iSmoke Depuis que je
demeure « à la campagne », je ne prends plus aussi fréquemment le
métro de Montréal qu’avant. Pourtant, je devrais le faire plus souvent… C’est
très instructif. Il semble qu’à chaque fois, je découvre quelque chose de
nouveau. Il y a quelques années, c’était les nouveaux wagons avec écrans
électroniques intégrés dans le mur. Se déroulent devant nos yeux des messages
publicitaires et utilitaires, ou parfois humoristiques. C’est parfois
répétitif, mais personne ne nous oblige à les lire.
Ensuite, on a eu
droit à la distribution des quotidiens gratuits, vous savez ces journaux
distribués aux portes des stations dont les gens lisent les nouvelles, courtes
et succinctes, bien souvent superficielles, avant de les abandonner dans le
wagon ou sur un banc de leur station d’arrivée. Gigantesque gaspillage de
papier autant que d’espace informatif ? Le fait est que ces quotidiens
sont en croissance constante.
Puis, ça a été les
écrans géants à la plus grande station du réseau : immenses télévisions
qui diffusent en continu manchettes du jour, prévisions météorologiques,
publicités, messages d’intérêt public. Ceux-là, pas moyen de les manquer, à
moins de se fermer les yeux très fort. Qu’on le veuille ou non, on se sent
agressé, et un peu envahi dans son espace vital.
Et dernièrement,
j’ai fait une autre découverte : le nombre de personnes qui prennent le
métro avec, aux oreilles, les écouteurs de leur ipod, mp3, ou système de musique du genre. Sans doute que ce
n’est pas la nouvelle du mois, mais comme je l’ai dit, je ne prends pas le
métro très souvent, alors un comportement qu’adoptent quatre à cinq personnes
sur dix, c’est quand même frappant. Il y a bien sûr aussi un certain nombre de
personnes qui se baladent - et parlent haut et fort - avec leur téléphone
cellulaire, mais je me dis qu’après les écrans électroniques, les quotidiens
gratuits et les téléviseurs géants, c’est un moyen de
« communication » supplémentaire qui fait plaisir à bien du monde.
Mais les ipods, ça m’intrigue.
Parce qu’avec les
écouteurs sur les oreilles on ne communique avec personne, même pas avec
soi-même. Toutes ces personnes déambulent, voyagent, vont d’un lieu à l’autre,
de leur demeure au travail, du centre commercial aux lieux de loisirs, vivent
isolées dans leur bulle n’écoutant personne, ne voyant personne, ne faisant
attention à personne, ni à rien, dans un état de contentement qu’elles
s’offrent à elles-mêmes sans rien demander à qui que soit. On nage, et surnage,
en pleine démonstration patente des tendances individualistes de l’époque.
À force des les
observer, j’en suis arrivé à penser aux anciens fumeurs. Maintenant que fumer
est devenu un vice et que les gens acros à la nicotine sont ostracisés, il faut
bien trouver autre chose, sans doute. Plus j’y pense, plus je vois de
similitudes entre les deux gestes : à l’époque, fumer, c’était chic,
c’était jeune, c’était cool… comme
avoir son ipod sur les oreilles de
nos jours ; fumer, c’était affirmer son identité, son indépendance, en
choisissant sa marque favorite, en tenant sa cigarette de façon distinctive…
tout comme les amateurs de musique-dans-les-oreilles d’aujourd’hui qui ont
chacun et chacune leur modèle d’appareil particulier correspondant à leur
personnalité et qui choisissent leur propre musique dans une sélection à aucune
autre semblable ; fumer, c’était faire partie d’une communauté de
complices qui partageaient le même goût pour la même chose, légèrement
illicite, tout comme aujourd’hui où on partage, on s’échange des fichiers de
musique, oubliant sciemment que c’est en bonne partie illégal. Et de même qu’on
devient vite dépendant de la cigarette au point de ne pouvoir s’en débarasser,
on devient aussi vite dépendant de son ipod au point de ne pouvoir vivre sans lui. Enfin, on le sait
depuis longtemps, fumer est nocif, dangereux pour la santé. De là, toutes les
campagnes pour en réduire l’usage. À quand les études qui évalueront les effets
nocifs que causent les petites machines à musique ?◊
David
Fines


