Les renversements dramatiques
Je sais, c’est inscrit dans ma description de
tâches, mais il y a des jours où je n’ai plus envie de lire le journal ;
non seulement les mauvaises nouvelles s’étalent en quatre colonnes à la une,
mais elles semblent se succéder à un rythme toujours plus fou : nouveaux
renforts de 20 000 hommes pour « régler » le conflit en Irak, spirale
de violence en Afghanistan, menace nucléaire de l’Iran, affrontement fratricide
Fatah-Hamas en Palestine, pas d’accalmie au Liban, chantage russe au pétrole et
au gaz, le Darfour qui n’en finit plus de crever, troubles et retroubles en
Somalie, l’Afrique ravagée par le VIH/SIDA, le Bangladesh sous la loi martiale,
attentat de l’ETA en Espagne, la Colombie en ébulition, plus de journalistes assassinés
que jamais auparavant, résurgence de la peine de mort, nos gouvernements qui
augmentent les dépenses militaires et réduisent l’aide à la culture et aux
groupes de défenses des droits, mises-à-pied dans l’industrie, l’agriculture en
crise, la forêt en crise, réforme scolaire cahotique, le réchauffement de la
planète… Au secours ! Ça suffit !
Dévoilé récemment, le rapport Risques
mondiaux 2007 est le résultat d’une consultation auprès
d’une centaine d’experts réalisée par le Forum de Davos (qui s’est réuni à la
fin de janvier) en collaboration avec quelques groupes du monde des finances et
des affaires. Il cite, en vrac, pour la prochaine décennie, les menaces d’un
effondrement financier, de la montée du protectionnisme, d’un choc pétrolier,
sans oublier celles de l’aggravation des conflits militaires et du terrorisme,
de la propagation d’épidémies à l’échelle mondiale, le bris d’infrastructures
informatiques vitales et des changements climatiques !
Ouille !
La première raison d’être des Églises, c’est de
proclamer l’espérance évangélique. Depuis l’interjection célèbre du théologien
étatsunien H. Niebuhr, de marcher avec une Bible dans une main et le journal
dans l’autre, elles ne peuvent plus, devant les maux de ce monde, rester
insensibles, immobiles, paralysées. Au-delà de toutes les difficultés, les
obstacles, les fatalités, les revers, les infortunes, les épreuves, les misères
et les détresses, celles qui les affligent et celles qui font souffrir les
peuples de la terre, elles doivent poursuivre leur mission de suivre les pas du
Christ, de vivre selon son enseignement et d’annoncer, et faire advenir, un
monde meilleur, le shalom de Dieu.
L’une des principales recommandations des
auteurs du rapport est de conseiller aux gouvernements de s’inspirer de ce qui
se fait déjà dans les grandes entreprises et de se doter ; d’un
« gestionnaire de risque » ! Ce n’est certes pas de ce type de
personnage dont les Églises doivent se doter, elles doivent plutôt faire surgir
en leur sein des prophètes qui les interpellent et, dans le même souffle,
annoncer des temps nouveaux.
Mais ce n’est pas qu’elles ne font rien ! Les
Églises œuvrent ensemble au sein de diverses organisations : ACT (Action
of Churches together qui
répond aux désastres naturels), la DVV (Décennie pour vaincre la violence),
EAPPI (Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël), EHAIA
(Initiative œcuménique de lutte contre le VIH/sida en Afrique), Garder la foi
(exploration multimédias), Alliance œcuménique « Agir ensemble » (réseau de
défenses des droits), ou, chez nous, Kairos/Initiatives œcuméniques canadiennes
pour la justice qui regroupe dix organisations interéglises. Mais on ne le lira
jamais dans les journaux !
Il
est vrai que la couverture de l’information internationale (ou religieuse) par
les grands médias (et ce n’est pas l’internet et ses YouTube qui va y remédier) à la vision simpliste et l’optique
sensationnaliste ne favorisent pas la prise de conscience.
Les Églises, de toutes dénominations, de toutes
confessions, de toutes traditions, ont la responsabilité de quitter tous les
carcans qui les handicapent de tant de façons et depuis tant de temps, et de
devenir elles-mêmes prophètes - et témoins - et, dès à présent, de prendre
ensemble des initiatives pour des changements durables, de poser des gestes
concrets, des actions visibles…
Peut-être qu’alors, la lecture des nouvelles ne
sera plus aussi accablante. ◊
David
Fines


