Consistoire Laurentien

Consistoire francophone au sein de l'Église Unie du Canada.

Éditorial - janvier 2007

Les interrogations indispensables

  Un directeur de YMCA qui fait voiler les vitres d’une de ses salles - à l’étage - à la demande des responsables d’une école juive hassidique afin de soustraire les femmes en tenue de conditionnement physique des yeux de leurs jeunes garçons ; un poste de quartier de la police de Montréal qui distribue un dépliant à ses policiers et surtout policières invitant ces dernières à s’effacer devant leurs collègues masculins en cas d’intervention auprès d’hommes (à nouveau) de la communauté hassidique ; une jeune enseignante musulmane qui revendique le droit de porter le hidjab - ne laissant voir que ses yeux - en classe (ce qui le sera refusé) ; un père qui ne peut assister à l’examen de plongeon de son petit garçon parce que des musulmanes se baignent dans le bassin voisin.

En fin d’année, juste avant la frénésie du magasinage, des épisodes troubles de relations entre communautés rrapportés dans les médias ont fait réagir bien des gens soit par des lettres dans les journaux, soit dans les lignes ouvertes - et nous ne sommes pas allés voir sur Internet ! - : « C’est la tyrannie des minorités ! » « Ils n’ont qu’à s’adapter ! » « Jusqu’où est-ce que ça va aller ? Il n’y a plus de limites aux accommodements raisonnables ! » On aura aussi entendu nombre d’avocats spécialistes des relations intercommunautaires intervenir de façon généralement posée ; un parti politique aura mis la question à l’ordre du jour du débat politique.

Sans doute ces débats auront-ils  permis de différencier dans la tête de bien des gens « accommodements raisonnables », résultats d’un jugement en cour dans les cas de discrimination, et « arrangements de compromis » qui se décident à l’amiable entre deux groupes culturels qui se côtoient.

Pourtant, il nous semble que souvent l’élément identitaire déclencheur se situe davantage dans le religieux que le culturel, que les groupes revendicateurs ne s’identifient pas tant comme grecs, chiliens ou wolofs, mais plutôt comme juifs, sikhs, musulmans, ou même chrétiens ! Juste un peu avant ces événements, une série de reportages télévisés avait mis en lumière un réseau d’écoles religieuses de groupes juifs et protestants radicaux qui ne se conforment pas à la Loi sur l’éducation et qui n’offrent pas aux enfants qui les fréquentent tout l’enseignement qu’elle exige, et cela au bénéfice de cours de religion.

Nous savons que ces groupes revendicateurs sont minoritaires au sein de leur religion et n’en sont nullement représentatifs. Mais, ensemble, ne pourrions-nous pas soulever d’indispensables interrogations sur les exigences auxquelles ces religions astreignent leurs adeptes, sur les prescriptions qui contraignent leurs comportements, sur les restrictions qui calibrent leurs pratiques ? Comment ces règles se situent-elles par rapport aux valeurs telles l’esprit de libération, le désir de paix, d’épanouissement de la personne dont toutes les religions se réclament ? Que nous disent de telles règles sur les pratiques des religions ?

Que nous disent-elles sur les principes du mieux-vivre en communauté ? sur l’invite à l’intégration ? sur le rapport à l’autre et à l’Autre ? Une religion qui éloigne l’individu de l’autre, des autres, qui l’isole, qui l’exclut, fait-elle œuvre de rapprochement ou de division ?

L’aspect public des revendications ne saurait passer en second ; dans de telles applications du rapport au monde, nombreuses sont les implications symboliques pour l’occupation de l’espace public. Nous partageons un espace commun, qui est lieu de débat, tout autant que d’acceptation, de partage et de décision. L’espace de nos valeurs communes, où s’interpose la sphère religieuse, sera-t-il espace public ou privé ? Ces questions vont bien au-delà de l’élaboration des accommodements dits raisonnables pour vivre ensemble en un enrichissement mutuel ; elles touchent ontologiquement à ce que nous serons collectivement dans les années futures. ◊

David Fines