Consistoire Laurentien

Consistoire francophone au sein de l'Église Unie du Canada.

Bulletin de l'UMiF - avril

« Menacés de Résurrection »

Pâques, c’est comme une aurore boréale une nuit à Wapmagoostui, communauté innuit et crie du Grand Nord québécois. Elle va, elle vient, elle tourne, fluide, insaississable, fugace, surgie de nulle part, luminescente, elle fait chanter les nuits les plus sombres. Son chatoiement se taît soudain, jusqu’à sa prochaine visitation, qui vous laisse cependant habité, traversé par cet éclair.

L’impossible est possible.

Dans un monde où la logique du marché et des pouvoirs, la capacité d’imposer la guerre et les intérêts financiers assi-gnent leur place dans la nuit ou au soleil à des personnes, des peuples, des continents, prétendant programmer qui peut vivre et qui doit mourir, Pâques rententit comme une défatalisation, qui rend  nos histoires - d’amour - possibles.

Il s’est levé de nouveau, proclame l’Évangile de Pâques, la Vie a traversé la Mort.

Défatalisation qui ouvre à l’a-venir, qui figure et préfigure tous nos re-lèvements présents, au sein de nos fragilités, nos chutes, nos renoncements. Défatalisation qui nous place dans la perspective de la Vie, qui est la mouvance même de Dieu.

Non, nous ne sommes ni condamnés à répéter nos erreurs, ni surprogrammés par nos pesanteurs. Toutes les récupérations sont possibles... pourvu que l’on mette sa vie dans la balance, comme le Christ, avec passion et la persévérance de l’amour... Alors, dès ici, tout peut basculer et renaître : les yeux éteints discerner la souffrance, les oreilles entendre le cri silencieux, les mains se nouer solidaires, le tiède se précipiter même en boîtant, la captive nous montrer le chemin caché de la liberté, la planète respirer de nouveau et guérir...

Pâques, Résilience de la Vie, Insurrection contre ce qui écrase et tue et qui nous appelle à notre tour à nous lever.

« Ils nous ont menacés de résurrection... »

Ainsi commence le long récitatif de passion et d’espérance que nous a légué Julia Esquivel, poète et théologienne protestante maya, marginalisée dans son pays, le Guatemala.

Devant la persécution, le mépris, le génocide des années 80 et 90, toutes issues barrées à vues humaines, Julia clame que la réponse du Peuple est de ressusciter, dès à présent, de se lever :

Ils nous ont menacés de Résurrection,

    car ayant tout détruit, tout rasé,

    à nous, il ne nous reste qu’à renaître.

...  Ils nous ont menacés de Résurrection

    parce que nous avons porté les corps inertes,

    et leurs âmes ont pénétré les nôtres,

    et nous sommes alors doublement fortifié-es,

    car dans ce marathon de l’Espérance,

  il y en a toujours d’autres qui prennent la relève,

  et portent la force

    de transgresser la mort,

  sans cesse relevant la Vie...

    car ils nous ont menacés de Résurrection.

(Amenazado de Resurreccion)

Plus près de nous, à Montréal, à la Tohu, Paul-Antoine Pichard nous lance ses photos au visage. Cri et poème émergeant de grands dépotoirs des cinq continents, où survivent des ombres de familles humaines, recyclant et ressuscitant, du cloaque, la vie à chaque souffle. Enfer, dont l’envers, la source et la violence se cachent dans le gâchis de notre opulence.

Entre les commentaires, une question... « il n’y a aucune fatalité à cette misére, à l’extrême augmentation de la pauvreté... il n’y a que notre indifférence et notre silence».

Sommes-nous récupérables ?

Pâques, Résilience de la Vie, Insurrection contre ce qui tue et écrase, nous invite à nous lever, solidaires et vivants, avec Dieu.

Et si les gens d’Églises que nous sommes nous ne le faisons pas, c’est que nous aurons peut-être jeté et enfoui Dieu dans quelque dépotoir. Là où chaque jour, il vit, meurt et ressuscite avec celles et ceux qui en font leur trouvaille, menacés de Résurrection.◊

Pierre Goldberger