se rencontrèrent à la première conférence de l’Internationale socialiste des femmes à Stuttgart, sous la direction de Clara Zetkin d’Allemagne. La conférence adopta une résolution sur le droit de vote des femmes : point de départ d’une lutte permanente pour tous les droits de la femme.

Il est vrai qu’à l’époque il existait plusieurs types d’organisations féminines et que certains syndicats s’adressaient aussi aux femmes ; mais, dans la plupart des pays, les femmes n’avaient aucun droit politique. Il faut dire qu’en Finlande et en Norvège les femmes avaient déjà obtenu le droit de vote (l’une des déléguées finlandaises, Hilda Parssinen, était membre du Parlement).

La deuxième conférence, qui eut lieu à Copenhague en 1910, prit la résolution de consacrer annuellement une journée comme Journée internationale de la Femme.

La conférence adopta également une résolution sur la paix. Nous pouvons dire que l’appel à la paix de l’Internationale socialiste des femmes en 1910 était opportun et qu’aujourd’hui il continue à être opportun.

En 1912, l’Internationale socialiste organisa une conférence extraordinaire à Bâle pour examiner le problème de la paix. Clara Zetkin fit à cette conférence un discours très important que j’aimerais répéter car il est d’une brûlante actualité. Le système néolibéral, le dieu du marché global, la politique impériale ont besoin de la guerre comme instrument de domination et d’enrichissement. Clara Zetkin dit : « Les femmes socialistes de tous les pays, indissolublement unies à l’Internationale socialiste, s’opposent à la guerre ; la guerre moderne représente la destruction et le massacre pour les masses ; mais la guerre n’est qu’une extension du massacre des masses prolétaires commis par le capitalisme à chaque heure de chaque jour ; chaque année, des centaines de milliers de victimes tombent sur le champ de bataille ouvrier dans les nations capitalistes développées et font davantage de victimes que n’en fait n’importe quelle guerre ; les femmes figurent en nombre croissant parmi ces victimes ; la guerre n’est que la forme la plus insensée de l’exploitation des masses par le capitalisme ; ce sont les fils du prolétariat que l’on dresse les uns contre les autres pour qu’ils s’entretuent ; les femmes et les mères déplorent ce crime, mais elles ne pensent pas seulement aux corps mutilés de leurs proches, elles pensent aussi à l’émasculation des esprits ; la guerre menace tout ce que les femmes ont appris à leurs enfants sur la solidarité et la communauté internationale ; les femmes peuvent inculquer à leurs enfants une profonde aversion pour la guerre, mais cela ne veut pas dire que les femmes ne soient pas prêtes aux sacrifices ; elles savent qu’il faut se battre et mourir quand on lutte pour la liberté ; et ni la lutte contre la guerre, ni la lutte pour la liberté n’est possible sans les femmes.

Clara Zetkin termine son discours sur l’appel « Krieg dem Krieg » - guerre à la guerre.

Mais tout cela fut-il dit et écrit en vain ?

Pour nous les chrétiennes et chrétiens la paix est toujours liée à la personne du Christ et à sa présence. Mais travailler pour faire œuvre de paix implique aussi la solidarité, la justice et l’égalité dans le monde et dans la société. C’est aussi notre mission concrète d’aujourd’hui comme filles et fils de Dieu.◊