« Menacés de Résurrection »
Pâques, c’est comme une aurore boréale une nuit à Wapmagoostui, communauté innuit et crie du Grand Nord québécois. Elle va, elle vient, elle tourne, fluide, insaississable, fugace, surgie de nulle part, luminescente, elle fait chanter les nuits les plus sombres. Son chatoiement se taît soudain, jusqu’à sa prochaine visitation, qui vous laisse cependant habité, traversé par cet éclair.
L’impossible est possible.
Dans un monde où la logique du marché et des
pouvoirs, la capacité d’imposer la guerre et les intérêts financiers assi-gnent
leur place dans la nuit ou au soleil à des personnes, des peuples, des
continents, prétendant programmer qui peut vivre et qui doit mourir, Pâques
rententit comme une défatalisation,
qui rend nos histoires - d’amour -
possibles.
Il s’est levé de nouveau, proclame
l’Évangile de Pâques, la Vie a traversé la Mort.
Défatalisation qui ouvre à l’a-venir, qui figure et préfigure tous nos re-lèvements présents, au
sein de nos fragilités, nos chutes, nos renoncements. Défatalisation qui nous
place dans la perspective de la Vie, qui est la mouvance même de Dieu.
Non, nous ne sommes ni condamnés à répéter nos
erreurs, ni surprogrammés par nos pesanteurs. Toutes les récupérations sont possibles... pourvu que l’on mette sa vie dans la
balance, comme le Christ, avec passion et la persévérance de l’amour... Alors, dès
ici, tout peut basculer et renaître : les yeux éteints discerner la
souffrance, les oreilles entendre le cri silencieux, les mains se nouer
solidaires, le tiède se précipiter même en boîtant, la captive nous montrer le
chemin caché de la liberté, la planète respirer de nouveau et guérir...
Pâques, Résilience de la Vie, Insurrection
contre ce qui écrase et tue et qui nous appelle à notre tour à nous lever.
« Ils nous ont menacés de
résurrection... »
Ainsi commence le long récitatif de passion et
d’espérance que nous a légué Julia Esquivel, poète et théologienne protestante
maya, marginalisée dans son pays, le Guatemala.
Devant la persécution, le mépris, le génocide
des années 80 et 90, toutes issues barrées à vues humaines, Julia clame que la
réponse du Peuple est de ressusciter, dès à présent, de se lever :
Ils nous ont menacés de Résurrection,
car ayant tout détruit,
tout rasé,
à nous, il ne nous reste qu’à renaître.
... Ils nous ont menacés de Résurrection
parce que nous avons porté les corps inertes,
et leurs âmes ont pénétré les nôtres,
et
nous sommes alors doublement fortifié-es,
car
dans ce marathon de l’Espérance,
il
y en a toujours d’autres qui prennent la relève,
et
portent la force
de
transgresser la mort,
sans
cesse relevant la Vie...
car
ils nous ont menacés de Résurrection.
(Amenazado de Resurreccion)
Plus près de nous, à Montréal, à la Tohu,
Paul-Antoine Pichard nous lance ses photos au visage. Cri et poème émergeant de
grands dépotoirs des cinq continents, où survivent des ombres de familles
humaines, recyclant et ressuscitant, du cloaque, la vie à chaque souffle.
Enfer, dont l’envers, la source et la violence se cachent dans le gâchis de
notre opulence.
Entre les commentaires, une question... « il
n’y a aucune fatalité à cette misére, à l’extrême augmentation de la
pauvreté... il n’y a que notre indifférence et notre silence».
Sommes-nous récupérables ?
Pâques, Résilience de la Vie, Insurrection
contre ce qui tue et écrase, nous invite à nous lever, solidaires et vivants,
avec Dieu.
Et si les gens d’Églises que nous sommes nous
ne le faisons pas, c’est que nous aurons peut-être jeté et enfoui Dieu dans
quelque dépotoir. Là où chaque jour, il vit, meurt et ressuscite avec celles et
ceux qui en font leur trouvaille, menacés de Résurrection.◊
Pierre Goldberger


