Consistoire Laurentien

Consistoire francophone au sein de l'Église Unie du Canada.

Bulletin de l'UMiF - janvier 2007

Que vous soyez un
pour que le monde croie que Tu m’as envoyé…


De nouveau cette année, la Semaine de prière pour l’unité chrétienne nous invite à nous recentrer sur Jésus-Christ et sur la construction du Règne de Dieu. Nous sommes conviés à ré-accélérer notre engagement solidaire entre personnes et Églises de différentes traditions et confessions et à nous engager ensemble dans la lutte pour la justice, la paix et le respect de la création.

Il s’agit bien de ré-accélérer ce mouvement de l’Esprit, car l’œcuménisme, du moins chez nous, sommeille, est mis en veilleuse, souvent, par la méfiance vis-à-vis des appareils ecclésiastiques qui, pour beaucoup, semblent décrochés de la vie concrète, des souffrances et des espérances quotidiennes. En effet, depuis belle lurette, nombreux sont ceux et celles qui n’attendent plus la permission de personne pour sauter allègrement les barrières de divisions non seulement entre chrétiens et chrétiennes, mais entre les spiritualités et les religions.

Combien ont déjà opté pour lutter ensemble contre la destruction des peuples et pour la défense de la création et de la Vie que Dieu nous a confiée ? C’est aussi là que se situe le courant œcuménique de notre Église.

Au cœur de l’Évangile de Jésus-Christ, il y a cet appel à l’unité : Que vous soyez un pour… - et ce pour nous engage à vivre l’Évangile pleinement.

L’unité à laquelle Jésus nous appelle dépasse de beaucoup les chrétiens et chrétiennes. Elle vise l’unité des peuples, qui se reconnaîtront, au sein d’une même création qui nous est confiée, comme UNE seule famille humaine, - multiple, diverse, polychrome -, aimée de Dieu, de Dieue aux Noms multiples, singulier et pluriel... Elohim, Allah ou Xau …

Au cœur de la fondation de l’Église unie, il y avait et il y a toujours cette vocation à l’unité : Que tous et toutes soient un est la parole emblématique dans laquelle elle s’est reconnue, par laquelle elle s’est sentie appelée et s’est engagée.

Faut-il le rappeler, la création de l’Église unie est née des mouvements d’évangélisation du XIXe siècle au Canada, face au scandale de la fragmentation des Églises devant la souffrance et l’abandon des travailleurs et des paysans au sein d’une révolution industrielle exploitante, dont la folie et la capacité inouïe de destruction devaient se déchaîner lors de l’hécatombe de la Première Guerre mondiale. L’Église unie fut « rêvée et mise au monde » comme une réponse des Églises à la construction de la paix et de la justice que nous demande l’Évangile. L’Église unie ne s’est pas comprise comme une dénomination mais comme un projet d’église unifiante, en mouvement d’alliance, dans la construction de la paix et de la justice au service de Jésus-Christ… Il nous reste sans cesse à réactualiser cette vision, pour notre société, pour la planète et pour notre temps, sinon  notre foi devient sommeil et sirop de calmant.

Cette année, le thème de la célébration de cette trop courte « Semaine de l’unité », nous vient d’une petite ville - township - d’Afrique du Sud, Umlazi. Ensemble, ces chrétiens et chrétiennes ont choisi un récit de guérison (Marc 7,31-37) pour exprimer notre vocation commune et entendre le Christ nous appeler à répondre avec compassion et justice à la souffrance humaine.

À Umlazi, il y a un seul tribunal, un seul hôpital, un seul bureau de poste, un seul centre médico-social, un seul centre commercial et un seul cimetière - qui grandit trop vite. Mais il y a pléthore d’églises chrétiennes, de toutes dénominations. A Umlazi, 50 % de la population, toutes générations confondues, est séropositive. Aujourd’hui, proclame Umlazi, il est clair que la pandémie du Sida, ainsi que les autres menaces pour la vie humaine - la faim, la violence, le manque de soins et d’instruction… - est un appel aux Églises divisées pour que, comme une seule et même Famille chrétienne, elles s’unissent en Jésus-Christ, dans leur mission de guérison pour l’humanité et la création.

L’incarnation de Dieu en Jésus-Christ, nous rappelle la communauté de Lumbazi, signifie que c’est l’être humain tout entier, dans toutes ses dimensions, spirituelles  et corporelles, que Dieu vient rejoindre et dont Dieu veut guérir la souffrance.

Devant la souffrance du sourd-muet, Jésus ému de compassion crie : Ephata, ouvre-toi! Cela vaut aussi pour nous, nous interpelle Umlazi.

Ouvre-toi ! Pour qu’un chemin de compassion et de justice nous rapproche de Dieu et de ceux et celles qui souffrent. Ouvre-toi ! Ouvre ta vision trop petite de l’amour de Dieu, ouvre tes mains à la solidarité et n’empile pas richesses et privilèges, ouvre ton cœur à la beauté et à la souffrance de l’autre, ouvre la bouche et crie à plein gosier la bonté de Dieu, dénonce les magouilles et les injustices qui oppriment, ouvre le chemin de l’espérance agissante pour que demain soit possible, pour la création, pour nos enfants, pour les peuples et pour la township de Umlazi.

Il est temps de nous retrousser les manches et de profiter de cette semaine pour l’unité des chrétiens et chrétiennes pour nous relancer ensemble, là où nous vivons, à vivre l’Évangile qui guérit et libère.    

Que tous et toutes soient un. C’est à nous de faire notre part, ensemble. ◊

Pierre Goldberger