Que vous soyez un
pour que le monde croie que Tu m’as envoyé…
De nouveau
cette année, la Semaine
de prière pour l’unité chrétienne nous invite à
nous recentrer sur Jésus-Christ et sur la construction du Règne de Dieu. Nous
sommes conviés à ré-accélérer notre engagement solidaire entre personnes et
Églises de différentes traditions et confessions et à nous engager ensemble
dans la lutte pour la justice, la paix et le respect de la création.
Il s’agit
bien de ré-accélérer ce mouvement de l’Esprit, car l’œcuménisme, du moins chez nous, sommeille, est mis en veilleuse,
souvent, par la méfiance vis-à-vis des appareils ecclésiastiques qui, pour
beaucoup, semblent décrochés de la vie concrète, des souffrances et des
espérances quotidiennes. En effet, depuis belle lurette, nombreux sont ceux et
celles qui n’attendent plus la permission de personne pour sauter allègrement
les barrières de divisions non seulement entre chrétiens et chrétiennes, mais
entre les spiritualités et les religions.
Combien ont
déjà opté pour lutter ensemble contre la destruction des peuples et pour la
défense de la création et de la Vie que Dieu nous a confiée ? C’est aussi
là que se situe le courant œcuménique de notre Église.
Au cœur de
l’Évangile de Jésus-Christ, il y a cet appel à l’unité : Que vous soyez
un pour… - et ce pour nous engage à vivre l’Évangile pleinement.
L’unité à
laquelle Jésus nous appelle dépasse de beaucoup les chrétiens et chrétiennes.
Elle vise l’unité des peuples, qui se reconnaîtront, au sein d’une même
création qui nous est confiée, comme UNE seule famille humaine, - multiple,
diverse, polychrome -, aimée de Dieu, de Dieue aux Noms multiples, singulier et
pluriel... Elohim, Allah ou Xau …
Au cœur de
la fondation de l’Église unie, il y avait et il y a toujours cette vocation à l’unité : Que tous et toutes soient un est la parole emblématique dans laquelle elle s’est reconnue, par
laquelle elle s’est sentie appelée et s’est engagée.
Faut-il le
rappeler, la création de l’Église unie est née des mouvements d’évangélisation
du XIXe siècle au Canada, face au scandale de la fragmentation des
Églises devant la souffrance et l’abandon des travailleurs et des paysans au
sein d’une révolution industrielle exploitante, dont la folie et la capacité
inouïe de destruction devaient se déchaîner lors de l’hécatombe de la Première
Guerre mondiale. L’Église unie fut « rêvée et mise au monde » comme
une réponse des Églises à la construction de la paix et de la justice que nous
demande l’Évangile. L’Église unie ne s’est pas comprise comme une dénomination
mais comme un projet d’église unifiante, en mouvement d’alliance, dans la construction de la paix et de la
justice au service de Jésus-Christ… Il nous reste sans cesse à réactualiser
cette vision, pour notre société, pour la planète et pour notre temps,
sinon notre foi devient sommeil et
sirop de calmant.
Cette
année, le thème de la célébration de cette trop courte « Semaine de
l’unité », nous vient d’une petite ville - township - d’Afrique du Sud, Umlazi. Ensemble, ces chrétiens et chrétiennes ont
choisi un récit de guérison (Marc 7,31-37) pour exprimer notre vocation commune
et entendre le Christ nous appeler à répondre avec compassion et justice à la
souffrance humaine.
À Umlazi,
il y a un seul tribunal, un seul hôpital, un seul bureau de poste, un seul
centre médico-social, un seul centre commercial et un seul cimetière - qui
grandit trop vite. Mais il y a pléthore d’églises chrétiennes, de toutes
dénominations. A Umlazi, 50 % de la population, toutes générations confondues, est séropositive. Aujourd’hui,
proclame Umlazi, il est clair que la pandémie du Sida, ainsi que les autres
menaces pour la vie humaine - la faim, la violence, le manque de soins et
d’instruction… - est un appel aux Églises divisées pour que, comme une seule et
même Famille chrétienne, elles s’unissent en Jésus-Christ, dans leur mission de
guérison pour l’humanité et la création.
L’incarnation
de Dieu en Jésus-Christ, nous rappelle la communauté de Lumbazi, signifie que c’est l’être humain tout entier, dans toutes
ses dimensions, spirituelles et
corporelles, que Dieu vient rejoindre et dont Dieu veut guérir la souffrance.
Devant la
souffrance du sourd-muet, Jésus ému de compassion crie : Ephata,
ouvre-toi! Cela vaut aussi pour nous,
nous interpelle Umlazi.
Ouvre-toi ! Pour qu’un chemin de compassion
et de justice nous rapproche de Dieu et de ceux et celles qui souffrent. Ouvre-toi ! Ouvre ta vision trop petite de
l’amour de Dieu, ouvre tes mains à la solidarité et
n’empile pas richesses et privilèges, ouvre ton
cœur à la beauté et à la souffrance de l’autre, ouvre la bouche et crie à plein gosier la bonté de Dieu, dénonce les
magouilles et les injustices qui oppriment, ouvre le
chemin de l’espérance agissante pour que demain soit possible, pour la
création, pour nos enfants, pour les peuples et pour la township de Umlazi.
Il est
temps de nous retrousser les manches et de profiter de cette semaine pour
l’unité des chrétiens et chrétiennes pour nous relancer ensemble, là où nous
vivons, à vivre l’Évangile qui guérit et libère.
Que tous
et toutes soient un. C’est à nous de faire notre part,
ensemble. ◊
Pierre
Goldberger


