Consistoire Laurentien

Consistoire francophone au sein de l'Église Unie du Canada.

Éditorial - avril


iSmoke

Depuis que je demeure « à la campagne », je ne prends plus aussi fréquemment le métro de Montréal qu’avant. Pourtant, je devrais le faire plus souvent… C’est très instructif. Il semble qu’à chaque fois, je découvre quelque chose de nouveau. Il y a quelques années, c’était les nouveaux wagons avec écrans électroniques intégrés dans le mur. Se déroulent devant nos yeux des messages publicitaires et utilitaires, ou parfois humoristiques. C’est parfois répétitif, mais personne ne nous oblige à les lire.

Ensuite, on a eu droit à la distribution des quotidiens gratuits, vous savez ces journaux distribués aux portes des stations dont les gens lisent les nouvelles, courtes et succinctes, bien souvent superficielles, avant de les abandonner dans le wagon ou sur un banc de leur station d’arrivée. Gigantesque gaspillage de papier autant que d’espace informatif ? Le fait est que ces quotidiens sont en croissance constante.

Puis, ça a été les écrans géants à la plus grande station du réseau : immenses télévisions qui diffusent en continu manchettes du jour, prévisions météorologiques, publicités, messages d’intérêt public. Ceux-là, pas moyen de les manquer, à moins de se fermer les yeux très fort. Qu’on le veuille ou non, on se sent agressé, et un peu envahi dans son espace vital.

Et dernièrement, j’ai fait une autre découverte : le nombre de personnes qui prennent le métro avec, aux oreilles, les écouteurs de leur ipod, mp3, ou système de musique du genre. Sans doute que ce n’est pas la nouvelle du mois, mais comme je l’ai dit, je ne prends pas le métro très souvent, alors un comportement qu’adoptent quatre à cinq personnes sur dix, c’est quand même frappant. Il y a bien sûr aussi un certain nombre de personnes qui se baladent - et parlent haut et fort - avec leur téléphone cellulaire, mais je me dis qu’après les écrans électroniques, les quotidiens gratuits et les téléviseurs géants, c’est un moyen de « communication » supplémentaire qui fait plaisir à bien du monde. Mais les ipods, ça m’intrigue.

Parce qu’avec les écouteurs sur les oreilles on ne communique avec personne, même pas avec soi-même. Toutes ces personnes déambulent, voyagent, vont d’un lieu à l’autre, de leur demeure au travail, du centre commercial aux lieux de loisirs, vivent isolées dans leur bulle n’écoutant personne, ne voyant personne, ne faisant attention à personne, ni à rien, dans un état de contentement qu’elles s’offrent à elles-mêmes sans rien demander à qui que soit. On nage, et surnage, en pleine démonstration patente des tendances individualistes de l’époque.

À force des les observer, j’en suis arrivé à penser aux anciens fumeurs. Maintenant que fumer est devenu un vice et que les gens acros à la nicotine sont ostracisés, il faut bien trouver autre chose, sans doute. Plus j’y pense, plus je vois de similitudes entre les deux gestes : à l’époque, fumer, c’était chic, c’était jeune, c’était cool… comme avoir son ipod sur les oreilles de nos jours ; fumer, c’était affirmer son identité, son indépendance, en choisissant sa marque favorite, en tenant sa cigarette de façon distinctive… tout comme les amateurs de musique-dans-les-oreilles d’aujourd’hui qui ont chacun et chacune leur modèle d’appareil particulier correspondant à leur personnalité et qui choisissent leur propre musique dans une sélection à aucune autre semblable ; fumer, c’était faire partie d’une communauté de complices qui partageaient le même goût pour la même chose, légèrement illicite, tout comme aujourd’hui où on partage, on s’échange des fichiers de musique, oubliant sciemment que c’est en bonne partie illégal. Et de même qu’on devient vite dépendant de la cigarette au point de ne pouvoir s’en débarasser, on devient aussi vite dépendant de son ipod au point de ne pouvoir vivre sans lui. Enfin, on le sait depuis longtemps, fumer est nocif, dangereux pour la santé. De là, toutes les campagnes pour en réduire l’usage. À quand les études qui évalueront les effets nocifs que causent les petites machines à musique ?◊

David Fines